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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200497

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200497

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 janvier 2022, le 9 novembre 2022, le 31 juillet 2023 et le 6 novembre 2023, Mme S O demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le président de la Métropole de Lyon a établi le tableau d'avancement pour l'année 2021 au grade de rédacteur principal de 1ère classe ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 portant modification de l'arrêté du 1er juin 2021 portant lignes directrices de gestion en matière d'avancement de grade et de promotion interne pour les agents de la fonction publique territoriale ;

3°) d'annuler par voie de conséquence les arrêtés individuels d'avancement de grade des 32 agents promus au grade de rédacteur territorial principal de 1ère classe pris entre le 6 décembre 2021 et le 15 mars 2022 ;

4°) d'enjoindre à la Métropole de Lyon d'établir un nouveau tableau d'avancement de grade pour 2021 pour les rédacteurs principaux de 1ère classe.

Elle soutient que :

s'agissant des lignes directrices de gestion :

- la Métropole a introduit des critères illégaux au regard de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 et du décret du 16 décembre 2014 dès lors que les appréciations fournies par les niveaux N+2 et N+3 ne reposent pas sur la valeur professionnelle de l'agent ; ces critères conduisent à l'attribution de 40 points et sont déterminants ;

- l'attribution de ces points est faite de façon opaque sans lien avec critères posés par les textes ;

s'agissant du tableau d'avancement :

- elle n'a pas obtenu les informations relatives au seuil de points obtenus par le dernier agent promu contrairement aux dispositions de l'article 30 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- le compte-rendu de son entretien professionnel n'a pas été signé par Mme AC chef de service ; l'absence de points attribués au titre des niveaux N+2 et N+3 et l'absence de signature de ces niveaux révèlent que l'évaluation aux niveaux N+2 et N+3 n'a pas été faite conformément aux lignes directrices ;

- son évaluation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a obtenu 18/20 et d'excellentes appréciations littérales, qu'elle a obtenu pour tous les items l'évaluation " parfaitement maitrisé " sauf pour un évalué à " maitrisé ", elle dispose d'une expérience professionnelle très importante, elle a plus de trente ans d'ancienneté dans le cadre d'emploi des rédacteurs ; des agents ayant moins d'expérience ont été promus ; elle aurait dû obtenir des points de la part des niveaux N+2 et N+3 compte-tenu notamment du fait qu'elle a assumé la suppléance de la chef de service et de son adjointe, elle a été tutrice d'une stagiaire, elle gère environ 200 dossiers PDPH d'enfants par an, elle gère le dossier de plan de prévention des risques technologiques et que sa charge de travail a été importante pendant toute l'année ;

- l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2021 conduit à l'annulation du tableau d'avancement.

Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2022, la Métropole de Lyon représentée par Me Prouvez conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2023, Mme P conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire au maintien de son avancement de grade.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une lettre du 26 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de considérer que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le président de la Métropole de Lyon a établi le tableau d'avancement pour l'année 2021 au grade de rédacteur principal de 1ère classe et les conclusions à fin d'annulation des arrêtés individuels d'avancement de grade des 32 agents promus au grade de rédacteur territorial principal de 1ère classe pris entre le 6 décembre 2021 et le 15 mars 2022 sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Prouvez pour la Métropole de Lyon et les observations de Mme O.

Considérant ce qui suit :

1. Mme S O, rédactrice principale de 2ème classe à la Métropole de Lyon demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le président de la Métropole de Lyon a établi le tableau d'avancement pour l'année 2021 au grade de rédacteur principal de 1ère classe, d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 portant modification de l'arrêté du 1er juin 2021 portant lignes directrices de gestion en matière d'avancement de grade et de promotion interne pour les agents de la fonction publique territoriale et d'annuler les arrêtés individuels d'avancement de grade des 32 agents promus au grade de rédacteur territorial principal de 1ère classe pris entre le 6 décembre 2021 et le 15 mars 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 25 novembre 2021 établissant le tableau d'avancement pour l'année 2021 au grade de rédacteur principal de 1ère classe a un caractère divisible dès lors qu'il n'atteint pas le taux maximal de promotion fixé par les lignes directrices adoptées par la Métropole de Lyon. Par suite, Mme S O n'a pas d'intérêt à agir pour demander son entière annulation ainsi que l'annulation des arrêtés individuels d'avancement de grade des agents promus. Par suite les conclusions de Mme O à fin d'annulation des arrêtés individuels doivent être rejetées comme irrecevables et les conclusions de Mme O relatives à l'arrêté du 25 novembre 2021 doivent être regardées comme relatives à l'annulation de ce même arrêté en tant qu'elle n'y figure pas.

Sur l'arrêté du 16 septembre 2021 :

3. Aux termes de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'avancement de grade a lieu () suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité territoriale tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 33-5 ; () ". Aux termes de l'article 33-5 de la même loi : " Dans chaque collectivité et établissement public, des lignes directrices de gestion sont arrêtées par l'autorité territoriale, après avis du comité social territorial. Les lignes directrices de gestion déterminent la stratégie pluriannuelle de pilotage des ressources humaines dans chaque collectivité et établissement public, notamment en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Les lignes directrices de gestion fixent, sans préjudice du pouvoir d'appréciation de l'autorité compétente en fonction des situations individuelles, des circonstances ou d'un motif d'intérêt général, les orientations générales en matière de promotion et de valorisation des parcours. L'autorité territoriale communique ces lignes directrices de gestion aux agents. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 1er juin 2021 modifié le 16 septembre 2021, le président de la Métropole de Lyon a fixé les lignes directrices de gestion en matière d'avancement de grade et de promotion interne pour les agents de la fonction publique territoriale de la Métropole de Lyon. Ont notamment été définis les critères permettant de sélectionner les agents pour leur inscription au tableau d'avancement. Les agents sont ainsi classés selon un barème de 100 points au maximum répartis entre la valeur professionnelle et le contexte du poste de travail d'une part et le parcours professionnel et la formation de l'agent d'autre part.

