vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2200976 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET BOIVIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 26 avril 2024, le groupement des exploitants de carrières du département de la Loire, la société carrières de la Loire Delage, la société carrières Richard, la société Thomas Granulats, la société Sagra, la société Carrières Thomas, la société Naulin SA, la société Carrière Vial, la société Etablissements Chiaverina et la société Delmonico Dorel Carrières, représentés par la SCP Boivin et Associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a approuvé le schéma régional des carrières et ses annexes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'évaluation environnementale souffre d'insuffisances en l'absence de représentativité des données employées, de justification de la mesure de réduction des extractions de granulats alluvionnaires et de prise en compte des effets positifs des carrières sur l'environnement ;
- il n'a pas été procédé à un véritable bilan des précédents schémas départementaux des carrières ;
- l'état des lieux réalisé était insincère ;
- le scénario d'approvisionnement retenu n'a pas été justifié ;
- le schéma régional des carrières contesté comprend des mesures de portée irrégulièrement prescriptives ;
- il contient la reproduction irrégulière de dispositions contenues dans un schéma d'aménagement et de gestion des eaux ;
- en privant les carriers de la Loire de la possibilité de leur faire bénéficier d'une valeur plancher pour l'extraction de granulats alluvionnaires, le schéma contesté opère à leur encontre une discrimination irrégulière et, sur ce point, contraire au SDAGE Loire-Bretagne ;
- les dispositions du schéma régional des carrières contesté ayant pour objet de proscrire la délivrance de nouvelles autorisations pour tout projet d'extraction d'alluvions dans les départements de l'Allier, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme constituent une interdiction de portée générale et absolue prohibée ;
- le schéma régional des carrières en litige sanctuarise irrégulièrement les zones Natura 2000 ;
- la règle instituant des gisements de report est irrégulière, en l'absence de justification quant aux modalités de leur identification ;
- les règles encadrant la durée des autorisations délivrées ne sont pas justifiées et sont inacceptables économiquement ;
- le schéma régional des carrières en litige ne respecte pas le principe de proximité.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2023, la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.
La clôture de l'instruction est intervenue le 6 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allais,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me de Premorel, avocat des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Le groupement des carriers de la Loire et les sociétés carrières de la Loire Delage, carrières Richard, Thomas granulats, carrières Thomas, Sagra, Naulin SA, carrières Vial, établissements Chiaverina et Delmonico Dorel Carrières demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a approuvé le schéma régional des carrières et ses annexes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les insuffisances alléguées de l'évaluation environnementale :
2. Aux termes du II de l'article L. 122-4 du code de l'environnement : " II. Font l'objet d'une évaluation environnementale systématique : 1° Les plans et programmes qui sont élaborés dans les domaines de l'agriculture, de la sylviculture, de la pêche, de l'énergie, de l'industrie, des transports, de la gestion des déchets, de la gestion de l'eau, des télécommunications, du tourisme ou de l'aménagement du territoire et qui définissent le cadre dans lequel les projets mentionnés à l'article L. 122-1 pourront être autorisés ; 2° Les plans et programmes pour lesquels une évaluation des incidences Natura 2000 est requise en application de l'article L. 414-4 ". Selon l'article L. 122-6 de ce code : " L'évaluation environnementale comporte l'établissement d'un rapport qui identifie, décrit et évalue les effets notables que peut avoir la mise en œuvre du plan ou du programme sur l'environnement ainsi que les solutions de substitution raisonnables tenant compte des objectifs et du champ d'application géographique du plan ou du programme. Ce rapport présente les mesures prévues pour éviter les incidences négatives notables que l'application du plan ou du programme peut entraîner sur l'environnement, les mesures prévues pour réduire celles qui ne peuvent être évitées et les mesures prévues pour compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites. Il expose les autres solutions envisagées et les raisons pour lesquelles, notamment du point de vue de la protection de l'environnement, le projet a été retenu. Il définit les critères, indicateurs et modalités retenus pour suivre les effets du plan ou du programme sur l'environnement afin d'identifier notamment, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et envisager, si nécessaire, les mesures appropriées. / Le rapport sur les incidences environnementales contient les informations qui peuvent être raisonnablement exigées, compte tenu des connaissances et des méthodes d'évaluation existant à la date à laquelle est élaboré ou révisé le plan ou le programme, de son contenu et de son degré de précision et, le cas échéant, de l'existence d'autres plans ou programmes relatifs à tout ou partie de la même zone géographique ou de procédures d'évaluation environnementale prévues