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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2110003

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2110003

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2110003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée sous le n° 2110003 le 14 décembre 2021, M. D F, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 17 décembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour renouvelable dans le délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Paquet en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou à verser à M. F si cette aide ne lui est pas accordée.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de réponse à la demande de motivation présentée le 13 septembre 2021 ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences d'une absence de prise en charge ;

- sa situation justifiait que lui soit délivré, à titre subsidiaire, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet fasse usage de son pouvoir de régularisation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 janvier et 17 mai 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a pris le 21 septembre 2022 une décision expresse de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans les trente jours et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

13 juin 2023.

Par une décision du 26 novembre 2021, la demande d'aide juridictionnelle de

dM. F a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier.

II - Par une requête enregistrée sous le n° 2300636 le 26 janvier 2023, M. D F, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 21 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour renouvelable dans le délai de d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, ou à verser à M. F si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordé.

Il soutient que :

- il n'a pas été en mesure de retirer la décision notifiée en août 2020 en raison de ses hospitalisations et de sa prise en charge médicale ;

- il a contesté le refus implicite de lui délivrer un titre de séjour par une requête n° 211003 enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lyon ;

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation quant aux faits ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de la méconnaissance des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'absence de délibération collective du collège des médecins de l'OFII et de la méconnaissance de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- l'instauration d'une délibération collective constitue une garantie ;

- il remplit les conditions requises pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- le préfet a rendu sa décision plus d'un an après l'avis de l'OFII ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des faits ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 à 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 27 janvier 2021, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F, ressortissant géorgien né le 3 juin 1968, est entré le 3 mai 2018. Il a sollicité l'asile, le 6 juin 2018. Sa demande a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), le 5 avril 2019, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 5 septembre 2019. L'intéressé a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire, le 10 août 2020. Le requérant a sollicité, le 3 mai 2021, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande, demeurée sans réponse, a donné lieu à une décision implicite de rejet, le 17 décembre 2021. Par une première requête, M. F demande l'annulation de cette décision. Ensuite, par des décisions

du 21 septembre 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par une seconde requête, M. F demande l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2110003 et 2300636 pour M. F présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'un titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de

pouvoir, une décision explicite intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une

demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première

décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent

être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il résulte de ce qui précède que M. F doit être regardé comme demandant uniquement l'annulation de la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, qui s'est substituée à la décision implicite de refus initialement contestée, outre celle de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois dont ce refus est assorti.

Sur la légalité des décisions du 21 septembre 2022 :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni de la motivation de la décision attaquée que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. F. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce même code : " () L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (). ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. () ".

8. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisent : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. () ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences./ Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. ".

9. D'une part, il ressort des pièces produites en défense que la décision a été prise, sur avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), du 7 septembre 2021, par trois médecins régulièrement nommés par une décision du 1er mai 2021, rendu au vu du rapport médical, établi le 29 juillet 2021, par le docteur C B qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. D'autre part, M. F soutient que la décision en litige aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut pour le préfet de démontrer, notamment par la production des extraits du système d'information " THEMIS " relatifs à l'examen de son dossier, que l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII l'aurait été à l'issue d'une délibération collective, laquelle constituerait une garantie. A l'appui de son argumentation, l'intéressé produit les écritures présentées par l'OFII, en qualité d'observateur, dans une autre instance. Décrivant le fonctionnement du système d'information sécurisé utilisé pour assurer la gestion dématérialisée des dossiers, l'Office y indique que " la collégialité n'est ni présentielle ni contemporaine, il n'y a pas d'audience ", ce qui selon M. F serait de nature à remettre sérieusement en doute la mention " après en avoir délibéré " figurant sur l'avis rendu le 7 septembre 2021.

11. Toutefois, les dispositions précitées, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par un étranger malade au vu de l'avis rendu par un collège de trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'OFII ne siégeant pas au sein de ce collège, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins nommés par le directeur général de l'OFII et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un avis rendu, le 7 septembre 2021 par trois médecins qui, sur la base d'un rapport médical rédigé par un autre médecin, se sont prononcés sur l'état de santé de M. F, la nécessité d'une prise en charge médicale et les conséquences d'un éventuel défaut de soins. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie procédurale.

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches, sans qu'il soit besoin de faire droit d'ordonner au préfet de produire des extraits " THEMIS " relatif à l'instruction de son dossier.

14. Enfin, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

15. Pour rejeter, la demande de titre de séjour présentée par M. F, le préfet du Rhône s'est notamment fondé sur l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui précise que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, l'intéressé peut y bénéficier d'un traitement approprié. Cet avis précise également qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers la Géorgie.

