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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2110432

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2110432

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2110432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 décembre 2021 et 12 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée s'agissant de l'absence d'atteinte à sa vie privée et familiale et de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il n'est pas justifié de la délégation de signature dont disposait le signataire ;

- faute de production de l'avis du collège des médecins, la procédure suivie est irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète de la Loire s'est estimée liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'absence de traitement peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé est directement lié aux traumatismes subis dans son pays d'origine ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense mais seulement des pièces, enregistrées le 9 décembre 2022.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 26 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Soubié, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la république du Congo né en 1977, est entré en France le 9 juillet 2017 avec son épouse. Le 26 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 13 septembre 2021, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de la Loire du 29 juillet 2021, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. La décision attaquée mentionne le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ainsi que la présence régulière de l'épouse du requérant et les motifs pour lesquels la préfète estime que sa décision ne porte pas atteinte à la vie privée et familiale du requérant. Elle comporte ainsi toutes les considérations de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'Office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur (). ".

5. La décision attaquée mentionne que la préfète de la Loire a consulté le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. La préfète ayant produit l'avis du collège des médecins, il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que cette consultation n'aurait pas été effective.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment des pièces transmises par la préfète de la Loire qu'un rapport médical a été établi par le docteur A, à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. C. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis le 7 septembre 2021 sur l'état de santé du requérant par ledit collège composé des docteurs Tresneau, Triebsch et Quilliot, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le médecin ayant établi le rapport médical n'ayant pas participé à la délibération de ce collège. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. Il ne ressort, ni des termes de l'arrêté en litige ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de la Loire se serait crue liée par l'avis rendu par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 7 septembre 2021. Le moyen tiré de ce que la préfète aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit donc écarté.

8. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Les certificats médicaux produits par M. C font état de la latence de l'hépatite B dont il est atteint et du suivi psychiatrique dont il fait l'objet et dont la poursuite lui éviterait une dépression profonde. Ainsi, ces seuls éléments ne suffisent pas à contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si M. C soutient que la pathologie psychiatrique dont il souffre résulte d'un état de stress post-traumatique lié à des évènements traumatisants subis dans son pays d'origine, le seul certificat médical dont il se prévaut, peu circonstancié, qui se borne à faire état de ce que son état de santé est " en lien avec un vécu traumatique dans son pays d'origine " n'est pas davantage suffisant pour remettre en cause l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et l'appréciation portée par la préfète de la Loire sur sa situation médicale. Enfin, si M. C fait état de ce qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ce moyen ne permet pas de contester utilement le motif retenu par la préfète de la Loire relatif aux conséquences de l'absence de traitement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l 'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Si M. C fait valoir qu'il est marié depuis 2007, qu'il vit en France avec son épouse depuis 2017 et que son épouse dispose d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant émis un avis favorable à son admission au séjour pour raisons de santé pour une durée de deux ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'assistance que M. C apporte à son épouse serait indispensable. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

A.-S. SOUBIÉ

La présidente,

V. VACCARO-PLANCHET

La greffière,

C. TOUJA

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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