mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2200128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP REVEL MAHUSSIER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 janvier et 27 avril 2022, M. B A, représenté par la Scp Revel Mahussier et associés (Me Mahussier), demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique de la société Macif à l'encontre de la décision de l'inspecteur du travail et a autorisé cette société à le licencier pour motif disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la procédure de licenciement est irrégulière, dès lors que le délai écoulé entre sa mise à pied conservatoire et la consultation du comité social et économique a été excessif ;
- la consultation du comité social et économique a été irrégulière, dès lors que les membres du comité n'ont pas eu communication de l'intégralité du rapport établi par un prestataire extérieur sur les faits qui lui sont reprochés ;
- l'enquête interne n'a pas été réalisée de manière impartiale ;
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ;
- il n'a fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire en vingt-huit ans de carrière.
Par un mémoire et des pièces enregistrés les 9 mars et 30 septembre 2022, la société Macif, représentée par la Scp Fromont Briens Lyon (Me Chavrier), conclut au rejet de la requête, à la confirmation de la décision de la ministre du travail du 10 novembre 2021 autorisant le licenciement de M. A et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2022 par une ordonnance du 19 septembre 2022.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,
- et les observations de Me Perrin, représentant M. A, ainsi que celles de Me Cottin, représentant la société Macif.
Considérant ce qui suit :
1. M. A était employé par la société Macif en qualité de responsable du centre de relation clients sinistres d'Andrézieux-Bouthéon, exerçait le mandat de représentant de proximité et était membre titulaire de la commission métier " centre de relations clients sinistres et services de gestion à distance " du comité social et économique. Par un courrier du 4 février 2021, la société Macif a saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licencier M. A pour motif disciplinaire. Cette autorisation a été refusée par une décision du 19 avril 2021 de l'inspecteur du travail de la section de la Loire Sud-Est. Sur recours hiérarchique, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail et a accordé l'autorisation de licenciement sollicitée, par une décision du 10 novembre 2021. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-14 du code du travail, dans sa rédaction alors applicable : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail. / La consultation du comité d'entreprise a lieu dans un délai de dix jours à compter de la date de la mise à pied. / La demande d'autorisation de licenciement est présentée dans les quarante-huit heures suivant la délibération du comité d'entreprise. S'il n'y a pas de comité d'entreprise, cette demande est présentée dans un délai de huit jours à compter de la date de la mise à pied (). ". Les délais, fixés par ces dispositions, dans lesquels la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié mis à pied doit être présentée, ne sont pas prescrits à peine de nullité de la procédure de licenciement. Toutefois, eu égard à la gravité de la mesure de mise à pied, l'employeur est tenu de respecter un délai aussi court que possible pour la présenter. Par suite, il appartient à l'administration, saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, de s'assurer que ce délai a été, en l'espèce, aussi court que possible pour ne pas entacher d'irrégularité la procédure antérieure à sa saisine.
3. M. A soutient que la procédure interne à l'entreprise a été irrégulière, dès lors que l'autorisation de licenciement a été sollicitée plus de vingt jours après sa mise à pied, intervenue le 12 janvier 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été convoqué par un courrier du 12 janvier 2021 à un entretien préalable à son licenciement fixé au 19 janvier 2021 et invité à préciser, sous deux jours, s'il souhaitait bénéficier du conseil de discipline instauré par l'article 90 de la convention collective nationale des sociétés d'assurances du 27 mai 1992. M. A n'a fait connaître son choix de renoncer à ce conseil que par un courrier du 24 janvier 2021, à la suite duquel la société a convoqué les membres du comité social et économique par un courrier du 27 janvier 2021 pour la réunion qui s'est tenue le 2 février 2021. La demande d'autorisation a été sollicitée par un courrier du 4 février 2021. Ainsi, alors que la chronologie de la procédure interne ne fait pas apparaître de délais significatifs entre les différentes phases obligatoires d'entretien avec le salarié et de consultation du comité social et économique, aucun manque de diligence et de célérité ne peut être imputé à l'employeur. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le délai écoulé entre la mise à pied et la demande d'autorisation de licenciement ne peut dès lors être regardé comme excessif. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il appartient à l'employeur de mettre le comité d'entreprise à même d'émettre son avis, en toute connaissance de cause, sur la procédure dont fait l'objet le salarié protégé. A cette fin, il doit lui transmettre, notamment à l'occasion de la communication qui est faite aux membres du comité de l'ordre du jour de la réunion en cause, des informations précises et écrites sur l'identité du salarié visé par la procédure, sur l'intégralité des mandats détenus par ce dernier ainsi que sur les motifs du licenciement envisagé. Il appartient à l'administration saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'apprécier si l'avis du comité d'entreprise a été régulièrement émis, et notamment si le comité a disposé des informations lui permettant de se prononcer en toute connaissance de cause. A défaut, elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée.
