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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200788

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200788

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantJACQ-MOREAU STEPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 1er février 2022 et les 8 février et 16 mai 2023, M. A B, représenté par la SELARL Baudelet et Pinet (Me Pinet) demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Ardèche a déclaré l'insalubrité irrémédiable des locaux dont il est propriétaire au dernier étage sous toiture de l'immeuble sis 1 bis, boulevard Stalingrad à Le Teil, en raison de leur nature et de leur configuration, les rendant par nature impropres à l'habitation, a interdit immédiatement et définitivement ces locaux à l'habitation, lui a ordonné de faire cesser leur mise à disposition à des fins d'habitation à compter de sa notification et lui a enjoint de prendre toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès et toute utilisation desdits locaux à de telles fins ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'inexactitudes matérielles des faits, dès lors qu'il conteste l'ensemble du rapport remis par le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes le 16 août 2021 ;

- il est entaché d'erreurs de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; en effet :

• la seule circonstance que les locaux dont il est propriétaire soient situés dans l'espace compris sous la charpente d'un immeuble ne suffit pas à les qualifier de logements insalubres ou indécents et il appartenait au préfet de l'Ardèche de rechercher si d'autres critères permettaient de retenir une telle qualification ;

• la seule circonstance que ces locaux ne respectent pas les règles de superficie et de hauteur sous plafond prévues par le règlement sanitaire départemental de l'Ardèche n'est pas davantage de nature à entrainer leur qualification de combles ;

• le volume habitable desdits locaux, au sens et pour l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de la construction et de l'habitation, est conforme aux dispositions de l'article 4 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

• il existe une solution technique permettant aux locaux dont il est propriétaire de respecter les dispositions de l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche qui n'a été envisagée, ni par les services de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, ni par le préfet de l'Ardèche, et qui n'impliquerait pas de les isoler davantage ;

• il n'est pas démontré que les pentes de plafonds et les éléments de charpente de ces locaux entravent les déplacements et entraînent des risques de chocs frontaux, alors qu'aucun incident de ce type n'a été rapporté par les occupants du logement et qu'ils n'occupent pas la totalité des pièces qui comportent, s'agissant des pièces de vie principales, des hauteurs sous plafonds supérieures ou égales à 2,20 mètres ;

• aucun accident n'est intervenu dans l'escalier des parties communes permettant d'accéder auxdits locaux et il peut être remédié à sa dangerosité par de simples travaux de copropriété, de sorte que le préfet de l'Ardèche n'était pas tenu d'interdire définitivement leur location ;

• les dispositions de l'article 2 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ainsi que celles de l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche imposent seulement que les pièces principales d'un logement et les chambres isolées bénéficient d'ouvertures donnant à l'air libre et présentant une section ouvrante permettant une aération satisfaisante, et non qu'elles soient munies de vues horizontales sur l'extérieur ;

• il n'est pas démontré que l'équipement en fenêtres de toit des locaux dont il est propriétaire est de nature à compromettre la santé mentale de ses occupants, alors que l'ensemble des pièces de vie sont pourvues d'ouvertures donnant à l'air libre, qu'elles disposent d'un éclairage naturel suffisant sans le secours de la lumière artificielle et qu'elles comportent une aération minimale ;

• il n'est pas davantage démontré que ces fenêtres de toit ne permettraient pas une évacuation par les services de secours si la porte d'entrée desdits locaux était condamnée ;

• la seule circonstance que les plafonds des locaux dont il est propriétaire soient rampants n'est pas de nature à démontrer l'insuffisance de leur isolation thermique ;

• les services de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes n'ont procédé à aucun relevé de la température intérieure au sein de ces locaux et n'ont fait appel à aucun professionnel pour vérifier l'isolation de la toiture, alors qu'elle a été entièrement refaite au cours de l'année 2020 et que le diagnostic de performance énergétique (DPE) les classe en D ;

