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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200083

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200083

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, M. B E, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au réexamen de sa situation A un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, A l'attente, une autorisation provisoire de séjour à compter de la même date ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant expulsion du territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a sollicité, le 22 octobre 2021, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en février 2020 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet :

• il peut se prévaloir des protections contre l'expulsion instituées par les dispositions des 1° et 3° du même article, de sorte que le préfet du Rhône aurait dû démontrer en quoi son expulsion constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique ;

• la circonstance qu'il ait été condamné pénalement pour des faits de violences conjugales ne permettait pas d'écarter l'application des dispositions du 1°de cet article ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace grave, réelle et actuelle, pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'expulsion ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ainsi que d'une erreur d'appréciation, dès lors que le préfet du Rhône a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il pourra être éloigné alors qu'il est de nationalité marocaine ;

- elle méconnaît les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre 2022 et 4 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public ;

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 28 août 1994, déclare être entré en France le 24 décembre 2008 en compagnie de sa mère, de son frère et de sa sœur. Après avoir été mis en possession de documents de circulation pour étranger mineur valables du 2 janvier 2009 au 27 août 2013, l'intéressé a bénéficié, à sa majorité, d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", régulièrement renouvelée entre le 27 septembre 2012 et le 4 février 2018, puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention et valable du 4 février 2018 au 3 février 2020. Alors qu'il avait notamment été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon, le 4 février 2013, à cinquante heures de travaux d'intérêt général pour des faits de " vol " commis du 11 au 12 novembre 2012, le 26 avril 2013, à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " violence commis en réunion sans incapacité " commis le 28 septembre 2012, le 27 mai 2015, à un mois d'emprisonnement pour des faits " d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique " et de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " commis le 19 janvier 2015, le 24 juin 2016, à trois cents euros d'amende pour des faits de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " commis le 8 mars 2016, et le 28 novembre 2016 à trois ans d'emprisonnement dont deux ans avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans et d'une peine complémentaire d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans, M. E a été condamné par la cour d'appel de Lyon, le 13 janvier 2020, à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " port d'arme malgré interdiction judiciaire " commis en récidive les 24 et 25 septembre 2019 à Sainte-Foy-Lès-Lyon, alors qu'il avait été définitivement condamné le 28 novembre 2016 pour des faits similaires ou de même nature. Ayant fait l'objet d'un mandat de dépôt le 26 septembre 2019, l'intéressé a été écroué au centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône jusqu'au 27 mars 2020, date de sa libération conditionnelle. Par un jugement du 13 mai 2020, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné M. E à une peine d'un an d'emprisonnement et une peine complémentaire d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité " commis en récidive le 12 mai 2020 à Sainte-Foy-Lès-Lyon, et ordonné la révocation totale du sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans prononcé par la cour d'appel de Lyon le 13 janvier 2020. L'intéressé a été écroué à la maison d'arrêt de Lyon Corbas du 13 mai 2020 au 16 septembre 2021. Après cette incarcération, M. E a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 22 octobre 2021, le " renouvellement " de sa carte de séjour pluriannuelle ayant expiré le 3 février 2020 et s'est vu délivrer un récépissé, valable jusqu'au 21 avril 2022, l'autorisant à travailler. Enfin, par un arrêté du 24 novembre 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 26 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 28 octobre suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, qui est entré en vigueur à la date du 2 novembre 2021, le préfet du Rhône a donné délégation à Mme C D, préfète, secrétaire générale de la préfecture du Rhône, préfète déléguée pour l'égalité des chances, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, documents, correspondances administratives diverses relevant des attributions de l'État A le département du Rhône, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues A l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant expulsion du territoire français :

3. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Et aux termes de l'article L. 631-2 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant A les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () ".

4. Pour prononcer à l'encontre de M. E une mesure d'expulsion sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône a considéré que l'intéressé ne pouvait se prévaloir, ni des dispositions des 1° et 2° de l'article L. 631-2 du même code, dès lors qu'il avait fait l'objet de condamnations pour des faits de violences conjugales, ni des dispositions du 3° du même article, dès lors que compte tenu de ses différentes condamnations à des peines de prison successives et de sa situation d'irrégularité depuis le mois de février 2020, il ne justifiait pas d'une résidence régulière sur le territoire français depuis plus de dix ans.