à un stade ultérieur ". Et selon l'article R. 122-20 du même code, dans sa version applicable : " I. L'évaluation environnementale est proportionnée à l'importance du plan, schéma, programme et autre document de planification, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée. / II. Le rapport environnemental, qui rend compte de la démarche d'évaluation environnementale, comprend un résumé non technique des informations prévues ci-dessous : () 2° Une description de l'état initial de l'environnement sur le territoire concerné, les perspectives de son évolution probable si le plan, schéma, programme ou document de planification n'est pas mis en œuvre, les principaux enjeux environnementaux de la zone dans laquelle s'appliquera le plan, schéma, programme ou document de planification et les caractéristiques environnementales des zones qui sont susceptibles d'être touchées par la mise en œuvre du plan, schéma, programme ou document de planification. Lorsque l'échelle du plan, schéma, programme ou document de planification le permet, les zonages environnementaux existants sont identifiés () 4° L'exposé des motifs pour lesquels le projet de plan, schéma, programme ou document de planification a été retenu notamment au regard des objectifs de protection de l'environnement ; () ". Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
3. L'évaluation environnementale procède d'une part à une description de l'état initial de l'environnement documentée par des données dont il est soutenu qu'elles seraient obsolètes ou non représentatives, s'agissant des consommations en eau et en énergie et des émissions de gaz à effet de serre des carrières en exploitation. Si, dans son avis délibéré le 23 juin 2021, l'autorité environnementale a effectivement pointé l'absence de données régionales récentes de ces consommations et émissions, celles-ci ont ensuite été complétées et les requérants ne démontrent pas que les données utilisées présenteraient pour autant un caractère obsolète, ni que d'autres données existantes auraient pu documenter utilement l'état initial de l'environnement. D'autre part, l'évaluation environnementale fait état de ce que l'orientation X " Préserver les intérêts liés à la ressource en eau ", prévoyant un objectif de réduction des activités extractives de granulats alluvionnaires a pour objectif la prise en compte de l'orientation D du SDAGE Adour-Garonne et de l'orientation 1F-2 du SDAGE Loire Bretagne, de sorte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'étude d'impact serait muette quant aux justifications de cette orientation contenue dans le schéma régional des carrières contesté. Enfin, si les requérants déplorent l'absence de mention, dans l'évaluation environnementale, des effets positifs des carrières sur l'environnement, tel n'est toutefois pas nécessairement son objet. En tout état de cause, il ne ressort nullement des pièces du dossier que les insuffisances alléguées auraient pu nuire à l'information complète de la population ou été de nature à exercer une influence sur la décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de l'évaluation environnementale doit être écarté.
En ce qui concerne le contenu prétendument insuffisant du schéma régional des carrières au regard des exigences réglementaires :
4. Selon l'article R. 515-2 du code de l'environnement : " Le schéma régional des carrières est constitué, outre d'une notice le présentant et le résumant, d'un rapport et de documents cartographiques. / I. Le rapport comporte deux parties. Il présente tout d'abord : 1° Un bilan du ou des précédents schémas des carrières au sein de la région, analysant, d'une part, les éventuelles difficultés techniques ou économiques rencontrées dans l'approvisionnement en ressources minérales au cours des périodes où il a ou ont été mis en œuvre ainsi que, d'autre part, l'impact sur l'environnement dû à l'exploitation des carrières existantes et à la logistique qui lui est associée ; 2° Un état des lieux comportant : a) Un inventaire des ressources minérales primaires d'origine terrestre de la région et de leurs usages, précisant les gisements d'intérêt régional et national ;b) Un inventaire des carrières de la région précisant leur situation administrative, les matériaux extraits, et une estimation des réserves régionales par type de matériaux ;c) Un inventaire des ressources minérales secondaires utilisées dans la région, de leurs usages, et une estimation des ressources mobilisables à l'échelle de la région ; d) Un inventaire des ressources minérales primaires d'origine marine utilisées dans la région et de leurs usages, précisant, le cas échéant, celles extraites des fonds du domaine public maritime, du plateau continental ou de la zone économique exclusive adjacents au territoire terrestre de la région ; e) Une description qualitative et quantitative des besoins actuels et de la logistique des ressources minérales dans la région, identifiant les infrastructures et les modes de transports utilisés et distinguant ceux dont l'impact sur le changement climatique est faible ; cette description inclut les flux de ressources minérales échangés avec les autres régions () 5° Plusieurs scénarios d'approvisionnement, assortis d'une évaluation de leurs effets au regard des enjeux définis précédemment et précisant les mesures permettant d'éviter, de réduire et, le cas échéant, de compenser les atteintes aux enjeux environnementaux identifiés ; 6° Une analyse comparative de ces scénarios, explicitant la méthode mise en œuvre et les critères retenus pour cette analyse () ".