• en tout état de cause, la faible isolation thermique d'une toiture n'est pas, par elle-même, constitutive d'une insalubrité, dès lors que l'article 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 impose uniquement une installation permettant un chauffage normal et que les services de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes n'ont relevé aucun dysfonctionnement sur ce point au sein desdits locaux ;

• le système de ventilation des locaux dont il est propriétaire est suffisant, dès lors qu'il existe une ventilation naturelle dans les pièces disposant d'une fenêtre de toit et une ventilation mécanique contrôlée (VMC) dans les pièces qui en sont dépourvues ;

• l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche n'impose pas qu'une cuisine comporte une amenée d'air frais en partie basse lorsqu'elle possède un ouvrant donnant sur l'extérieur ainsi qu'une VMC ;

• en tout état de cause, l'article 2 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 exige seulement une aération suffisante et les services de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes n'ont relevé aucun manquement sur ce point au sein desdits locaux ;

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 28 octobre 2022 et les 28 mars et 1er juin 2023, le préfet de l'Ardèche et l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, représentés par la SELARL SJM avocats (Me Jacq-Moreau) concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 qui ne sont pas applicables à la procédure de traitement de l'insalubrité ;

- les autres moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté préfectoral du 31 décembre 1979 portant règlement sanitaire départemental de l'Ardèche ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle M. B n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lambert, substituant Me Jacq-Moreau, représentant le préfet de l'Ardèche et l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte de vente du 6 septembre 2011, publié au bureau des hypothèques de Privas, le 16 septembre suivant, M. B a acquis un appartement de type cinq, situé au troisième et dernier étage sous toiture d'un immeuble sis 1 bis, boulevard Stalingrad à Le Teil, qu'il louait depuis le 1er mai 2021. Suite à une visite des lieux effectuée le 28 juin 2021 et laissant suspecter une situation d'insalubrité, l'association " Solidaires pour l'habitat " (SOLiHA) Ardèche, opérateur désigné dans le cadre d'une opération programmée d'amélioration de l'habitat - renouvellement urbain (OPAH-RU) conduite sur une partie du territoire de la communauté de communes du Bassin d'Aubenas, a adressé un signalement à l'agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes le 1er juillet suivant. À l'issue d'une nouvelle visite des lieux par les services de la délégation départementale de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes le 20 juillet 2021, son directeur général a remis à l'autorité préfectorale, le 16 août suivant, un rapport constatant une situation d'insalubrité irrémédiable au sens et pour l'application de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. Par une lettre du 16 août 2021, le préfet de l'Ardèche a informé M. B qu'il envisageait de prendre un arrêté de traitement de l'insalubrité, sur le fondement des articles L. 511-11 et L. 511-18 du code de la construction et de l'habitation, emportant la cessation de la mise à disposition des locaux à des fins d'habitation et l'obligation d'assurer, dans un délai de trois mois, le relogement de ses occupants, et l'a invité à présenter ses observations dans un délai d'un mois. Après les avoir présentées le 17 septembre 2021 et obtenu de l'autorité préfectorale, le 28 septembre suivant, un délai complémentaire d'un mois afin de faire procéder à des métrages complémentaires de son appartement, par un courrier du 28 octobre 2021, l'intéressé a notamment informé le préfet de l'Ardèche que son bien était désormais libre de toute occupation suite au déménagement de ses locataires le 23 octobre 2021. Par un arrêté du 2 décembre suivant, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de l'Ardèche a déclaré l'insalubrité irrémédiable des locaux dont M. B est propriétaire en raison de leur nature et de leur configuration les rendant par nature impropres à l'habitation, a interdit immédiatement et définitivement ces locaux à l'habitation, lui a ordonné de faire cesser leur mise à disposition à des fins d'habitation à compter de sa notification et lui a enjoint de prendre toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès et toute utilisation desdits locaux à de telles fins.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police () de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Selon les termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". L'article L. 511-4 de ce même code précise que l'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 511-2 est le représentant de l'État dans le département. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 511-8 du même code : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé () remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité. () ". Et l'article L. 511-11 de ce code prévoit que : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté () de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / () 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; / 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. / () L'arrêté ne peut prescrire () l'interdiction définitive d'habiter que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les travaux nécessaires à cette résorption seraient plus coûteux que la reconstruction. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. / () Les décrets pris en application de l'article L. 1311-1 et, le cas échéant, les arrêtés pris en application de l'article L. 1311-2 précisent la définition des situations d'insalubrité. ". Et selon les termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Pour l'application de ces dernières dispositions, tout local situé dans l'espace compris sous la charpente d'un immeuble qui ne possède pas une hauteur suffisante et n'est pas convenablement aménagé pour l'habitation, constitue des combles.