5. En l'espèce, tout d'abord, le requérant soutient que l'autorité préfectorale aurait méconnu les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de démontrer en quoi son expulsion constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique, dès lors, d'une part, qu'il remplit " incontestablement " les conditions posées par le 1° du même article dont l'application ne pouvait être écartée à raison d'une condamnation pour des faits de violence conjugale, et, d'autre part, qu'il justifie résider régulièrement en France depuis plus de dix ans au sens et pour l'application du 3° de cet article. Toutefois, d'une part, s'il est constant que M. E était, à la date de la décision contestée, le père de deux enfants français mineurs résidant en France, il ne justifie pas, par la production d'une simple attestation rédigée A des termes généraux et peu circonstanciés par sa compagne le 23 décembre 2021, qu'il contribuait effectivement à leur entretien et leur éducation, A les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis leur naissance ou depuis au moins un an au sens et pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance qu'il ait conservé l'autorité parentale sur ses enfants étant à cet égard sans incidence. D'autre part, si le requérant, qui déclare être entré en France le 24 décembre 2008, a été mis en possession de documents de circulation pour étrangers mineurs, à compter du 2 janvier 2009, a bénéficié, du 27 septembre 2012 au 3 février 2020, de cartes de séjour temporaires portant la mention " vie privée et familiale " puis, s'est vu remettre un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, valable du 22 octobre 2021 au 21 avril 2022, il ressort également des pièces du dossier qu'il a notamment été placé en centre éducatif fermé (CEF) à Saint-Jean-La-Buissière durant un an, avant sa majorité, puis incarcéré au centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône du 26 septembre 2019 au 27 mars 2020, à la maison d'arrêt de Lyon Corbas du 13 mai 2020 au 16 septembre 2021, et enfin, incarcéré durant un mois puis un an en exécution des peines prononcées à son encontre par le tribunal correctionnel de Lyon les 27 mai 2015 et 28 novembre 2016. Ainsi, dès lors que les années passées en détention au titre d'une peine privative de liberté, de même que celles passées en CEF, emportent une obligation de résidence ne résultant pas d'un choix délibéré et ne peuvent être comptabilisées A le calcul des dix ans fixés par les dispositions du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à supposer même que les documents de circulation pour étranger mineur délivrés à l'intéressé puissent attester de sa résidence régulière au sens et pour l'application de ces dispositions, M. E ne justifiait pas, à la date du 24 novembre 2021, d'une résidence régulière en France depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1° et du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Ensuite, le requérant soutient que le préfet du Rhône aurait commis une erreur de fait en indiquant qu'il n'avait fait aucune démarche pour renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 4 février 2018 au 3 février 2020, et qu'il se maintenait en situation irrégulière sur le territoire français en toute connaissance de cause, alors qu'il a effectué des démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative après la fin de sa détention à la maison d'arrêt de Lyon Corbas, ainsi qu'en atteste la récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 21 avril 2022 qui lui a été délivré par les services de la préfecture du Rhône, le 22 octobre 2021. Toutefois, contrairement à ce que soutient M. E, la demande qu'il a présentée auprès de l'administration le 22 octobre 2021, soit postérieurement à l'expiration de la durée de validité de la dernière carte de séjour qui lui avait été délivrée, ne pouvait constituer une demande de renouvellement de ce titre de séjour, laquelle aurait dû être présentée A le courant des deux derniers mois précédant cette expiration conformément aux dispositions de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, et devait ainsi être regardée comme une première demande. Au demeurant, si l'intéressé fait état de son impossibilité de se rendre en préfecture pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour compte tenu de son incarcération, il n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de prendre l'attache des services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) du centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône, à compter du 26 septembre 2019, ou de mandater une personne en vue de déposer une telle demande, voire même de l'adresser par courrier. Enfin, si M. E soutient qu'il résidait régulièrement sur le territoire français à la date de la décision contestée, dès lors qu'il s'était vu remettre, le 22 octobre 2021, le récépissé précité l'autorisant à travailler, il résulte en tout état de cause de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision si elle ne s'était pas fondée sur l'irrégularité de son séjour à la date du 24 novembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'autorité compétente pour prononcer une mesure de police administrative sur le fondement des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a pour objet de prévenir les atteintes à l'ordre public qui pourraient résulter du maintien d'un étranger sur le territoire français, doit caractériser l'existence d'une menace grave au vu du comportement de l'intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l'ordre public. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