16. Il ressort des pièces du dossier que M. F présente une insuffisance rénale chronique terminale sur une amylose AA, dont le diagnostic et la prise en charge ont été réalisés en France depuis 2019. Il bénéficie d'un traitement par hémodialyse chronique. Il a achevé un bilan de pré-transplantation rénale et il est inscrit depuis le 6 octobre 2022 sur la liste nationale d'attente pour une greffe de rein. Il invoque notamment une lettre du docteur A, médecin généraliste du 8 septembre 2021, demandant son hospitalisation sous contrainte, en raison d'une escalade dans les troubles du comportement caractérisée par un refus de prendre ses médicaments (sauf méthadone et valium), l'arrachage de son pansement de voie centrale avec refus de le faire refaire par une IDE, le fait de mettre du scotch et des masques dessus, une agitation psychomotrice alternant avec des passages où l'intéressé est plus calme. Le médecin précise que la structure LAM d'Hestia pourra le reprendre dès que l'état somatique et psychique sera de nouveau compatible avec les poursuites d'encadrement et d'étayage de l'équipe. Il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du certificat médical du médecin psychiatre, de la structure LAM d'Hestia du 8 novembre 2022, postérieur à la décision attaquée, que M. F souffre depuis des années d'une pathologie psychotique chronique mal stabilisée et qu'il bénéficie d'entretiens psychiatriques deux fois par mois avec l'aide d'un interprète et une fois par mois avec l'équipe d'interface psychiatrique. Toutefois, aucune pièce postérieure à l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 septembre 2021 et antérieure à la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour du 21 septembre 2022 ne révèle une aggravation significative de l'état de santé du requérant au regard des différentes pathologies qu'il présente depuis plusieurs années. Dans ces conditions, si le requérant se prévaut notamment du fait que l'avis du 7 septembre 2021 a été émis près d'un an avant l'édiction de la décision attaquée du 21 septembre 2022, il n'établit pas que son état de santé se serait sensiblement modifié pendant l'année séparant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la décision du préfet du Rhône ni qu'il aurait porté à la connaissance du préfet des éléments nouveaux de nature à caractériser une évolution de son état de santé. L'autorité administrative n'était ainsi pas tenue de solliciter un nouvel avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Enfin, ni les éléments précédemment exposés, ni un certificat médical du docteur E du 8 novembre 2022, postérieur à la décision attaquée, ne permettent de remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 7 septembre 2021, quant à la disponibilité d'un traitement approprié à l'état de santé de l'intéressé dans son pays d'origine et l'appréciation ainsi portée sur ce point par le préfet au vu de cet avis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doit être écarté.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

18. Il ressort des pièces du dossier que M. F est entré récemment en France à l'âge de 50 ans. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence et où réside son fils, ni en Russie où demeure sa fille. Par ailleurs, il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. En outre, comme il a été énoncé précédemment, le requérant pourra bénéficier d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine et son état de santé n'implique pas nécessairement sa présence sur le territoire français. Enfin, il ne justifie d'aucune insertion en France ni de ressources propres. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. F une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait entaché l'appréciation, qu'il a portée sur les conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle, d'une erreur manifeste.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

20. La situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été précédemment exposée, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation concernant l'existence d'un motif humanitaire ou exceptionnel doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

21. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni termes de la décision attaquée, qui relate notamment les conditions de séjour en France de M. F, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

23. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que les pathologies dont il se prévaut ne pourraient recevoir en Géorgie un traitement médical approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 doit être écarté.

24. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé et en l'absence d'autre élément, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

26. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

27. Le requérant ne produit aucun élément probant qui permettrait d'établir qu'il encourrait personnellement des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine ni qu'il pourrait bénéficie, en Géorgie, d'un traitement médical approprié à son état de santé. En outre, la demande d'asile, présentée par l'intéressé, a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

28. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus d'admission au séjour, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

29. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

30. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de son article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

31. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant la décision attaquée, qui vise les éléments de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, est ainsi suffisamment motivée.

32. D'autre part, comme l'a exposé la décision litigieuse, M. F ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France, il n'est pas dépourvu de liens personnels et familiaux en Géorgie et il ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement du

10 août 2020 prise à son encontre. Par ailleurs, M. F n'établit pas qu'il était hospitalisé à la date à laquelle l'arrêté du 10 août 2020 lui a été notifié, à savoir le 28 août 2020. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement et notamment se fonder sur l'absence d'exécution de cette mesure d'éloignement afin de prendre à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Enfin, tel que cela a été précédemment exposé, le requérant n'établit qu'il ne pourrait pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de ces éléments, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois à l'encontre de

M. F.

33. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2022. Par suite, ses requêtes doivent être rejetées y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2110003 et 2300636 présentées pour M. F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,Le président,

N. BardadJ. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2, 2300636

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