mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109915 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 6ème chambre |
| Avocat requérant | WECKERLIN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 8 décembre 2021 sous le n° 2109788, M. C A, représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a suspendu son permis de conduire pour une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre de lui restituer son titre de conduite valide dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire et du principe général des droits de la défense ;
- elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- elle repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie et elle est dépourvue de fondement légal ; en effet, ne figurent pas sur l'arrêté ni la voie de circulation, ni le point routier concerné, ni le sens de la circulation, ni le lieu d'interpellation, ne permettant pas de constater la fiabilité des autres mentions qui y sont portées et notamment la vitesse reprochée au regard de la vitesse maximale autorisée ; ne figure pas davantage la moindre mention relative à l'appareil cinémomètre utilisé aux fins de constater l'infraction ; enfin la vitesse maximale autorisée, plus restrictive que celle prévue par le code de la route, devait faire l'objet d'un arrêté et d'une signalisation conformément aux dispositions des articles R. 413-14 et R. 411-25 du code de la route ;
- il y a une disproportion entre la gravité de l'infraction reprochée et la mesure de suspension.
II. Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Grenoble et le 6 décembre 2021 sous le n° 2109915 au greffe du tribunal administratif de Lyon sur ordonnance de renvoi du président du tribunal administratif de Grenoble en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, M. C A, représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a suspendu son permis de conduire pour une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre de lui restituer son titre de conduite valide dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire et du principe général des droits de la défense ;
- elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- elle repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie et elle est dépourvue de fondement légal ; en effet, ne figurent pas sur l'arrêté ni la voie de circulation, ni le point routier concerné, ni le sens de la circulation, ni le lieu d'interpellation, ne permettant pas de constater la fiabilité des autres mentions qui y sont portées et notamment la vitesse reprochée au regard de la vitesse maximale autorisée ; ne figure pas davantage la moindre mention relative à l'appareil cinémomètre utilisé aux fins de constater l'infraction ; enfin la vitesse maximale autorisée, plus restrictive que celle prévue par le code de la route, devait faire l'objet d'un arrêté et d'une signalisation conformément aux dispositions des articles R. 413-14 et R. 411-25 du code de la route ;
- il y a une disproportion entre la gravité de l'infraction reprochée et la mesure de suspension.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Segado, président de la sixième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. B, magistrat-désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été intercepté par les services de la gendarmerie nationale de Bonneville le 5 novembre 2021 en raison d'un excès de vitesse de plus de 40km/h au-dessus de la vitesse maximale autorisée. Par un arrêté en date du 8 novembre 2021, dont le requérant demande l'annulation dans ces deux requêtes, le préfet de la Haute-Savoie a suspendu son permis de conduire pour une durée de trois mois.
2. Les deux requêtes de M. A visées ci-dessus sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Serge Clavogimenez, secrétaire administratif de classe supérieure de l'intérieur et de l'outre-mer, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet en vertu d'un arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 2 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code précité.
5. La décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de la route et notamment les articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9 et R. 224-4, précise l'identité et l'adresse du requérant, relève que M. A a fait l'objet, le 5 novembre 2021 à 16 heures 05 sur le territoire de la commune de Vougy d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour dépassement de la vitesse maximale autorisée de 40km/h ou plus, soit en l'espèce une vitesse retenue de 158 km/h pour une vitesse maximale autorisée de 110 km/h, et enfin, que cette infraction justifie, eu égard au danger grave et immédiat que représente le conducteur pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même, une suspension provisoire pour une durée de trois mois de son permis de conduire. Ainsi, l'arrêté attaqué du 8 novembre 2021 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas les dispositions prévoyant la répression de l'infraction en cause est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " Lorsque l'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, comme il est dit au premier alinéa de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état, le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois. () Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur. () II. - La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui a repris l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 invoqué par le requérant : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".
7. La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.
8. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été pris au motif que M. A a été contrôlé, au moyen d'un appareil homologué, à une vitesse dépassant de 40 km/h ou plus la vitesse maximale autorisée, constitutive d'une infraction au code de la route. Eu égard au délai de 72 heures laissé au préfet pour prononcer la suspension du permis de conduire et à la gravité de l'infraction commise par l'intéressé, le préfet de la Haute-Savoie doit être regardé comme ayant été placé dans une situation d'urgence pour l'application des dispositions précitées. Dès lors, M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route citées ci-dessus, est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L.121-2 du code des relations entre le public et l'administration ou du principe général des droits de la défense, faute pour le préfet de l'avoir mis à même de présenter ses observations.
9. En quatrième lieu, la mesure de suspension provisoire prononcée par le préfet de la Haute-Savoie est une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité des usagers de la route et non une décision juridictionnelle statuant en matière pénale. Il s'ensuit que M. A ne peut utilement invoquer à l'encontre de l'arrêté attaqué le principe de présomption d'innocence.
10. En cinquième lieu, si le requérant conteste la matérialité des faits, il ressort des pièces du dossier que les faits sont établis par les constats circonstanciés des services de gendarmerie relevés dans l'avis de rétention du 16 octobre 2020, signé par le requérant et produit en défense, qui précise notamment que M. A a été contrôlé dans la commune de Vougy, sur l'A40 au PK 029 900, à la vitesse enregistrée, par appareil homologué, de 167 km/h, la vitesse retenue étant de 158 km/h, au lieu de 110 km/h. Ni la circonstance tirée de ce que ne figurent pas sur l'arrêté de mentions relatives à la voie de circulation, au point routier concerné, au sens de la circulation, au lieu d'interpellation, ni celle tirée de ce que ne figure pas davantage la moindre mention relative à l'appareil cinémomètre utilisé aux fins de constater l'infraction, en sachant au demeurant qu'aucune disposition n'impose de porter de telles indications sur l'arrêté litigieux, ni aucun élément produit par le requérant ne sont de nature à remettre en cause les mentions portées sur cet avis de rétention, signé par le requérant sans formuler aucune réserve, quant à la réalité et à l'ampleur de l'infraction commise. En outre, l'allégation selon laquelle la portion de route concernée n'aurait pas fait l'objet d'une signalisation particulière n'est pas établie par les pièces du dossier. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir ni que la matérialité des faits n'est pas établie ni que le préfet n'a pu légalement prendre l'arrêté attaqué en application de l'article L. 224-2 du code de la route.
11. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier que M. A a été intercepté par les services de la gendarmerie nationale de Bonneville à une vitesse retenue de 158 km/h alors que la vitesse maximale autorisée était de 110 km/h. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Savoie, eu égard à la nature et à la gravité de l'infraction commise par le requérant, a, par son arrêté du 8 novembre 2021, prononcé pour une durée de trois mois la suspension de la validité de son permis de conduire sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 224-2 du code de la route.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées dans l'ensemble de leurs conclusions.
D E C I D E
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le magistrat désigné
J. B
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au préfet de Haute-Savoie, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
N° 2109788-2109915
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026