8. Pour considérer que la présence en France de M. E constituait une menace grave pour l'ordre public au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance tirée de ce que son comportement délictuel ne résultait pas d'actes isolés mais d'agissements répétés de plus en plus graves laissant craindre une récidive au regard de son profil particulièrement instable. L'autorité préfectorale a en effet relevé, d'une part, que M. E, qui avait fait l'objet, pendant un temps, d'une interdiction de contact avec sa compagne assortie d'une interdiction de paraître à son domicile depuis sa condamnation pour des faits de violence conjugale en 2019 confirmée en 2020, avait été écroué le 13 mai 2020 après avoir commis de nouvelles violences sur l'intéressée et une personne dépositaire de l'autorité publique, d'autre part, que le requérant, très défavorablement connu des services de police pour de nombreux faits, pour certains commis alors qu'il était mineur, avait été condamné à quatre reprises par le tribunal pour enfants et à plusieurs reprises depuis sa majorité, et, enfin, qu'il avait fait l'objet de plusieurs compte rendu d'incidents au cours de son incarcération, notamment pour des propos outrageants à l'égard du personnel pénitentiaire, confirmant ainsi son profil violent et non respectueux de la réglementation.

9. En l'espèce, tout d'abord, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen préalable, réel et sérieux de la situation personnelle de M. E. En effet, l'autorité préfectorale, qui a mentionné l'ensemble des éléments sur lesquels elle s'est fondée pour considérer que sa présence sur le territoire français était de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public, ne s'est pas bornée à énumérer l'ensemble de ses condamnations pénales, et a tenu compte de l'actualité de cette menace en relevant la gradation de ses agissements répétés et l'instabilité de son profil laissant craindre une récidive du comportement ayant conduit à ses incarcérations. Par ailleurs, si M. E fait état de la reprise de la vie commune avec sa compagne depuis la fin de son incarcération au mois de septembre 2021, de ce qu'il justifiait de " gages de réinsertion ", compte tenu de son inscription en vue de passer l'examen du permis de conduire et du suivi d'une formation de cuisinier devant permettre la conclusion d'un contrat de travail avec un restaurant, ainsi que de l'accompagnement dont il bénéficiait à raison de son addiction à l'alcool, cette divergence d'analyse quant à la réalité et l'actualité de la menace grave pour l'ordre public que représentait sa présence en France à la date de la décision attaquée n'est pas davantage de nature à établir le défaut d'examen invoqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. Ensuite, il ressort des pièces du dossier, notamment du bulletin n°2 du casier judiciaire et de la fiche pénale de l'intéressé produits en défense, que M. E a été condamné par la cour d'appel de Lyon, le 13 janvier 2020, à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " port d'arme malgré interdiction judiciaire " commis en récidive les 24 et 25 septembre 2019 à Sainte-Foy-Lès-Lyon, alors qu'il avait été condamné définitivement le 28 novembre 2016 pour des faits similaires ou de même nature, puis par le tribunal correctionnel de Lyon, le 13 mai 2020, à une peine d'un an d'emprisonnement et une peine complémentaire d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité " commis en récidive le 12 mai 2020 à Sainte-Foy-Lès-Lyon, alors qu'il avait été placé en libération conditionnelle à compter du 27 mars 2020. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police pour avoir fait l'objet, entre le 10 octobre 2018 et le 12 mai 2020, de quatre signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour des faits de " menace de crime contre les personnes matérialisées par écrit, image ou autre objet " commis le 10 octobre 2018, de " violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité " commis le 29 novembre 2018, de " violence sans incapacité en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " commis le 25 septembre 2019, ainsi que de " violence sans incapacité en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité " commis le 12 mai 2020. Il ressort enfin des termes non contestés de la décision attaquée que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs compte rendu d'incidents au cours de son incarcération, notamment pour des propos outrageants à l'égard du personnel pénitentiaire, lesquels sont corroborés par son signalement au FAED le 7 mars 2022 pour des faits d'" outrage à une personne chargée d'une mission de service public " commis le 5 janvier 2021 alors qu'il était incarcéré à la maison d'arrêt de Lyon Corbas. Or, si M. E soutient que le préfet du Rhône ne pouvait légalement se fonder sur les douze signalements au FAED et les cinq condamnations pénales dont il avait fait l'objet antérieurement au 4 février 2018, dès lors qu'ils n'avaient pas fait obstacle au renouvellement de sa carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " puis à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans portant la même mention, il s'avère que les faits commis par l'intéressé postérieurement à la délivrance de son dernier titre de séjour, pour certains de manière réitérée, A un cours laps de temps et au cours d'une période de libération conditionnelle, présentent un caractère récent et un degré certain de gravité, de sorte qu'ils caractérisent un comportement constituant une menace grave pour l'ordre public. Par ailleurs, si le requérant fait état, pour contester