5. Tout d'abord, le rapport du schéma régional des carrières contesté dresse, dans sa deuxième partie intitulée " Bilan des précédents schémas des carrières ", le bilan prévu par les dispositions précitées, lesquelles n'imposent pas une analyse détaillée de chacun des schémas départementaux. Figure, par ailleurs, en annexe à ce schéma, une synthèse des orientations et mesures édictées dans le cadre des précédents schémas départementaux des carrières, de sorte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le bilan réalisé serait insuffisant.
6. Ensuite, il se déduit des dispositions précitées du 2° de l'article R. 515-2 du code de l'environnement que l'état des lieux présenté par le schéma régional des carrières a pour objet d'établir le socle de la réflexion prospective en termes d'orientations et d'objectifs. Pour y parvenir et appréhender de manière plus détaillée les besoins du territoire en matériaux et les enjeux d'approvisionnement, les services de l'Etat ont procédé, notamment, à des examens territorialisés préalables, dénommés " diagnostics territoriaux ". Les requérants, soutiennent que ces diagnostics territoriaux ont été réalisés seulement pour dix aires urbaines et n'ont donc pas permis de dresser un état des lieux sincère de l'ensemble du territoire régional. Ils font également valoir qu'à la date de la consultation du public et à la date de publication de l'arrêté attaqué ayant approuvé le schéma régional des carrières, seuls quatre diagnostics territoriaux avaient été effectivement réalisés. Enfin, ils soutiennent que les diagnostics territoriaux réalisés pour les aires urbaines de Saint-Etienne et de Clermont-Ferrand sont entachés de nombreuses inexactitudes. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces diagnostics territoriaux, préalables à l'élaboration du schéma et qui n'avaient pas à faire l'objet spécifiquement d'une concertation, ont été réalisés à dessein pour un échantillon seulement de territoires, couvrant plus de la moitié de la population de la région afin, ensuite, et par itération, de construire les scénarios d'approvisionnement et les orientations du schéma régional des carrières, et cette méthodologie n'est, par elle-même, pas susceptible d'être contestée par les requérants, qui ne démontrent pas non plus que l'état des lieux en aurait été affecté. Par ailleurs, et alors que l'état des lieux et l'évaluation des besoins fixé par le schéma ne reposent pas uniquement sur ces diagnostics, les requérants ne démontrent pas que les insuffisances et erreurs qu'ils relèvent sur les bassins de Saint-Etienne et Clermont-Ferrand ou la finalisation selon eux tardive de certains diagnostics affecteraient la sincérité de l'état des lieux puis la pertinence des scénarios d'approvisionnement retenus. Par suite, leur moyen doit être écarté.
7. Enfin, le schéma régional des carrières contesté envisage cinq scénarios d'approvisionnement destinés à répondre aux besoins en matériaux neufs, procède à leur comparaison et indique quel est celui retenu ainsi que les motifs de ce choix. Si, à l'appui du moyen tiré de ce que le scénario retenu ne serait pas justifié, les requérants font aussi valoir que les effets favorables sur l'environnement des activités d'extraction alluvionnaires n'ont pas été retenus, que les niveaux de sensibilité rédhibitoire, fort et autres ne seraient pas suffisamment justifiés et que l'analyse des besoins en matériaux n'est pas suffisamment développée, ils ne démontrent pas, par une argumentation très générale, dans quelle mesure ces circonstances seraient de nature à impacter les scénarios d'approvisionnement et le choix du scénario finalement retenu.