4. Enfin, aux termes de l'article L. 1311-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice de l'application de législations spéciales et des pouvoirs reconnus aux autorités locales, des décrets en Conseil d'Etat () fixent les règles générales d'hygiène et toutes autres mesures propres à préserver la santé de l'homme, notamment en matière : / () - de salubrité des habitations () ". Selon les termes de l'article L. 1311-2 du même code : " Les décrets mentionnés à l'article L. 1311-1 peuvent être complétés par des arrêtés du représentant de l'Etat dans le département ou par des arrêtés du maire ayant pour objet d'édicter des dispositions particulières en vue d'assurer la protection de la santé publique dans le département ou la commune. () ". À cet égard, l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche, intitulé " Règles générales d'habitabilité " prévoit que : " () Aucune modification de logements ne doit aboutir à la création de pièces dont les dispositions de surface, de hauteur, de ventilation et d'éclairement seraient inférieures aux dispositions suivantes : / 40-1 - Ouvertures et ventilations / Les pièces principales et les chambres isolées doivent être munies d'ouvertures donnant à l'air libre et présentant une section ouvrante permettant une aération satisfaisante. / Les pièces de service (cuisine, salles d'eau et cabinets d'aisances) lorsqu'elles sont ventilées séparément, doivent comporter les aménagements suivants en fonction de leur destination : / a) pièces de service possédant un ouvrant donnant sur l'extérieur : ces pièces doivent être équipées d'un orifice d'évacuation d'air vicié en partie haute. En sus, les cuisines doivent posséder une amenée d'air frais en partie basse. / b) pièce de service ne possédant pas d'ouvrant donnant sur l'extérieur : ces pièces doivent être munies d'une amenée d'air frais, soit par gaine électrique, soit par l'intermédiaire d'une pièce possédant une prise d'air sur l'extérieur. L'évacuation de l'air vicié doit s'effectuer en partie haute, soit par gaine verticale, soit par gaine horizontale à extraction mécanique conformes à la réglementation en vigueur. / 40-2 - Eclairement naturel / L'éclairement naturel au centre des pièces principales ou des chambres isolées doit être suffisant pour permettre, par temps clair, l'exercice des activités normales de l'habitation sans le secours de la lumière artificielle. / 40-3 - Superficie des pièces / L'une au moins des pièces principales de logement doit avoir une surface au sens du décret n° 69-596 du 14 juin 1969 supérieure à 9 m². / Les autres pièces ne peuvent avoir une surface inférieure à 7 m². Dans le cas d'un logement comportant une seule pièce principale ou constitué par une chambre isolée, la surface de ladite pièce doit être au moins égale à 9 m². / Pour l'évaluation de la surface de chaque pièce, les parties formant dégagement ou cul-de-sac d'une largeur inférieure à 2 m ne sont pas prises en compte. / 40-4 - Hauteur sous plafond / La hauteur sous plafond ne doit pas être inférieure à 2,20 mètres. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1312-1 du code de la santé publique : " () les infractions aux prescriptions des articles du présent livre, ou des règlements pris pour leur application, et les infractions aux prescriptions des articles du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation en matière d'insalubrité sont recherchées et constatées () par les agents mentionnés aux articles L. 1421-1 et L. 1435-7 () habilités et assermentés dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. A cet effet, ces fonctionnaires et agents disposent des pouvoirs et prérogatives prévus aux articles L. 1421-2 et L. 1421-3. / Les procès-verbaux dressés par les agents mentionnés aux articles L. 1421-1 et L. 1435-7 () mentionnés à l'alinéa précédent en ce domaine font foi jusqu'à preuve contraire. ".