la réalité et l'actualité de la menace grave pour l'ordre public que représentait sa présence en France à la date de la décision contestée, d'un " changement d'attitude " et de ses " gages de réinsertion ", compte tenu de la reprise de la vie commune avec sa compagne, de l'état de grossesse de cette dernière, de son inscription en vue de passer l'examen du permis de conduire, du suivi d'une formation de cuisinier devant permettre la conclusion d'un contrat de travail avec un restaurant, ainsi que de l'accompagnement dont il bénéficie à raison de son addiction à l'alcool, il n'en justifie pas par les pièces qu'il produit. Au demeurant, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la gendarmerie nationale le 19 mai 2022 que M. E, interpellé en état d'ébriété sur le territoire de la commune d'Irigny en présence de sa compagne, alors enceinte, et de ses deux enfants mineurs, puis placé en garde à vue, après avoir insulté et lancé un couteau A le volet de la fenêtre d'un appartement où résidait son frère, a notamment déclaré ne plus être suivi pour son addiction depuis " le 4 novembre 2021 ", sans être certain de cette date, et reconnu consommer du cannabis deux fois par jour depuis " environ un an " ainsi que de l'alcool, à raison de " deux flash de vodka " par semaine, confirmant ainsi ne pas avoir poursuivi, postérieurement à son incarcération, la prise en charge médicale dont il avait bénéficié à compter du 28 juillet 2020 auprès du centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) - Antenne Toxicomanies de la maison d'arrêt de Lyon Corbas. Au surplus, le requérant a fait l'objet d'un nouveau signalement au FAED le 28 juin 2022 pour des faits de " menace réitérée de crime contre les personnes " commis le 27 juin 2022, et a de nouveau été interpellé et placé en garde à vue, le 19 octobre 2022 par les services de la gendarmerie nationale pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " commis le jour-même, à Irigny, sur la personne de sa compagne et en présence de ses trois enfants mineurs, dont son dernier fils âgé de seulement quelques mois, alors qu'il se trouvait en état d'ébriété. Ainsi, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls faits commis par M. E postérieurement au 4 février 2018, lesquels étaient de nature à justifier à eux-seuls la menace grave pour l'ordre public que constituait la présence en France de l'intéressé, et compte tenu du comportement du requérant et des risques objectifs que celui-ci faisait peser sur l'ordre public à la date du 24 novembre 2021, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une mesure d'expulsion, nonobstant l'avis défavorable émis par la commission départementale d'expulsion du Rhône le 13 septembre 2021.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique A l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, A une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. M. E soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis plus de treize ans, aux côtés de sa mère, de son frère et de sa sœur qui y résident régulièrement, qu'il y a rencontré une ressortissante française avec laquelle il vit en concubinage et a eu deux enfants à l'éducation et l'entretien desquels il justifie contribuer effectivement, et qu'il présente des " gages de réinsertion ". Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que la présence en France du requérant, qui ne justifie, par les pièces qu'il produit, ni d'une insertion sociale ou professionnelle particulière antérieurement à ses dernières périodes d'incarcération, ni d'une réelle perspective de réinsertion, constitue une menace grave pour l'ordre public, l'intéressé ayant notamment été condamné pénalement et incarcéré par deux fois entre les années 2019 et 2020 pour des faits de violences conjugales commis en état de récidive légale sur la personne de sa compagne. Par ailleurs, il résulte également ce qui a été dit au point 5 que l'intéressé ne démontre pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants mineurs, que ce soit antérieurement ou postérieurement à ses périodes de détention. En outre, si M. E se prévaut de la présence en France de sa mère, de son frère et de sa sœur, il ne justifie pas des liens entretenus avec ces derniers sur le territoire national en se bornant à produire leurs titres de séjour, alors au demeurant qu'il ressort des procès-verbaux de ses auditions par les services de la gendarmerie nationale les 19 mai et 20 octobre 2022 qu'après avoir été, à deux reprises, interpellé en état d'ébriété sur le territoire de la commune d'Irigny puis placé en garde à vue, dont une première fois pour avoir insulté et lancé un couteau A le volet de la fenêtre d'un appartement où résidait son frère, le requérant a déclaré ne plus adresser la parole à ce dernier depuis " environ sept ans " et avoir été condamné à huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis " suite à l'agression de (son) frère il y a quelque mois ". Enfin, M. E n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache A son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans et où résident, selon ses déclarations du 19 mai 2022, " tout le reste de (sa) famille " dont son père ainsi que " des cousins ". A ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en prononçant son expulsion du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est infondé et doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " A toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, A l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants A toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

