mardi 26 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109797 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FLORENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 décembre 2021, 15 septembre 2022 et 15 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SARL SAC, représentée par la SARL Bonnet Florent Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Tournon-sur-Rhône s'est implicitement opposé à la déclaration préalable du 10 août 2021 relative à la modification de la façade d'un restaurant ;
2°) d'enjoindre au maire de Tournon-sur-Rhône de réexaminer la déclaration préalable dans un délai de 15 jours suivant le jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Tournon-sur-Rhône la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête a été introduite dans le délai de recours contentieux ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- le dossier de déclaration préalable déposé en mairie était complet et permettait à l'architecte des bâtiments de France de se prononcer sur le projet ;
- le projet respecte les règles fixées par l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, les couleurs de la façade respectant le nuancier figurant à cet article et ayant été validées par l'architecte des bâtiments de France ;
- le projet respecte les exigences relatives à la proximité avec des sites classés, la façade projetée étant discrète et se fondant dans l'environnement immédiat.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mars et 28 octobre 2022, la commune de Tournon-sur-Rhône, représentée par la SELARL Retex Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société SAC le versement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à ce que soit constatée la complétude du dossier de déclaration préalable sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la société SAC ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée peut aussi être fondée sur le fait que le maire avait compétence liée du fait de l'avis défavorable rendu par l'architecte des bâtiments de France sur le projet, ainsi que sur le fait que le projet ne respecte pas le nuancier des façades mentionné à l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 15 février 2022, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société SAC ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 16 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chapard,
- les observations de Me Nabet, pour la commune de Tournon sur Rhône,
- et les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société SAC a déposé en mairie de Tournon-sur-Rhône, le 4 mai 2021, une déclaration préalable pour la modification de la façade d'un restaurant situé en zone UA du plan local d'urbanisme de la commune. Des pièces complémentaires ont été sollicitées le 10 mai 2021. Le projet a fait l'objet d'un avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France le 11 août 2021. Cet avis a fait l'objet d'un recours administratif adressé au préfet de région par courrier du 9 septembre 2021, qui a été rejeté par une décision du 25 octobre 2021. Par courriel du 17 août 2021, la commune a informé la pétitionnaire que sa déclaration avait fait l'objet d'une opposition tacite. La société SAC demande l'annulation de cette opposition.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. (). Aux termes de de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. " Aux termes de l'article R. 424-3 du même code : " Par exception au b de l'article R. 424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R. 423-59 et R. 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions. "
3. D'autre part, en application de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / () - Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 () / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. " En vertu de l'article R. 431-10 de ce code : " () a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () ".
4. Il n'est pas contesté que le projet en litige se situe dans le périmètre des abords de plusieurs monuments historiques. A ce titre, l'architecte de bâtiments de France a été saisi du projet pour avis conforme par la commune de Tournon-sur-Rhône. Des pièces complémentaires ont été demandées à la société SAC le 10 mai 2021 sur le fondement des dispositions précitées des articles R. 431-36 et R. 431-10 du code de l'urbanisme, afin de permettre à l'architecte des bâtiments de France d'apprécier le projet. La société SAC a produit plusieurs pièces complémentaires le 9 août 2021, permettant en particulier aux autorités compétentes de disposer de la totalité des cotes du projet sur un plan de façade, des détails relatifs aux différents éléments amenés à composer la façade du restaurant, notamment ses coloris et matériaux, d'un document graphique représentant le projet achevé et de plusieurs photographies du bâtiment objet des travaux dans son environnement, dans son état actuel mais aussi dans son état avant les modifications réalisées par la pétitionnaire sans autorisation. Ces éléments permettaient d'apprécier l'état initial du bâtiment, son état futur et les modifications projetées, conformément aux dispositions précitées du code de l'urbanisme relatives à la composition du dossier de déclaration préalable, alors en outre que le projet porte sur une façade de dimensions modestes de cinq mètres par trois mètres. Dans ces conditions, en rendant un avis défavorable sur le projet en cause le 11 août 2021, avis confirmé par le préfet de région le 25 octobre 2021, aux motifs que " les pièces demandées () n'ont pas été fournies ou ne sont pas suffisamment précises ", qu'il n'a pas été possible d'" apprécier en totalité et en détail la qualité architecturale du projet " et que, pour cette raison, " ce projet est susceptible de porter atteintes aux monuments historiques ", l'architecte des bâtiments de France a rendu un avis irrégulier. Par voie de conséquence, l'opposition tacite à déclaration préalable, qui a été portée à la connaissance de la société SAC par un courriel de la commune du 17 août 2021 mentionnant explicitement cet avis défavorable, ainsi que le fait que les pièces complémentaires produites " ne sont pas recevables ", est également entachée d'illégalité. La société SAC est par suite fondée à en demander l'annulation.
5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision attaquée.
6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour établir que la décision attaquée est légale, la commune de Tournon-sur-Rhône invoque deux autres motifs d'opposition.
8. Elle soutient en premier lieu que la façade projetée ne respecte pas le nuancier qui figure à l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Or, il ressort des écritures de la commune, et notamment de la photographie de la façade qu'elle produit à l'appui de cette demande de substitution, qu'elle oppose la méconnaissance de ce nuancier à la façade actuelle du restaurant en cause. Cette dernière, qui a été modifiée sans autorisation, présente en effet des tons sombres qui ne correspondent pas au nuancier, qui prescrit des teintes à choisir parmi une déclinaison de vingt-trois tons beiges et ocres. En revanche, il ressort des pièces du dossier que le projet, tel que présenté par la société SAC dans sa déclaration, prévoit une façade dont les composantes seront majoritairement d'une couleur qui correspond à la codification " RAL 1015 Ivoire clair ", particulièrement proche des coloris qui figurent au nuancier de l'article UA 11. Le projet en cause ne méconnaît ainsi pas cet article et il n'y a, dès lors, pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée.
9. La commune invoque en second lieu la situation de compétence liée dans laquelle elle se trouverait du fait de l'avis défavorable au projet rendu par l'architecte des bâtiments de France le 11 août 2021. Or, comme cela a été dit au point 4 du présent jugement, l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France est irrégulier. Le maire de Tournon-sur-Rhône n'était ainsi pas tenu de s'opposer à la déclaration préalable litigieuse du fait de cet avis défavorable. Dès lors, il ne peut être fait droit à la demande de substitution de motifs.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société SAC est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la commune de Tournon-sur-Rhône s'est implicitement opposée à sa déclaration préalable.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
12. L'exécution du présent jugement implique le réexamen de la déclaration préalable de la société SAC portant sur la modification de la façade de son commerce. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Tournon-sur-Rhône de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société SAC, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Tournon-sur-Rhône la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Tournon-sur-Rhône une somme de 1 400 euros au titre des frais exposés par la société SAC et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le maire de Tournon-sur-Rhône s'est tacitement opposé à la déclaration préalable de la société SAC est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Tournon-sur-Rhône de procéder au réexamen de la déclaration préalable de la société SAC dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.
Article 3 : La commune de Tournon-sur-Rhône versera à la société SAC une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Tournon-sur-Rhône sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société SAC, à la commune de Tournon-sur-Rhône et au préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Jean-Pascal Chenevey, président,
- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
- Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.
La rapporteure,
M. Chapard
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne à la préfète de région Auvergne-Rhône-Alpes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026