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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200637

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200637

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire trois points pour une infraction au code de la route commise le 16 mars 2021, quatre points pour une infraction commise le 23 mai 2021 et trois points pour une infraction commise le 24 mai 2021 à 21h40, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 3 décembre 2021 par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite d'une infraction du 24 mai 2021 à 21h45, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu les décisions lui notifiant les retraits de points successifs ;

- au moment de sa verbalisation pour les infractions susvisées, il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 et R.223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions commises ne peut être tenue pour établie, dès lors qu'il n'a pas souvenance d'avoir acquitté les amendes correspondantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, il a été donné lecture du rapport en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis une série d'infractions au code de la route les 16 mars 2021, 4 mai 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40. Par une décision référencée " 48 SI " du 3 décembre 2021, à la suite d'une infraction commise le 24 mai 2021 à 21h45 ayant entraîné le retrait de trois de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis pour solde de points nul. M. A demande l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points, à l'exception de celle consécutive à l'infraction du 4 mai 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En application des dispositions des articles L. 223 3 et R. 223 3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est notamment informé qu'il encourt un retrait de points, si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

3. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. A soutient n'avoir pas reçu les informations requises par le code de la route lors des infractions commises les 16 mars 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40 et 21h45.

4. Il résulte de la mention " procès-verbal électronique " portée sur le relevé intégral d'information que les infractions susvisées ont été constatées à l'aide d'un procès-verbal dématérialisé. Il résulte des dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles de ses articles A. 37-10 à A. 37-13 dans leur rédaction issue de l'arrêté du 2 juin 2009 que lorsqu'une infraction au code de la route est constatée au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, le service verbalisateur adresse au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation, un avis de contravention, une notice de paiement et un formulaire de requête en exonération comportant les informations requises par la loi. S'il résulte de l'instruction qu'en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à défaut du paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête tendant à son exonération, cette infraction a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée devenu définitif laquelle établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à démontrer que M. A aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code.

5. Toutefois, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

6. Il ressort des pièces du dossier que les infractions des 16 mars 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40 et 21h45 ont été constatées par l'établissement de procès-verbaux électroniques. Ces documents, produits par le ministre, ne sont pas signés par le requérant ni ne contiennent la mention d'un refus de signer, et ne comportent par les informations exigées par la loi. Si le ministre fait valoir que M. A a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions en produisant le bordereau de situation du compte " amendes et condamnations pécuniaires " en date du 14 mars 2022 de l'intéressé pour attester de ces paiements, il résulte des mentions figurant sur ce bordereau que les paiements de ces amendes ont été obtenus par la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement forcé auprès d'un tiers détenteur par la voie de la saisie administrative. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait été antérieurement destinataire d'un avis de contravention comportant lesdites informations. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre ces décisions, M. A est fondé à soutenir que les décisions du ministre lui retirant respectivement trois points, quatre points, trois points et trois points de son permis de conduire à la suite des infractions commises les 16 mars 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40 et 21h45 ont été prises au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 16 mars 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40 et à 21h45 ainsi que de la décision " 48 SI " du 3 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de restituer à M. M. A son titre de conduite doté des points retirés à la suite des infractions commises les 16 mars 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40 et à 21h45. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : Les décisions portant respectivement retrait de trois, quatre, trois et trois points à la suite des infractions au code de la route commises les 16 mars 2021, 23 mai 2021 et 24 mai 2021 à 21h40 et à 21h45, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 3 décembre 2021 en tant qu'elle prononce l'invalidation du titre de conduite de M. A, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A les points illégalement retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 1er, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 202La présidente

G. Verley-Cheynel

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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