14. En l'espèce, si M. E soutient que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs, ainsi que cela a été précédemment exposé au point 5, il ne justifie contribuer ni à l'éducation ni à l'entretien de ses enfants, que ce soit antérieurement ou postérieurement à ses périodes de détention, et ne justifie pas davantage, par les pièces qu'il produit, de la réalité et de l'intensité des liens affectifs entretenus avec ces derniers. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de violences conjugales commis sur la mère de ses enfants, notamment A la nuit du 24 au 25 septembre 2019 puis le 12 mai 2020 après lui avoir asséné " une gifle au visage ainsi qu'un coup de pied à la tête " et, a fait l'objet de deux signalements au FAED précisant que ces faits auraient été commis " en présence d'un mineur ", ce que l'intéressé ne conteste pas. A ces conditions, et alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 10 que son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public, le requérant ne justifie pas qu'il serait A l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs qu'il demeure à leurs côtés. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ces enfants et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfants en prononçant son expulsion du territoire français.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision d'expulsion du territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

16. En second lieu, selon les termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une décision d'expulsion () ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; () / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays A lequel il est légalement admissible. () ".

17. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet du Rhône a fixé comme pays à destination duquel M. E pourra être éloigné en cas d'exécution d'office de la mesure d'expulsion dont il fait l'objet, le " pays dont il a la nationalité, à savoir l'Algérie, ou () tout pays A lequel il établirait être légalement admissible ". Or, il est constant que l'intéressé est de nationalité marocaine. Ainsi, le requérant est fondé à soutenir que l'autorité préfectorale a entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et méconnu les dispositions précitées du 1° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant l'Algérie comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office alors qu'il n'en possède pas la nationalité.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en tant qu'elle désigne un pays dont il n'a pas la nationalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement, qui ne prononce que l'annulation de la décision du 24 novembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a fixé comme pays à destination duquel M. E pourra être éloigné d'office le " pays dont il a la nationalité, à savoir l'Algérie, ou () tout pays A lequel il établirait être légalement admissible ", en tant qu'elle désigne l'Algérie comme pays de destination alors qu'il n'en possède pas la nationalité, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. A les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 24 novembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a fixé comme pays à destination duquel M. E pourra être éloigné d'office, le " pays dont il a la nationalité, à savoir l'Algérie, ou () tout pays A lequel il établirait être légalement admissible " est annulée en tant qu'elle désigne l'Algérie comme pays de destination alors qu'il n'en possède pas la nationalité.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

C. F

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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