En ce qui concerne le rappel des objectifs et orientations des SDAGE applicables :
8. Si le schéma régional des carrières contesté rappelle les orientations et objectifs fixés dans les SDAGE applicables sur le territoire de la région Auvergne-Rhône Alpes, avec lesquels le schéma régional en litige doit être compatible, de tels rappels, destinés à contextualiser ses orientations, ne traduisent aucune erreur de droit de la part des services préfectoraux, ces derniers ne s'étant nullement sentis tenus de procéder à ces rappels.
En ce qui concerne la portée du schéma régional des carrières :
9. Selon le I de l'article L. 515-3 du code de l'environnement : " I. Le schéma régional des carrières définit les conditions générales d'implantation des carrières et les orientations relatives à la logistique nécessaire à la gestion durable des granulats, des matériaux et des substances de carrières dans la région. Il prend en compte l'intérêt économique national et régional, les ressources, y compris marines et issues du recyclage, ainsi que les besoins en matériaux dans et hors de la région, la protection des paysages, des sites et des milieux naturels sensibles, la préservation de la ressource en eau, la nécessité d'une gestion équilibrée et partagée de l'espace, l'existence de modes de transport écologiques, tout en favorisant les approvisionnements de proximité, une utilisation rationnelle et économe des ressources et le recyclage. Il identifie les gisements potentiellement exploitables d'intérêt national ou régional et recense les carrières existantes. Il fixe les objectifs à atteindre en matière de limitation et de suivi des impacts et les orientations de remise en état et de réaménagement des sites ".
10. Il résulte des dispositions précitées que le schéma régional des carrières constitue un document de programmation définissant des orientations ayant pour objet d'assurer la logistique nécessaire à la gestion durable des granulats, des matériaux et des substances de carrières dans la région. Celles-ci ont vocation notamment à guider les services chargés de l'instruction des demandes présentées au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, ces derniers conservant un pouvoir d'appréciation, sous le contrôle du juge du plein contentieux. A ce titre, le schéma peut contenir des mesures permettant de mettre en œuvre les orientations et d'atteindre les objectifs qu'il définit, se traduisant notamment par des règles de fond avec lesquelles les autres documents et décisions intervenant dans le domaine des carrières doivent être compatibles, ce qui exclut toutefois l'instauration de prescriptions telles qu'elles induiraient un rapport de conformité de ces documents et décisions. Il ne peut davantage subordonner légalement les demandes d'autorisations environnementales à des obligations de procédure autres que celles prévues par les différentes législations en vigueur.
11. Si le schéma régional des carrières en litige prévoit différentes orientations comprenant chacune un ensemble de mesures envisagées pour atteindre les objectifs qu'elles fixent, la volonté des auteurs du schéma, qui les qualifient d'ailleurs d'orientations, permet en l'espèce de les interpréter comme fixant des principes visant à guider l'action des professionnels du secteur et des autorités en charge de prendre des décisions en la matière, et susceptibles de s'imposer aux autorisations seulement dans un rapport de compatibilité, lequel s'apprécie dans le cadre d'une analyse globale à l'échelle du territoire pertinent.
12. En premier lieu, l'orientation X " Préserver les intérêts liés à la ressource en eau ", qui précise d'ailleurs qu'elle pose des principes d'examen des autorisations de carrière, dans le cadre du rapport de compatibilité prévu à l'article L. 515-3 du code de l'environnement et au regard des circonstances locales, ne peut, en conséquence de ce qui vient d'être dit aux points précédents, être lue que comme exposant des orientations à destination des services instructeurs de l'Etat, et non comme des prescriptions de nature réglementaire devant être respectées dans un strict rapport de conformité, qu'il s'agisse de la diminution envisagée des capacités maximales annuelles d'extraction autorisées pour les zones en enjeu majeur, de la limitation de la durée des autorisations ou du principe d'interdiction des nouveaux projets. Il en va de même de l'ensemble des orientations du schéma régional des carrières approuvé par l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen selon lequel le schéma prescrirait illégalement des mesures réglementaires doit être écarté.
13. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, le schéma régional des carrières en litige, par ses orientations, qui classent les zones Natura 2000 en des niveaux de sensibilité différents et renvoient par ailleurs aux documents d'objectif de chacune de ces zones, ne comporte l'édiction d'aucune règle dont l'objet serait de renforcer, sur le territoire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les contraintes applicables dans les zones Natura 2000.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 515-3 du code de l'environnement : " III - () Le schéma régional des carrières doit être compatible ou rendu compatible dans un délai de trois ans avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux et des schémas d'aménagement et de gestion des eaux, s'ils existent./ () "
15. L'orientation X.2 " Eviter et réduire l'exploitation d'alluvions récentes " prévoit que conformément aux orientations du SDAGE Loire-Bretagne, qui a vocation à s'appliquer sur le territoire du département de la Loire, un objectif de réduction des capacités annuelles d'extraction des alluvions de 4%, sans valeur plancher, a été fixé. Les requérants se prévalent de ce que l'orientation 1 F-2 du SDAGE Loire-Bretagne 2016-2021 réserve la possibilité de quotas départementaux pouvant déroger à la règle, sous la double réserve du respect de la décroissance des extractions au niveau régional et de l'absence de solutions alternatives, et pour des raisons économiques, stratégiques ou de difficultés avérées d'approvisionnement du territoire. Ils font aussi valoir qu'à ce titre le préfet de la Loire a, par un courrier du 31 août 2015, fixé un quota maximal de production à horizon 2023 qui " pourrait être de l'ordre de 1 700 000 tonnes par an ". Toutefois, ce courrier est antérieur à l'approbation du SDAGE Loire-Bretagne et ne saurait s'interpréter comme autorisant un tel quota chaque année, alors par ailleurs que l'orientation en litige ne fait pas nécessairement obstacle à ce qu'une autorisation pour une extraction excédant le seuil fixé soit accordée, dans le respect du principe de compatibilité avec le schéma régional des carrières. En tout état de cause, l'orientation litigieuse X.2 n'est pas incompatible avec le SDAGE Loire-Bretagne, prévoyant également un objectif de réduction des capacités annuelles des extractions alluvionnaires de 4% sans valeur plancher, au seul motif qu'elle ne prévoit pas la possibilité d'y déroger. La fixation de cet objectif, dans le cadre exposé plus haut, apparaît en outre proportionnée à l'enjeu de préservation des milieux aquatiques, et ne créé aucune situation de discrimination en défaveur des carriers de la Loire, dès lors qu'il trouve son origine dans le SDAGE Loire-Bretagne, lequel n'est applicable, sur le territoire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, que dans trois départements. Elle n'est pas plus par elle-même à l'origine d'une situation discriminatoire par rapport aux carriers implantés dans les autres départements soumis au SDAGE Loire-Bretagne, alors d'ailleurs qu'il n'est pas établi qu'ils auraient aussi bénéficié de mesures dérogatoires. Enfin, si les requérants invoquent, par la voie de l'exception, l'illégalité du SDAGE Loire-Bretagne, un tel moyen est irrecevable dès lors que l'arrêté attaqué approuvant le schéma régional des carrières n'a pas été pris sur son fondement et n'en constitue pas non plus une mesure d'application.
16. En quatrième lieu, l'orientation X.3 " Cas particulier dans les départements de l'Allier, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire " prévoit la non délivrance d'autorisation d'exploitation, de renouvellement ou d'extension de carrières d'alluvions dans l'emprise de la nappe d'accompagnement des cours d'eau dans les départements de l'Allier, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le contenu du X.3, en dépit de sa rédaction, ne saurait s'interpréter autrement que comme fixant seulement une orientation et des objectifs auxquels les projets doivent se soumettre par un rapport de compatibilité. Ainsi, l'orientation en litige, qui est au demeurant compatible avec le SDAGE applicable et issue de l'analyse, pour les départements concernés, des enjeux sur la ressource en eau, des besoins en matériaux neufs et des possibilités de report vers la roche massive d'origine volcanique, présente en abondance, ne saurait être contestée au motif qu'elle édicterait une mesure d'interdiction générale et absolue.