5. Selon les termes des lignes directrices de gestion, les niveaux d'évaluation hiérarchique supérieurs " interviennent () pour prioriser le classement () le dernier niveau est motivé par les éléments suivants - les éléments contextuels du poste de travail, - le niveau de responsabilité - l'adéquation grade/fonctions/organigramme. () Les trois niveaux de priorisation permettent de prendre en compte et le cas échéant de valoriser les dossiers des agents en fin de carrière n'ayant bénéficié d'aucun avancement ainsi que ceux des agents ayant bénéficié d'un nombre d'au moins 5 présentations successives avec un avis favorable sans bénéficier d'un avancement dans leur grade ". Les lignes directives précisent que " Ces différents niveaux interviennent dans un processus qui permet de valoriser, prioriser, sélectionner et réguler les propositions d'avancement de grade, l'objectif de l'avancement de grade étant de promouvoir les agents avec la valeur professionnelle la plus élevée, dans un objectif de reconnaissance et de valorisation des agents ". Il est ajouté s'agissant du rôle de la chaine hiérarchique que " " A la suite du manager direct de l'agent, la chaine hiérarchique se prononce sur l'avancement de grande de l'agent prenant en considération le contexte des services ou des postes de travail et une vision transversale permettant d'assoir les éléments de la valeur professionnelle, mais également les autres agents promouvables du périmètre dont la valeur professionnelle doit être comparée entre eux. / Cette orientation vient en complément (et non en substitution) de l'avis du manager direct. / () La pondération accordée à ces différents niveaux est décroissante, le niveau de proximité représentant la part la plus importante (). ".

6. Si la requérante soutient que les évaluations aux niveaux N+2 et N+3 ne reposent pas sur l'évaluation de la valeur professionnelle des agents et sont donc illégales, il résulte des termes mêmes des lignes directrices précitées que les points attribués par les niveaux N+2 et N+3 reposent sur des éléments constitutifs de la valeur professionnelle de l'agent. La circonstance que la comparaison de la valeur professionnelle d'agents d'autres services ou des contextes de travail et que des éléments de régulation des promotions entre les services ou dans la durée favorisant ainsi des agents n'ayant pas bénéficié de promotion soient pris en compte dans cette évaluation n'est pas de nature à introduire des éléments d'appréciation qui seraient étrangers à la valeur professionnelle des agents et ainsi contraires aux dispositions de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984.

7. Si la requérante soutient que les lignes directrices laissent une marge d'appréciation trop grande et discrétionnaire aux niveaux N+2 et N+3, les termes mêmes des lignes directrices précitées définissent les critères mis en œuvre par la ligne hiérarchique pour l'attribution des points.

8. Enfin la circonstance que 40 points sur 100 soient attribués par les niveaux N+2 et N+3 ne traduit pas par elle-même une disproportion conduisant à donner un poids excessif à ces niveaux hiérarchiques alors que le niveau N+1 attribue jusqu'à 20 points.

9. Par suite la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des lignes directrices en litige.

Sur l'arrêté du 25 novembre 2021 en tant qu'il ne promeut pas la requérante :

10. Il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu de l'entretien professionnel de la requérante pour l'année 2021 n'est ni renseigné, ni daté, ni signé s'agissant des niveaux N+2 et N+3. Par suite la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté du 25 novembre 2021 en litige en tant qu'il ne la promeut pas est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'a pas pris en compte les appréciations de ses supérieurs hiérarchiques de niveau N+2 et N+3.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le président de la Métropole de Lyon a établi le tableau d'avancement pour l'année 2021 au grade de rédacteur principal de 1ère classe en tant qu'il refuse sa promotion. Par voie de conséquence, eu égard au motif d'annulation retenu, elle est fondée à demander qu'il soit procédé à une nouvelle évaluation professionnelle pour l'année 2021 et le cas échéant, qu'il soit procédé à son inscription au tableau d'avancement au grade de rédacteur principal de 1ère classe pour l'année 2021.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le président de la Métropole de Lyon a établi le tableau d'avancement pour l'année 2021 au grade de rédacteur principal de 1ère classe est annulé en tant qu'il ne promeut pas Mme O.

Article 2 : La Métropole de Lyon procédera à une nouvelle évaluation professionnelle de Mme S O au titre de l'année 2021 et le cas échéant, l'inscrira au tableau d'avancement au grade de rédacteur principal de 1ère classe pour l'année 2021.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme O, à Mme D, à Mme G, à Mme V, à Mme AH, à Mme N, à M. C, à M. H, à Mme AE, à Mme Y, à Mme L, à M. AA, à Mme U, à Mme P, à Mme A, à Mme B, à Mme F, à Mme K, à Mme R, à Mme I, à Mme M, à Mme AD, à Mme J, à Mme T, à Mme Z, à Mme Q, à Mme AB, à Mme AG, à M. E, à Mme X, à Mme P, à Mme W, à Mme AF et à la Métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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