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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2110252

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2110252

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2110252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de point de son permis de conduire deux points pour une infraction commise le 23 juin 2011, un point pour une infraction commise le 18 décembre 2017 et quatre points pour une infraction commise le 15 février 2019, ensemble la décision référencée " 48SI " du 25 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a retiré un point du capital de point de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 11 août 2020, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer son titre de conduire doté des points illégalement retirés dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu les décisions lui notifiant les retraits de points successifs ;

- il n'a pas reçu les informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant l'ensemble des infractions contestées ;

- la réalité des infractions ne peut être tenue pour établie, dès lors qu'il n'a pas souvenance d'avoir acquitté les amendes y afférentes.

Par un mémoire, enregistré le 22 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'infraction commise le 23 juin 2011 ne donne plus lieu à retrait de points, de sorte que, le solde de points dudit permis étant redevenu positif, il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI en tant qu'elle invalide son permis de conduire pour solde de points nul ;

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par lettre du 8 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction du 11 août 2020, dès lors que ce point a été restitué au requérant antérieurement à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, il a été donné lecture du rapport en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis une série d'infractions au code de la route les 23 juin 2011, 18 décembre 2017 et 15 février 2019. Par une décision ministérielle référencée " 48 SI " du 25 octobre 2021, suite à une infraction au code de la route commise le 11 août 2020 ayant entraîné le retrait d'un point de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. M. A demande au tribunal d'annuler la décision " 48SI " pourtant invalidation de son permis de conduire ainsi que les décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, il résulte de l'instruction, comme le fait valoir le ministre, que la décision ministérielle référencée " 48SI ", du 25 octobre 2021, portant invalidation du permis de conduire de M. A n'apparaît plus sur le relevé d'information intégral de l'intéressé édité le 21 février 2022 et que celui-ci indique un solde de points positif. Ainsi l'administration doit être regardée comme ayant, postérieurement à l'introduction de la requête, procédé au retrait de cette décision. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision référencée " 48SI " sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. D'autre part, il ressort des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier par le ministre de l'intérieur que, suite à l'infraction commise le 23 juin 2011, M. A a, le 21 novembre 2011, obtenu la reconstitution totale du capital de point de son permis de conduire et que l'infraction du 23 juin 2011 n'entraîne plus de retrait de points. De même, il ressort dudit relevé d'information intégral que le point retiré à M. A suite à l'infraction commise le 11 août 2020 a été restitué le 21 décembre 2021, soit également antérieurement à l'introduction de la requête. Les conclusions dirigées contre ces retraits de points sont, dès lors, irrecevables et doivent être rejetées.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 18 décembre 2017 et 15 février 2019.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions portant retrait de points :

5. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui le moyen tiré du défaut d'information préalable :

6. En application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est notamment informé qu'il encourt un retrait de points, si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

7. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. A soutient ne pas avoir reçu les informations requises par le code de la route lors des infractions commises le 15 février 2019 et le 18 décembre 2017.

S'agissant de l'infraction du 18 décembre 2017 :

8. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces du dossier qu'avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'examen du relevé intégral d'information et de l'attestation de paiement établie par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. A a payé l'amende forfaitaire majorée qui correspond à l'infraction susmentionnée. Il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points intervenus à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction du 15 février 2019 :

10. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". En vertu des articles A. 37 1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention et une notice de paiement. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte les informations requises par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

11. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. A, que l'intéressé s'est acquitté le 8 mars 2019 de l'amende forfaitaire au titre de l'infraction constatée par un procès-verbal dématérialisé dressé le 15 février 2019 au moyen d'un appareil électronique sécurisé. En application des dispositions susmentionnées du code de procédure pénale, M. A doit être regardé comme ayant nécessairement reçu à son domicile l'avis de contravention afférent à cette infraction. Eu égard aux mentions dont cet avis de contravention doit être revêtu, il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors qu'il ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

En ce qui concerne tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

12. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

13. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que M. A a réglé l'amende forfaitaire consécutive à l'infraction du 15 février 2019 et qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de l'infraction commise le 18 décembre 2017. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation des décisions par lesquelles le ministre a respectivement procédé au retrait d'un point et de quatre points à raison des infractions au code de la route commises les 18 décembre 2017 et 15 février 2019. Les conclusions de la requête à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision " 48SI " du 25 octobre 2021 en tant qu'elle prononce l'invalidation du permis de conduire de M. A pour solde de points nul.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La présidente,

G. Verley-CheynelLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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