En ce qui concerne les gisements de report :
17. Le schéma régional des carrières contesté fait état de gisements dits de reports, définis comme des gisements techniquement valorisables et présentant, a priori, des enjeux environnementaux moindres et un impact global mieux maîtrisé. La présence de tels gisements de report à proximité d'un projet soumis à autorisation est prise en compte, dans des contextes d'enjeux majeurs au sens du schéma régional, pour inciter à la délocalisation des projets ou limiter les durées d'autorisation, réduites lorsqu'un gisement de report est disponible.
18. Il ressort des pièces du dossier que l'identification des gisements de report a été réalisée sur la base des études du bureau de recherches géologiques et minières, et que le schéma régional des carrières détaille la méthode utilisée pour y procéder et les requérants ne sont, par suite, pas fondés à soutenir qu'aucune justification ne permettrait de connaître les modalités d'identification de ces gisements. Ils ne contestent par ailleurs pas précisément l'identification des gisements de report définis par le plan
En ce qui concerne les prétendues limites fixées à la durée des autorisations :
19. Les orientations VIII.1 et X du schéma régional des carrières prévoient, respectivement, une limitation de la durée des extensions d'exploitation selon que la situation d'approvisionnement est acceptable ou défavorable, et un encadrement de la durée des autorisations délivrées pour les extractions d'alluvions. Si les requérants contestent le principe d'une limitation de durée, en invoquant des motifs essentiellement économiques, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les dispositions prévues aux VIII.1 et X ne peuvent s'interpréter que comme des orientations et objectifs, s'imposant, dans un rapport de compatibilité, aux autorisations d'exploitation. Par ailleurs, ces limitations sont établies en tenant compte de la sensibilité du secteur, de la situation locale d'approvisionnement, de l'existence de gisements de reports et sont ainsi justifiées par des motifs de protection de l'environnement et de préservation de la ressource. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les limitations de durée des autorisations, prévues par l'orientation sur les seuls sites à enjeu majeur, ne pourrait permettre aux carriers d'assurer l'équilibre économique de l'exploitation des gisements. Le moyen tiré de ce que ces restrictions de durée seraient injustifiées et rédhibitoires d'un point de vue économique ne peut donc qu'être écarté.
En ce qui concerne le principe d'approvisionnement de proximité :
20. Les requérants font valoir que l'orientation X.2, relative à l'objectif de réduction des prélèvements de granulats alluvionnaires, aura pour effet d'aggraver les difficultés d'approvisionnement en méconnaissance du principe de proximité. Toutefois, en centrant leur démonstration sur le cas du département de la Loire, ils ne démontrent pas l'existence de difficultés d'approvisionnement sur le territoire couvert par le schéma régional des carrières en litige. D'ailleurs, les effets de la réduction de l'approvisionnement en granulats alluvionnaires sur ce département sont pris en compte par le schéma, qui relève que la majorité de la production des matériaux sur ce département est issue de roches massives. Enfin, l'objet de ce document de planification tient précisément à la conciliation devant nécessairement être opérée entre les objectifs de protection de la ressource en eau et d'approvisionnement de proximité, et les requérants n'établissent pas d'incohérences dans la conciliation de ces différents objectifs. Le moyen doit, par suite, être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que le groupement des exploitants de carrières de la Loire et les autres requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a approuvé le schéma régional des carrières et ses annexes.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, les sommes réclamées sur leur fondement par les requérants.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au groupement des exploitants de carrières du département de la Loire, à la société carrières de la Loire Delage, à la société carrières Richard, à la société Thomas granulats, à la société Sagra, à la société carrières Thomas, à la société Naulin SA, à la société carrières Vial, à la société Etablissements Chiaverina et à la société Delmonico Dorel carrières, ainsi qu'au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Allais, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
La rapporteure,
A. Allais
Le président,
T. Besse
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2200976
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026