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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109900

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109900

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2021, Mme A C, représentée par la Selarl Lozen avocats, agissant par Me Vibourel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros par mois à compter du 5ème mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour, à parfaire au jour de la liquidation de son préjudice ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 (ancien article L. 313-11 7°), L. 435-1 (ancien article L. 313-14) et L. 435-3 (ancien article L. 313-15) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de cette décision, qui engage la responsabilité de l'Etat, lui a causé un préjudice moral certain ainsi que des troubles dans les conditions d'existence ;

- la décision implicite de rejet a produit ses effets du 7 novembre 2020 au 23 mars 2022 en la privant de l'ensemble des droits inhérents au titre de séjour auquel elle avait le plein droit, et en la plaçant, durant plusieurs mois, dans une situation de précarité socio-économique.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 12 mai 2022, M. B demande au tribunal de constater le non-lieu à statuer sur les conclusions aux fin d'annulation de sa requête.

Elle soutient qu'un titre de séjour lui a été délivré le 23 mars 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le préjudice allégué par Mme C n'est pas démontré.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance du président de la Cour administrative d'appel du 19 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante tunisienne née le 10 août 2001, a sollicité le 7 juillet 2020 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". A la suite du rejet implicite de sa demande, elle sollicite l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux, ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Il ressort des pièces du dossier que le 23 mars 2022, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Rhône a délivré à Mme B un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision de rejet implicite de sa demande et du rejet implicite de son recours gracieux ainsi que les conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige désormais repris à l'article L. 435-3 du même code: " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme C est arrivée en France le 11 septembre 2017 à l'âge de seize ans, avec son jeune frère, Mohamed Aziz, né le 11 septembre 2003. Elle a été prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, puis a conclu le 10 août 2019, un contrat " jeune majeur " avec les services de la métropole de Lyon. Elle a obtenu au mois de juin 2019 un baccalauréat sciences et technologie de la santé et du social avec la mention " assez bien " et poursuivait avec sérieux sa scolarité en BTS " économie sociale et familiale " à la date du rejet implicite de sa demande de titre de séjour. Il résulte également de l'instruction que l'avis de la structure d'accueil est favorable à la requérante alors qu'il n'est par ailleurs pas allégué en défense qu'elle aurait conservé des liens avec sa famille dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le refus implicite initialement opposé à sa demande méconnaît les dispositions précitées. Cette illégalité fautive engage la responsabilité de l'Etat.

5. Il résulte de l'instruction que la décision rejetant implicitement la demande de titre de séjour déposée Mme C le 7 juillet 2020 est née le 7 novembre 2020. Mme C s'étant vue accorder le titre de séjour sollicitée par une décision du 23 mars 2022, il sera fait, dans les circonstances particulières de l'espèce et en dépit des récépissés valant autorisation de travail qui lui ont été délivrés durant cette période, une juste appréciation du préjudice moral subi par M. C ainsi que ses troubles ainsi causés dans ses conditions d'existence, par l'illégalité de la décision prise à son encontre en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 500 euros en réparation de ces préjudices.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1000 euros à me Vibourel, conseil de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

.

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête de Mme C.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser une somme globale de 500 euros à Mme C en réparation de ses préjudices.

Article 3 : L'Etat versera à Me Vibourel, la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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