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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2110205

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2110205

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2110205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET PIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 29 octobre 2021, le 21 décembre 2022 et le 16 mars 2023, M. A B, représenté par la Selarl GC Avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le département de l'Isère et le Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation du préjudice que les agissements de leur président lui ont causé ;

2°) de mettre à la charge respective du département de l'Isère et du Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la remise en cause injustifiée par leur président de son impartialité et l'atteinte à son indépendance sont constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité du département de l'Isère et du Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons ;

- le préjudice qu'il a subi peut être évalué à 8 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le départemental de l'Isère et le Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons, représentés par Me Pierson, concluent au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce qu'une indemnisation soit limitée à un montant qui ne saurait excéder 1 500 euros, et à ce que le versement à chacun d'eux de la somme de 1 000 euros soit mis à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dénigrement et l'atteinte à l'indépendance allégués ne sont pas constitués ;

- le préjudice subi ne saurait en tout état de cause excéder 1 500 euros.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- les conclusions de Mme de Mecquenem, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Chareyre pour M. B ainsi que celles de Me Cohen pour le département de l'Isère et le Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 27 mars 2018, le président du tribunal administratif (TA) de Grenoble a désigné M. B en qualité de président de la commission d'enquête publique chargée d'émettre un avis préalable à la délivrance de diverses autorisations en vue de la réalisation du projet dénommé " Inspira " et portant sur l'aménagement d'un site industrialo-portuaire sur le territoire des communes de Sablons et de Salaise-sur-Sanne. M. B demande la condamnation du département de l'Isère et du Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons (SMZP) à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait des fautes que le président du conseil départemental et du SMZP a selon lui commises en lui imputant publiquement et de manière injustifiée un défaut d'impartialité et d'indépendance dans l'exercice de sa mission.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article L. 123-4 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans chaque département, une commission présidée par le président du tribunal administratif ou le conseiller qu'il délègue établit une liste d'aptitude des commissaires enquêteurs. Cette liste est rendue publique et fait l'objet d'au moins une révision annuelle. Peut être radié de cette liste tout commissaire enquêteur ayant manqué aux obligations définies à l'article L. 123-15. / L'enquête est conduite, selon la nature et l'importance des opérations, par un commissaire enquêteur ou une commission d'enquête choisi () à cette fin parmi les personnes figurant sur les listes d'aptitude (). En cas d'empêchement d'un commissaire enquêteur, le président du tribunal administratif ou le conseiller délégué par lui ordonne l'interruption de l'enquête, désigne un commissaire enquêteur remplaçant et fixe la date de reprise de l'enquête. Le public est informé de ces décisions ". Aux termes de l'article R. 123-4 du même code : " Ne peuvent être désignées comme commissaire enquêteur ou membre d'une commission d'enquête les personnes intéressées au projet () soit à titre personnel, soit en raison des fonctions qu'elles exercent ou ont exercées depuis moins de cinq ans, notamment au sein de la collectivité, de l'organisme ou du service qui assure la maîtrise d'ouvrage, la maîtrise d'œuvre ou le contrôle de l'opération soumise à enquête, ou au sein des associations concernées par cette opération ". Aux termes de l'article R. 123-41 du même code : " () La commission arrête la liste des commissaires enquêteurs choisis, en fonction notamment de leur compétence et de leur expérience, parmi les personnes qui manifestent un sens de l'intérêt général, un intérêt pour les préoccupations d'environnement, et témoignent de la capacité d'accomplir leur mission avec objectivité, impartialité et diligence. / () ".

3. S'il est constant que, par un courrier du 7 mai 2018, le président du conseil départemental de l'Isère et du SMZP a vainement invité le président du TA de Grenoble à envisager le remplacement de M. B en qualité de commissaire enquêteur pour des motifs tirés de ses prises de position et engagements associatifs passés, la présentation de cette demande auprès de l'autorité chargée par les dispositions précitées de l'article L. 123-4 du code de l'environnement de pourvoir le cas échéant au remplacement d'un commissaire enquêteur ne saurait être regardée, dans son principe ou en raison de son absence alléguée de justification, comme constitutive du dénigrement invoqué par le requérant ou d'une atteinte à son indépendance.

4. Au soutien de sa demande, M. B se prévaut également des propos critiques tenus à son égard par le président du conseil départemental de l'Isère et du SMZP dans deux articles du journal Le Dauphiné libéré des 9 février 2019 et 4 mai 2021 faisant suite, pour le premier, à la déclaration d'utilité publique du projet Inspira en dépit de l'avis défavorable émis par la commission d'enquête qu'il présidait et à une décision du 6 décembre 2028, annulée depuis, prononçant sa radiation de la liste des commissaires enquêteurs et, pour le second, à l'annulation par le TA de Grenoble de l'arrêté préfectoral du 19 décembre 2018 portant autorisation du projet Inspira. Toutefois, si le président du conseil départemental de l'Isère et du SMZP a indiqué dans ces articles qu'il avait vainement sollicité le président du TA de Grenoble en vue du remplacement de M. B en qualité de commissaire enquêteur puis sollicité auprès des autorités concernées la radiation de celui-ci de la liste des commissaires enquêteurs pour des motifs liés à ce qu'il estimait relever d'un manque d'objectivité de M. B lié à ses prises de position ou son engagement passés ainsi qu'à sa proximité du milieu associatif écologiste, ni la publicité ainsi donnée à ces initiatives ni la teneur des propos tenus par l'intéressé pour s'en expliquer, qui n'a pas excédé en l'espèce les limites dans lesquelles le représentant d'une personne publique peut exprimer son désaccord avec les décisions et avis eux-mêmes publics rendus sur les projets qu'il défend, ne peuvent être regardés comme constitutifs du dénigrement allégué par le requérant ou d'une atteinte à son indépendance.

5. Si M. B fait également valoir que la contestation de l'ordonnance fixant les frais et honoraires des membres de la commission d'enquête qu'il a présidée révèle une animosité personnelle à son égard, cette contestation, dont le principe est au demeurant prévu par le dernier alinéa de l'article R. 123-25 du code de l'environnement, n'est pas le fait des défendeurs et n'est dès lors pas de nature à engager leur responsabilité.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par M. B et dirigées contre le département de l'Isère et le SMZP, qui ne sont pas parties perdantes. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les défendeurs sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de l'Isère et le Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de l'Isère et au Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 15 mai 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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