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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109861

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109861

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2021, Mme B A D, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer le récépissé, prévu à l'article 21-25-1 du code civil, d'enregistrement de sa demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer le récépissé prévu à l'article 21-25-1 du code civil d'enregistrement de sa demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de délivrance du récépissé prévu par l'article 21-25-1 du code civil est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 21-25-1 code civil et celles du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, en ce que le préfet était tenu de lui délivrer un récépissé de son dossier, qui était complet, et alors qu'il ne lui avait en tout état de cause pas été signalé qu'il aurait été incomplet ;

- elle méconnaît les principes d'égalité d'accès au service public et de continuité du service public, en ce que les modalités d'instruction de sa demande par la préfecture du Rhône lui imposent des délais d'attente déraisonnables et la privent de l'accès au service public.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

à titre liminaire :

- le traitement des dossiers de demande de naturalisation a pris du retard du fait de la crise sanitaire et d'instructions ministérielles de priorisation de certains dossiers ;

- le dossier de Mme A D, qui devait avoir rendez-vous au premier semestre 2022, sera traité à partir de décembre 2022 ;

à titre principal :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'aucune décision autonome de refus de délivrance du récépissé prévu à l'article 21-25-1 du code civil n'est susceptible de naître dès l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la manifestation de volonté du demandeur auprès du préfet, ni avant l'expiration d'un délai raisonnable de traitement des nombreuses demandes reçues par les services préfectoraux ;

- la naturalisation par décision de l'autorité publique ne constitue pas un droit pour le demandeur, et ne lui confère qu'un bénéfice limité, tandis que le traitement de ces demandes constitue une lourde charge pour l'administration ;

- eu égard aux conditions nécessaires à la délivrance d'un récépissé, tenant notamment à la fourniture de pièces en originaux, l'administration n'est pas tenue de délivrer un récépissé dès le dépôt de la demande ;

- en tout état de cause, en l'espèce, Mme A D n'a pas déposé de dossier auprès des services préfectoraux, dans la mesure où les PIMMS n'ont aucune compétence en matière d'instruction des dossiers de naturalisation mais un simple rôle d'accompagnement et d'aide des usagers à la constitution de leur dossier ;

- à supposer qu'une décision d'irrecevabilité ou de rejet existe, seul le tribunal administratif de Nantes serait compétent pour en connaître, en application de l'article R. 312-18 du code de justice administrative ;

à titre subsidiaire :

- les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.

Un mémoire produit par Mme A D, enregistré le 9 décembre 2022, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. E,

- et les observations de Me Lantheaume, pour Mme A D.

Une note en délibéré, présentée pour Mme A D, a été enregistrée le 14 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme A D demande l'annulation de la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé de sa demande d'acquisition de la nationalité française par décret, qu'elle estime être née du silence gardé par le préfet du Rhône sur sa demande.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. " Les articles 21-16 et suivants de ce code énoncent les conditions que les personnes souhaitant être naturalisées doivent remplir. L'article 21-25-1 du code civil dispose que : " La réponse de l'autorité publique à une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation doit intervenir au plus tard dix-huit mois à compter de la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet contre laquelle un récépissé est délivré immédiatement. / Le délai visé au premier alinéa est réduit à douze mois lorsque l'étranger en instance de naturalisation justifie avoir en France sa résidence habituelle depuis une période d'au moins dix ans au jour de cette remise. / Les délais précités peuvent être prolongés une fois, par décision motivée, pour une période de trois mois. "

3. Les articles 37 et suivants du décret du 30 décembre 1993 susvisé listent les pièces à fournir à l'appui d'une demande de naturalisation. L'article 35 de ce décret prévoit les modalités de dépôt de la demande, " auprès du préfet désigné, selon le département de résidence du demandeur, par arrêté du ministre chargé des naturalisations ", et précise que " Les services placés sous l'autorité du préfet chargé de recevoir la demande en application du premier alinéa procèdent à son instruction ". Aux termes de l'article 36 de ce décret : " Toute demande de naturalisation ou de réintégration fait l'objet d'une enquête. / Dès la délivrance du récépissé prévu à l'article 21-25-1 du code civil constatant la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet, l'autorité publique auprès de laquelle la demande a été déposée sollicite la réalisation d'une enquête. / (). " Aux termes de l'article 40 du même décret : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. ". Les articles 43 et 44 prévoient quant à eux la possibilité pour l'autorité administrative de prendre des décisions d'irrecevabilité, de rejet ou d'ajournement de la demande de naturalisation, et l'article 45 ouvre un recours devant le ministre chargé des naturalisations à l'encontre de ces décisions. L'article 46 prévoit que " Lorsqu'il estime que la demande est recevable et qu'il y a lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française, le préfet compétent à raison de la résidence du demandeur ou, à Paris, le préfet de police émet une proposition en ce sens. Le dossier assorti de cette proposition est transmis au ministre chargé des naturalisations dans les six mois suivant la délivrance du récépissé prévu par l'article 21-25-1 du code civil. () " ;

4. Il résulte des dispositions du code civil précitées que la réponse de l'autorité publique à une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation doit intervenir dans un délai qui court à compter de la délivrance d'un récépissé constatant la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet.