5. Pour déclarer l'insalubrité irrémédiable des locaux situés au dernier étage sous toiture de l'immeuble situé au 1 bis, boulevard Stalingrad à Le Teil, interdire immédiatement et définitivement ces locaux à l'habitation, ordonner à M. B de faire cesser leur mise à dispositions à des fins d'habitation et lui enjoindre de prendre toutes mesures nécessaires pour y empêcher l'accès et toute utilisation à de telles fins, le préfet de l'Ardèche s'est fondé sur les motifs tirés de ce que lesdits locaux présentent un caractère impropre à l'habitation, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, compte-tenu de leur nature et de leur configuration, et de ce que les désordres et les caractéristiques qui y ont été relevés par les services de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes y impactent défavorablement les conditions d'habitabilité. En l'espèce, l'autorité préfectorale a tout d'abord relevé, à cet égard, que les locaux dont M. B est propriétaire sont compris entre le plancher haut et la toiture du bâtiment, constituant de fait des combles, qu'ils comportent des pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante et que leurs pentes de plafonds et leurs éléments de charpente entravent les déplacements et entraînent des risques de chocs frontaux. Le préfet de l'Ardèche a ensuite relevé que l'accès à ces locaux présentent des risques de chute et de blessure à l'utilisation, compte tenu d'escaliers raides, glissant et partiellement stabilisés avec un garde-corps au scellement friable, qu'ils ne comportent aucune vue horizontale sur l'extérieur, générant ainsi des conditions de vie préjudiciables à la santé psychologique des occupants, que leur isolation thermique sous toiture est insuffisante et que leur système de ventilation permanente est incomplet et a enfin considéré que cette situation est susceptible d'engendrer des risques sécuritaires et sanitaires, et notamment des risques d'atteinte à la santé mentale des occupants, et qu'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité du fait de la nature et de la configuration des locaux.

6. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient M. B, il résulte de l'instruction que pour qualifier les locaux dont il est propriétaire de combles, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, le préfet de l'Ardèche ne s'est pas fondé sur la seule circonstance que ces locaux sont situés dans l'espace compris sous la charpente de l'immeuble situé au 1 bis, boulevard Stalingrad à Le Teil, ni sur la seule circonstance que lesdits locaux ne respectent pas les règles de superficie des pièces et de hauteur sous plafond prévues par les dispositions précitées de l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche, mais a également tenu compte des autres constatations opérées par les agents assermentés de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes lui permettant de considérer qu'ils n'étaient notamment pas convenablement aménagés pour l'habitation compte tenu de leur nature et de leur configuration. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En deuxième lieu, alors que l'appréciation du caractère habitable d'un logement précède l'évaluation de la décence de ses installations, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions du décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dès lors que ces dispositions, qui fixent les critères de détermination d'un logement décent et sont distinctes des prescriptions relatives à l'habitat indigne, ne sont invocables que dans le cadre des relations de droit privé entre les propriétaires bailleurs et les locataires. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2, 3 et 4 du décret du 30 janvier 2002 sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport remis le 16 août 2021 par le directeur général de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes et du procès-verbal de constat d'huissier dressé le 18 janvier 2022 à la demande de M. B, que l'appartement de type cinq dont il est propriétaire, situé au troisième et dernier étage sous toiture d'un immeuble édifié avant l'année 1949, comprend une entrée, une grande pièce de vie avec un séjour et une cuisine semi-ouverte aménagée, trois chambres, trois autres pièces à usages divers, une salle de bain et un W.C pour une surface totale de 60 m2. Il résulte également de l'instruction que ces locaux à usage d'habitation ne comportent que des pièces mansardées dont la hauteur sous plafond, qui varie de 1,05 à 2,48 mètres, est inférieure aux 2,20 mètres exigés par les dispositions précitées de l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche sur près des 4/5ème de leurs surfaces, et ne possèdent aucune pièce principale comportant une surface minimale de 9 m2 pour 2,20 mètres de hauteur sous plafond en méconnaissance des mêmes dispositions. Il résulte enfin de l'instruction, et en particulier des photographies intégrées au rapport et procès-verbal précités, que lesdits locaux, dont les plafonds correspondent aux deux pans de la toiture, comprennent d'importants éléments de charpente apparents. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il n'est pas démontré que les pentes de plafonds et ces éléments de charpente entravent les déplacements et entraînent des risques de chocs frontaux au sein de ces locaux, ses seules allégations générales tirées de ce qu'aucun incident n'aurait été rapporté par leurs occupants et de ce que lesdits éléments de charpente n'occupent pas la totalité des pièces ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des constatations opérées par les agents assermentés de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes ayant relevé " des risques de chocs frontaux, tout particulièrement au niveau des pannes intermédiaires ", ainsi qu'une entrave aux déplacements, alors au demeurant que ces constatations sont corroborées par les photographies versées au débat qui révèlent que les pièces de bois apparentes de la charpente sont majoritairement situées à hauteur d'homme au sein des différentes pièces mansardées. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il existerait une solution technique permettant auxdits locaux de respecter les dispositions de l'article 40 du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche, laquelle consisterait à rassembler trois pièces adjacentes séparées par une simple cloison pour obtenir au moins une pièce principale de 9,20 m2 comportant une hauteur sous plafond de 2,20 mètres et à procéder au retrait de la séparation entre la cuisine et le séjour pour obtenir une cuisine unique de 9,20 m2 comportant une hauteur sous plafond de 2,20 mètres, en tout état de cause, et à supposer que les travaux nécessaires puissent être considérés comme de faible ampleur, l'intéressé n'établit ni même n'allègue que cette solution permettrait de remédier aux pentes des plafonds et aux pièces de bois apparentes de la charpente qui gênent l'habitabilité des pièces. Enfin, il résulte de l'instruction que les ouvertures vers l'extérieur des locaux de M. B sont exclusivement constituées de fenêtres de toit de type " velux " installées sur les plafonds correspondant aux deux pans de la toiture qui, eu égard à leurs dimensions et à leurs inclinaisons, ne permettent pas d'offrir des vues horizontales vers l'extérieur et génèrent des conditions de vie préjudiciables à la santé psychologique de ses occupants, alors au surplus que l'administration fait valoir en défense que l'évacuation d'une victime serait rendue difficile par la configuration des lieux. Ainsi, compte tenu, d'une part, de ce qu'ils sont situés dans l'espace compris sous la charpente d'un immeuble, de ce qu'ils ne possèdent pas une hauteur sous plafond suffisante et de ce qu'ils ne sont pas convenablement aménagés pour l'habitation sans engendrer des risques sécuritaires, revêtant ainsi la qualification de combles, et, d'autre part, de ce qu'ils sont dépourvus de vues horizontales vers l'extérieur, engendrant des risques d'atteintes à la santé mentale de leurs occupants, les locaux dont le requérant est propriétaire doivent être regardés, pour ces seuls motifs, comme étant par nature impropres à l'habitation au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il existerait un moyen technique de remédier à l'insalubrité, c'est sans commettre d'erreurs de fait ni faire une inexacte application de ces dispositions ni de celles de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation que le préfet de l'Ardèche a pu déclarer l'insalubrité irrémédiable de ces locaux, interdire immédiatement et définitivement lesdits locaux à l'habitation, ordonner à M. B de faire cesser leur mise à dispositions à des fins d'habitation et lui enjoindre de prendre toutes mesures nécessaires pour y empêcher l'accès et toute utilisation à de telles fins.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant une somme au titre des frais exposés par les défendeurs et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Ardèche et l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Ardèche, à l'agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes et au ministre de la santé et de la prévention.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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