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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201081

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201081

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 8ème chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 11 février 2022 et le 11 septembre 2023, Mme B C, représentée par la société d'avocats Cornet Vincent Segurel, demande au tribunal :

-d'annuler la décision implicite de rejet née du silence conservé par la commission de médiation du département du Rhône sur son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;

- d'enjoindre à la commission de médiation de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement dans le délai d'un mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de la commission de médiation la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la radiation de sa demande de logement social alléguée en défense ne peut lui être opposée ;

- la menace d'expulsion pesant sur elle, l'expiration du délai de 24 mois prévue par l'arrêté du 1er février 2008 et l'inadaptation de son logement à sa situation sont établies.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement convoquées à une audience publique ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille ;

- et les observations de Me Verrier pour Mme C, ainsi que celles de Mme A pour la préfète du Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a saisi la commission de médiation " Droit au logement opposable " du département du Rhône d'un recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Alors que, contrairement à ce que soutient la requérante, ses conclusions doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 3 mai 2022 qui s'est substituée en cours d'instance à la décision implicite née du silence initialement conservé par l'autorité administrative, Mme C conteste la décision par laquelle la commission de médiation a rejeté son recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation (CCH) : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière (), n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même CCH : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 de ce code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () ; / - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement (). / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus "

3. Pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du CCH et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du CCH, la commission peut toutefois refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

4. Pour contester le refus qui lui a été opposé et soutenir qu'elle remplissait les conditions pour qu'un caractère prioritaire et urgent soit reconnu à sa demande de logement social, Mme C se prévaut de l'ancienneté des démarches qu'elle a entreprises en vue de bénéficier d'une mutation dans le parc social, de la menace d'expulsion pesant sur elle et, compte tenu en particulier de ses dimensions et de son coût excessifs, de l'inadaptation de son logement à sa situation Toutefois, l'actualité de la menace d'expulsion dont la requérante fait état à la date de la décision en litige ne ressort pas des pièces du dossier dès lors en particulier que, par son jugement du 28 janvier 2021 produit au dossier, le tribunal de proximité de Villeurbanne devant lequel la requérante a été assignée par son bailleur au mois de juillet 2020 a ordonné la suspension des effets de la clause résolutoire du bail de l'intéressée pour subordonner son expulsion au non-respect par Mme C des obligations définies par ce même jugement pour lui permettre de se libérer de sa dette locative, d'un montant inférieur à 2 300 euros. En outre et alors que la préfète du Rhône produit une attestation de demande de logement social indiquant un enregistrement au mois de juin 2021, Mme C, qui se prévaut des démarches effectuées auprès de son bailleur depuis 2018, ne peut être regardée comme établissant que l'attente dont elle fait état excédait à la date de la décision en cause la durée de 24 mois fixée par l'arrêté préfectoral du 1er février 2008 pris pour l'application de l'article L. 441-1-4 du CCH et, compte tenu notamment des revenus de la requérante à la date de la décision en litige, ni la superficie d'environ 90 m² ni le montant du loyer du logement qu'elle occupe en vertu d'un bail conclu en 2002 ne suffisent, en tout état de cause, pour caractériser l'inadaptation du logement de la requérante à ses besoins. Dans ces conditions et pour légitimes que soient les attentes de Mme C, les circonstances dont il est fait état ne suffisent pas pour considérer que c'est en l'espèce à tort qu'à la date de la décision attaquée et pour les motifs qu'elle a retenus, la commission de médiation a refusé de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision de la commission de médiation du département du Rhône portant rejet de son recours, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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