5. Si l'article 21-25-1 du code civil prévoit que le récépissé est délivré " immédiatement " contre la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de vérifier le caractère complet du dossier remis et par suite de procéder à la délivrance immédiate du récépissé afférent, nécessaire à l'enregistrement de la demande de naturalisation.

6. Toutefois, le droit pour les personnes remplissant les conditions légales d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique de solliciter leur naturalisation implique que celles-ci puissent déposer une demande qui soit enregistrée par l'administration dans un délai raisonnable et implique préalablement que l'autorité administrative réceptionne et examine le caractère complet du dossier de demande. Ces délais doivent être appréciés eu égard à la situation personnelle des intéressés.

7. La simple démarche effectuée par un étranger auprès d'un Point information médiation multi-services (PIMMS), chargé d'accompagner les usagers dans leurs démarches administratives, quand bien même elle donnerait lieu à la délivrance d'un document attestant du passage dans ce service, n'est pas susceptible de faire naître une décision implicite de refus d'enregistrement de la demande et de refus de délivrance du récépissé correspondant, pouvant être déférée au juge de l'excès de pouvoir, en l'absence de transmission du dossier de demande à l'autorité administrative compétente pour la recevoir. Si l'étranger estime que le délai raisonnable à l'issue duquel son dossier aurait dû être enregistré et examiné est expiré, il lui appartient, s'il s'y croit fondé, de demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui permettre de déposer son dossier et de procéder à l'instruction de celui-ci.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Mme A D, ressortissante djiboutienne née en 1967 et titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 28 août 2019 au 27 août 2023, a souhaité solliciter sa naturalisation. Elle s'est présentée au Point information médiation multi-services (PIMMS) de Bron le 24 décembre 2019 pour un rendez-vous au cours duquel elle a constitué son dossier et été informée qu'elle serait convoquée à la préfecture " au cours du premier trimestre 2022 ". Aucune convocation ne lui étant parvenue, elle a sollicité les services de la préfecture du Rhône par le biais d'un outil de messagerie électronique le 30 juillet 2021, et elle a reçu le jour même une réponse selon laquelle " compte tenu de la crise sanitaire, tous les rendez-vous sont reportés " ; elle a à cette occasion été informée qu'alors qu'elle aurait dû avoir rendez-vous au premier trimestre 2022, il lui sera d'abord demandé par SMS de transmettre son dossier par voie postale, puis " dans un second temps " l'agent en charge du dossier lui fixera un nouveau rendez-vous. Ce même message électronique du 30 juillet 2021 indique que les services de la préfecture " trait[ent] actuellement les dossiers dont le rendez-vous était prévu au premier semestre 2020 ". Un second message électronique lui a été adressé le 31 juillet 2021, aux termes duquel, pour les personnes ayant déjà un dossier validé par un PIMMS, " Vous êtes dans nos plannings de rendez-vous et serez contactés dès que possible pour fixer un rendez-vous en préfecture. / A ce jour compte tenu des événements (période de confinement, mise en œuvre du dispositif de priorisation des personnes ayant travaillés durant le confinement) le planning de rendez-vous est décalé de 15 mois. / Ne saisissez pas un nouveau dossier dans démarches simplifiées vous êtes déjà prioritaires et identifié. " L'avocat de Mme A D a, le 7 octobre 2021, adressé un courrier, par voie postale et par voie électronique, sollicitant la délivrance immédiate du récépissé prévu à l'article 21-25-1 du code civil. Aucune suite particulière n'a été donnée à ce courrier, mais un message électronique automatique, rédigé dans les mêmes termes que celui reçu le 31 juillet 2021, a été adressé à son conseil le 7 octobre 2021.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'aucune décision n'a pu naître du silence gardé par le préfet du Rhône après la présentation de Mme A D le 12 décembre 2019 auprès du PIMMS de Bron. Si Mme A D justifie avoir saisi le préfet du Rhône d'une demande de délivrance d'un récépissé de son dossier, par un courrier de son avocat du 7 octobre 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que le délai raisonnable d'enregistrement et d'examen de sa demande de souscription d'une demande de naturalisation, qui n'avait en tout état de cause pas encore été formellement déposée auprès du préfet du Rhône, et alors même que la première présentation de Mme A D auprès du PIMMS datait de près de deux années, fût alors expiré.

10. Par suite, les conclusions de la requête à fin d'annulation d'une prétendue décision de refus de délivrance du récépissé prévu par l'article 21-25-1 du code civil sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de Mme A D doit être rejeté, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

G. C

Le président,

H. Drouet La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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