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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2110104

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2110104

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2110104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL DELAMBRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 16 décembre 2021 et 30 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 14 octobre 2022 qui n'a pas été communiqué, M. B C, représenté par la Selarl Delambre et associés (Me Delambre), demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de retirer sa décision du 29 juillet 2021 mettant à sa charge la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail d'un montant de 36 200 euros et une contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un montant de 4 796 euros et ramenant la somme globale à 30 000 euros en application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, ainsi que la décision du 29 juillet 2021 lui imposant le paiement de cette somme de 30 000 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme et, subsidiairement, de le décharger partiellement de cette obligation ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas pu faire valoir ses arguments avant la prise de la décision en litige ;

- la décision en litige est disproportionnée au regard de la situation de son entreprise ;

- le taux de la contribution spéciale devrait être réduit à 1 000 fois le taux horaire du salaire minimum garanti ;

- la contribution forfaitaire n'est pas due en l'absence de réacheminement du salarié employé irrégulièrement vers son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que :

- sa décision du 29 juillet 2021 est régulière en la forme ;

- les contributions sont bien fondées.

La clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2022 par une ordonnance du 14 septembre 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- et les conclusions de M. Habchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C exploite un salon de coiffure à Lagnieu (Ain). Le 10 décembre 2019, il a fait l'objet d'un contrôle par les services de l'inspection du travail, au cours duquel ont été constatées une infraction de travail dissimulé par dissimulation de salariés et une infraction d'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié. A la suite de ce contrôle, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par une décision du 29 juillet 2021, mis à la charge de M. C le paiement d'une contribution spéciale d'un montant de 36 200 euros et d'une contribution forfaitaire d'un montant de 4 796 euros et a ramené la somme globale due à 30 000 euros en application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par un courrier du 1er octobre suivant, M. C a demandé au directeur général de l'OFII de retirer sa décision du 29 juillet 2021. M. C demande l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté cette demande.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque son recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de l'instruction que le requérant s'est vu notifier le 4 août 2021 une décision du 29 juillet 2021 mettant à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire. Par un courrier du 1er octobre 2021, l'intéressé a demandé le retrait de la décision du 29 juillet 2021. Par suite, il y a lieu de regarder les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C comme dirigées également contre la décision du 29 juillet 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de l'obligation de payer :

4. Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. (). " Aux termes de l'article L. 822-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'État est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception (). ".

En ce qui concerne la contribution spéciale :

5. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.

6. En premier lieu, si le requérant fait état de ce que la signataire de la décision du 29 juillet 2021, Mme A, ne disposait pas d'une délégation de signature, il résulte de l'instruction que la signataire bénéficiait par une décision du 19 décembre 2019 du directeur général de l'OFII d'une délégation aux fins de signer toutes les décisions relatives aux contributions spéciales et forfaitaires. Le moyen doit donc être écarté.

7. En deuxième lieu, M. C soutient que la décision en litige est insuffisamment motivée. Toutefois, la décision contestée mentionne le nom des deux salariés qui ne disposaient pas d'un titre de travail, ainsi que la nature de l'infraction relevée par les services de l'inspection du travail. Enfin, elle comporte en annexe une reproduction des textes applicables. La décision est par suite suffisamment motivée.

8. En troisième lieu, M. C se prévaut de ce qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations avant la prise de la décision en litige. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'OFII lui a adressé un courrier, notifié le 18 juin 2021, explicitant les infractions relevées, les conséquences possibles et l'invitant à faire valoir ses observations. Or, le requérant n'a fait valoir auprès de l'OFII aucun argument pour contester les constats du service de l'inspection du travail. Par suite, le requérant ayant été mis en mesure de faire valoir ses observations, le moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, dès lors que l'infraction prévue à l'article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers en situation de séjour irrégulier et démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, le requérant ne peut utilement invoquer l'absence d'élément intentionnel ou encore sa prétendue bonne foi, ces circonstances étant sans incidence sur la matérialité de l'infraction et le montant de la contribution mise à sa charge.

10. En cinquième lieu, M. C fait valoir que la décision est disproportionnée, compte tenu de sa situation particulière, à savoir qu'il s'agit de la première infraction commise, que la relation de travail n'a duré que quelques jours et qu'il exploite une petite entreprise. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de caractériser une particularité telle qu'elle nécessiterait que M. C soit, à titre exceptionnel, dispensé de la contribution spéciale.

11. En sixième et dernier lieu, en application du premier alinéa de l'article L. 8253-1 du code du travail, " sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 (). ". Ce montant est fixé de manière forfaitaire, par l'article R. 8253-2 du même code, à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12, à la date de la constatation de l'infraction. Il est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ou lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 du même code. Il est, dans ce dernier cas, réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France.

12. M. C soutient que la particularité de sa situation rappelée au point 10 justifie que seul le coefficient de 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti soit appliqué. Toutefois, pour bénéficier de ce coefficient, d'une part l'employeur doit avoir versé à son salarié les salaires et indemnités dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 du code du travail et d'autre part, l'infraction ne doit concerner que l'emploi d'un seul salarié. Or, il résulte de l'instruction que M. C employait deux salariés dépourvus de titre de séjour, sans qu'il soit établi qu'il aurait versé les salaires et indemnités dans les conditions prévues par le code du travail. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la contribution forfaitaire :

13. Les dispositions de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas la mise à la charge de l'employeur de la contribution représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine à la justification par l'administration du caractère effectif de ce réacheminement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration n'aurait pas justifié du réacheminement du travailleur en situation irrégulière employé par le requérant est sans influence sur la légalité de la contribution litigieuse et doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 juillet 2021 du directeur général de l'OFII et de la décision du 15 octobre 2021 rejetant son recours doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin de décharge.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

A-S. Soubié

La présidente,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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