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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200119

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200119

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, M. A C B, représentée par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros à compter du 5ème mois suivant le dépôt de sa demande de titre en réparation de ses préjudices ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la responsabilité de l'Etat doit être engagée compte tenu de l'illégalité de la décision attaquée et du délai anormalement long de traitement de sa demande de titre ;

- il a ainsi subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il convient d'indemniser en lui versant 500 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacroix, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant malgache né le 28 septembre 1954, déclare être entré en France pour la dernière fois le 6 avril 2009 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 19 juillet 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite du silence gardé sur cette demande est née une décision implicite de rejet dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu et d'une part, il résulte des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais codifiées aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du même code, que le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour sont au nombre de celles qui doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il ressort des pièces du dossier que, le 19 juillet 2019, M. B a saisi le préfet du Rhône d'une demande de titre de séjour et s'est vu remettre une attestation de dépôt par les services de la préfecture. Le silence gardé par l'autorité administrative sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 19 novembre 2019. Dans le délai de recours contentieux, M. C B a, par une lettre recommandée avec accusé de réception du 3 février 2021, réceptionnée le 24 février 2021, sollicité la communication des motifs de cette décision, sans succès. Dès lors, ainsi que le soutient le requérant, en l'absence de motivation, la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est illégale.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. / (). ". Aux termes de l'article R. 312-2 du même code, dans sa version alors en applicable : " Le préfet () saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres mentionnés aux articles L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance. / La commission est également saisie dans les cas prévus aux articles L. 313-14 et L. 431-3. / Cette demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de retrait, de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour, ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour réside habituellement en France depuis plus de dix ans. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie, par plusieurs pièces et attestations circonstanciées, telle que des attestations de bénévolat dans une association, carte nominative de transport urbain, fiche d'hospitalisation, facture d'optique, rendez-vous avec les organismes de sécurité sociale et avis d'imposition sur le revenu, établies à son nom, sa présence habituelle sur le territoire français depuis le mois d'avril 2009. Par suite, le préfet du Rhône était tenu de saisir de son cas la commission du titre de séjour. Faute d'avoir été précédé de cette consultation, qui avait pour l'intéressé le caractère d'une garantie, le refus de titre de séjour attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et est, ainsi, entaché d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; (). ". Aux termes de l'article L. 313-14 de ce code, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. (). ".

9. Il résulte de l'instruction que les deux filles majeures de M. B vivent régulièrement en France, dans la région lyonnaise, l'ainée étant titulaire d'une carte dix ans, mariée et mère d'une fille née en 2018 et la cadette étant titulaire d'une carte pluriannuelle valable jusqu'en 2023. Vivent également sur le territoire ses deux sœurs, de nationalité française, l'une résidant à Mayotte, l'autre dans le département du Bas-Rhin, ainsi qu'un neveu et deux nièces de nationalité française. Toutefois, M. B est entré sur le territoire français en avril 2009, à l'âge de 54 ans et a, en dépit du décès de ses parents et de son divorce en 2016 avec la mère de ses filles, nécessairement conservé des attaches privées dans son pays d'origine où il a vécu la grande majorité de sa vie. Bien que membre d'une association locale, il ne justifie pas d'une particulière intégration dans la société française. Dans ces conditions, M. B n'est fondé à soutenir ni que la décision implicite de refus de séjour méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, n'établissant pas que la décision attaquée serait illégale pour un autre motif que ceux relevés aux points 4 et 6 ci-dessus et les préjudices dont il demande réparation ne pouvant être regardés comme les conséquences des vices de légalité externe dont la décision en litige est entachée, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard aux moyens d'annulation retenus aux points 4 et 6, après examen de tous les autres moyens, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de quatre mois à compter de sa notification et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours.

Sur les frais du litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite, par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Lacroix

La présidente,

C. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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