5. M. A fait valoir que les membres du comité social et économique n'ont pas disposé de tous les éléments utiles pour se prononcer en toute connaissance de cause, dans la mesure où ils n'ont pas eu communication du rapport réalisé par le cabinet engagé par son employeur pour procéder à une enquête interne. Toutefois, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait la communication de ce rapport, il ressort des pièces du dossier que les représentants du personnel ont disposé de ses conclusions, qui résument les témoignages recueillis. En outre, il ressort du procès-verbal de la réunion du comité social et économique du 2 février 2021 que les représentants du personnel ont questionné la méthode choisie par le cabinet chargé de l'enquête interne, le profil des seize salariés auditionnés, les motifs du refus de la société Macif de leur communiquer le rapport d'enquête dans son intégralité et ont interrogé les représentants de l'employeur sur le recensement d'agissements similaires ayant pu être commis par le requérant dans ses affectations antérieures sans solliciter de compléments sur les témoignages recueillis ou un complément d'enquête avant de se prononcer sur le projet de licenciement de M. A. Il s'ensuit que les informations communiquées aux membres du comité étaient suffisantes pour leur permettre de se prononcer en tout connaissance de cause et que M. A n'est pas fondé à soutenir que la consultation du comité social et économique aurait été irrégulière.
6. En troisième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
7. Pour solliciter l'autorisation de licencier M. A, la société Macif a fait état de manquements particulièrement graves à ses obligations contractuelles et professionnelles ainsi qu'à son obligation de loyauté. M. A conteste avoir manqué à ses obligations en adoptant un comportement inapproprié à l'égard de ses collaborateurs et soutient que les faits retenus par la ministre du travail ne sont pas établis. Toutefois, il ressort des différents témoignages produits que, de manière récurrente, M. A a tenu des propos sexistes ou à connotation sexuelle à ses collaborateurs, qu'il a eu un comportement inapproprié à l'égard de plusieurs collaboratrices leur touchant les cheveux et le dos pendant qu'il leur faisait la bise, se tenant à quelques centimètres de leur visage, touchant leurs vêtements. Il apparaît également que le requérant a tenu des propos vexatoires, voire humiliants à plusieurs salariés portant soit sur leurs compétences soit sur leur apparence physique. M. A ne conteste pas sérieusement ces témoignages précis, circonstanciés et concordants mais se borne à arguer du fait que trois responsables d'équipe ont attesté ne rien avoir remarqué d'anormal dans ses relations avec les salariés présents dans l'open space, qui comporte au demeurant des cloisons très largement opaques pour séparer les salariés, que l'une des salariées aurait voulu lui porter préjudice parce qu'il a mis fin à une relation privée, alors qu'il reconnaît être " tactile " et que ses dires attestent qu'il a tenu des propos déplacés.
8. Si le requérant soutient que l'enquête interne n'a pas été menée de manière impartiale, dans la mesure où seulement une partie des salariés placés sous son autorité ont été entendus, il ressort des témoignages produits par la société Macif que les salariés ayant fait état de propos ou de gestes inappropriés ont été entendus ainsi que trois responsables d'équipe placés sous l'autorité du requérant, ce qui ne suffit pas à révéler une partialité dans la conduite de l'enquête, alors en outre que lors de son entretien avec le cabinet chargé de l'enquête interne, le requérant n'a pas sollicité l'audition d'autres salariés et n'a pas produit de témoignages ou de documents contredisant les propos recueillis par le prestataire.
9. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'enquête interne aurait été partiale et que la matérialité des griefs retenus par la ministre du travail ne serait pas établie.
10. Enfin, si M. A fait état de ce qu'il n'a eu aucune sanction disciplinaire en vingt-huit ans de carrière, cette circonstance n'est pas de nature à atténuer la gravité des faits fautifs retenus par la ministre chargée du travail qui sont d'une gravité suffisante pour justifier la délivrance d'une autorisation de licenciement. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 novembre 2021 autorisant le licenciement de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Macif au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Macif au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Macif.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
A-S. Soubié
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026