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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200511

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200511

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LEXCASE SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier 2022 et 22 mars 2023, M. D et Mme G J, représentés par la SELARL Lexcase société d'avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel le maire de Vénissieux a refusé de leur délivrer un permis de construire portant sur la surélévation partielle d'une maison individuelle située 38 avenue Georges Levy, ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Vénissieux de leur délivrer l'autorisation sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vénissieux une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé en droit ; ce vice de forme ne peut être régularisé par une substitution de motifs ;

- le motif de refus est illégal dès lors qu'aucune disposition du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat ne fait obstacle à la surélévation envisagée de la construction existante qui est implantée dans un secteur hétérogène ; le projet ne méconnaît pas les dispositions des articles 1.1, 1.2, 2.5.1.1, 4.1 et 4.2 applicables à la zone URi1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 février et 13 juillet 2023, la commune de Vénissieux, représentée par la SELAS Cabinet Léga-Cité, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Lo-Casto Porte, représentant M. et Mme J, requérants,

- et celles de Me Mourey, représentant la commune de Vénissieux.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mai 2021, M. et Mme J ont déposé une demande de permis de construire portant sur la surélévation partielle d'une maison individuelle située 38 avenue Georges Levy. Par un arrêté du 30 août 2021, le maire de Vénissieux a refusé de délivrer le permis ainsi sollicité. Par la présente requête, M. et Mme J demandent au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".

3. La décision en litige a été signée par Mme F H, première adjointe, qui a bénéficié d'une délégation à cet effet du 12 octobre 2020, transmise au contrôle de légalité le 19 octobre 2020 et affichée du 19 octobre au 20 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / () ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée. / () ". Aux termes de l'article A. 424-3 du code précité : " L'arrêté indique, selon les cas ; / () / b) Si le permis est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition ; / () ". Enfin, l'article A. 424-4 du code précité prévoit que : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ". Il résulte de ces dispositions qu'un arrêté portant refus de délivrance d'un permis de construire doit comporter, sous peine d'illégalité, les circonstances de droit et de fait qui le fondent.

5. Il ressort des pièces du dossier, et particulièrement de l'arrêté en litige, que le maire de Vénissieux a, après avoir rappelé la demande de permis de construire déposée le 14 mai 2021 par M. et Mme J portant sur la surélévation partielle d'une maison, visé le code de l'urbanisme et le plan local d'urbanisme et de l'habitat approuvé le 13 mai 2019. S'il a également indiqué que le projet se situe en " zone URi1b " du plan local d'urbanisme et de l'habitat, au lieu-dit " I ", et que " les éléments joints au dossier ne parviennent pas à justifier une surélévation partielle du volume dans un contexte resté relativement homogène de bâtisses à un seul niveau ", il n'a toutefois visé aucune disposition particulière du code de l'urbanisme, ni aucun article du plan local d'urbanisme et de l'habitat de nature à justifier le refus de permis de construire en litige. Par ailleurs, la circonstance que le maire de Vénissieux aurait, implicitement mais nécessairement, entendu se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat applicable à la zone URi1 est sans incidence sur l'exigence formelle de motivation prévue par les dispositions précitées. Ainsi, cet arrêté, qui ne comporte aucun élément de droit permettant aux intéressés de connaître le fondement juridique du refus de permis de construire contesté et d'en comprendre le motif, est insuffisamment motivé.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes de l'article 2.5.1.1 des dispositions applicables à la zone URi1 du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon : " La hauteur de façade* maximale des constructions est au plus égale à 7 m (A = 7m). ". Et aux termes des dispositions du chapitre 4 des dispositions applicables à cette même zone du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon : " 4.1 Insertion du projet / Cette zone regroupe les secteurs à dominante résidentielle et d'habitat individuel dont l'organisation du bâti n'est pas homogène le long des voies avec des discontinuités marquées. / Les objectifs poursuivis sont, tant pour les constructions nouvelles que les travaux sur constructions existantes* : / - de valoriser ces espaces urbains en préservant leur dominante végétale ; / - d'admettre une évolution du bâti ; / - de permettre l'expression d'une architecture contemporaine et la créativité architecturale. / 4.1.1 - Conception du projet dans son environnement urbain et paysager : a) La conception du projet privilégie son insertion dans la morphologie urbaine de la zone considérée en prenant en compte son environnement urbain et paysager, sauf contexte urbain particulier () 4.2.1 - Volumétrie, rythme du bâti - a) Les volumétries ainsi que l'ordonnancement des constructions sont guidés par la composition urbaine et paysagère générale du projet. / b. Par le traitement de l'aspect extérieur, le projet prend en compte les spécificités architecturales des constructions avoisinantes, sans toutefois exclure la création architecturale, y compris contemporaine. / c. Les constructions doivent présenter une simplicité de volume tout en favorisant des rythmes. Leurs gabarits doivent être adaptés à l'échelle générale des constructions avoisinantes. / () ".

7. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet est situé dans le quartier du Sablon, délimité au nord par l'avenue du Docteur B, à l'ouest par la rue du Professeur C et au sud par la rue Honoré de Balzac, présentant une unité architecturale dont l'une des caractéristiques est la composition majoritaire de maisons individuelles de plain-pied, dont l'étage au-dessus du rez-de-chaussée, éventuellement existant, ne concerne qu'une partie de l'emprise des constructions. Toutefois, ni les dispositions de l'article 1.1, ni celles de l'article 1.2 des dispositions applicables à la zone URi1 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon, relatifs aux destinations des constructions, n'ont pour effet d'interdire ou de soumettre à des conditions particulières la surélévation d'une maison à usage d'habitation. Par ailleurs, le projet, d'une hauteur maximale de façade de 5,10 mètres, respecte la règle d'une hauteur maximale de façade de 7 mètres fixée par l'article 2.5.1.1 précité du règlement du PLU-H. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réalisation d'une surélévation partielle de la maison de M. et Mme J, créant une surface de plancher de 51 m² et portant ainsi à 159 m² la surface totale de plancher de la maison, ne s'intégrerait pas dans le secteur du Sablon, qui comprend déjà des maisons présentant des surélévations sur une partie de l'emprise des constructions. Enfin, la commune de Vénissieux ne peut se prévaloir du périmètre d'intérêt patrimonial " Cité Sablon " approuvé le 22 décembre 2022, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté. Dès lors, compte tenu de la surélévation envisagée, couvrant une partie du rez-de-chaussée existant, le projet des requérants n'apparaît pas en rupture avec les caractéristiques de l'environnement bâti. L'architecte conseil de la métropole de Lyon a d'ailleurs émis un avis favorable au projet le 14 juin 2021, en retenant que la surélévation envisagée parvient à s'intégrer à son environnement, même si " son écriture " reste sans véritable originalité. Dans ces conditions, en opposant au projet le motif tiré d'une atteinte aux caractéristiques dominantes du tissu pavillonnaire existant, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme J sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 30 août 2021 et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. Eu égard aux motifs d'annulation retenus par le présent jugement et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à cette demande interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle, il y a lieu d'enjoindre au maire de Vénissieux de délivrer le permis de construire sollicité par les requérants, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Vénissieux demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Vénissieux une somme globale de 1 400 euros à verser aux requérants en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 août 2021 du maire de Vénissieux et la décision de rejet du recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Vénissieux de délivrer à M. et Mme J le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Vénissieux versera à M. et Mme J la somme globale de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Vénissieux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme G J et à la commune de Vénissieux.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

F.-M. ELe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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