lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VIBOUREL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 15 février 2022 sous le n° 2201205, M. B A, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, défaut, " salarié " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est constitutive d'une faute, de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette illégalité fautive a entraîné un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, évalués à la somme de 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour.
Par un mémoire, enregistré le 29 avril 2022, M. A demande au tribunal de constater qu'il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'annulation et conclut, pour le surplus, aux mêmes fins que précédemment.
Il soutient que par une décision du 19 avril 2022, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, la préfète du Rhône conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête et au rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que par une décision du 28 juillet 2023, M. A s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable du 31 mai 2023 au 30 mai 2027.
II. Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022 sous le n° 2202509, et un mémoire, enregistré le 29 avril 2022, M. A, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision de 23 000 euros à valoir sur l'indemnisation des conséquences dommageables de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est illégale, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 313-14 et L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'illégalité de cette décision est constitutive d'une faute, de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il a droit à une provision de 23 000 euros à valoir sur l'indemnisation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence causés par cette illégalité fautive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la réalité des préjudices invoqués n'est pas établie ;
- un titre de séjour portant la mention " salarié " ayant été délivré au requérant par une décision du 19 avril 2022, l'existence d'un préjudice moral nécessitant réparation ne peut être retenue.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gros, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 31 décembre 2000, déclare être entré en France au mois de décembre 2017. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la métropole de Lyon suivant ordonnance de placement provisoire du procureur de la République du 10 avril 2018 et jugement du juge des enfants du 2 octobre 2018. Le 3 décembre 2019, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le délai de quatre mois imparti à l'autorité administrative pour prendre sa décision ayant été suspendu pendant la période du 12 mars au 23 juin 2020 inclus, la décision implicite de rejet de la demande de l'intéressé est née le 16 juillet 2020. Le 1er décembre 2021, il a exercé un recours gracieux contre cette décision, lui aussi implicitement rejeté. Par une première requête, enregistrée sous le n° 2201205, M. A demande l'annulation de ces décisions ainsi que l'indemnisation des préjudices subis. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2202529, il demande au juge des référés de condamner l'Etat à lui verser une provision à valoir sur l'indemnisation des préjudices subis.
2. Les requêtes n°s 2201205 et 2202529 présentées par M. A, qui concernent la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Par une décision du 19 avril 2022, postérieure à l'introduction de la requête enregistrée sous le n° 2201205, le préfet du Rhône a délivré à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par le requérant dans l'instance n° 2201205 ont, par suite, perdu leur objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".
5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a présenté sa demande dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la métropole de Lyon le 10 avril 2018, à l'âge de 17 ans et trois mois, et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. A la date de la décision implicite de rejet de sa demande de titre, il suivait, depuis plus de six mois, les enseignements de première année de CAP Conducteur d'installations de production de manière réelle et sérieuse, comme en témoignent les bulletins scolaires et les attestations versés aux débats. La structure d'accueil a émis un avis favorable sur son comportement et son insertion dans la société française. Par ailleurs, le requérant indique, sans être contredit, que son père est décédé, qu'il n'a quasiment jamais vu sa mère et qu'il n'a plus de contact avec sa famille restée en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
7. Le refus illégal de délivrer un titre de séjour à M. A constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices directs et certains qui ont pu en résulter entre le 16 juillet 2020, date de la décision implicite de rejet litigieuse, et le 19 avril 2022, date de délivrance du titre de séjour. Toutefois, le requérant, qui a, lors du dépôt de sa demande, été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dont il ne soutient pas qu'il aurait cessé d'être renouvelé au cours de cette période, n'établit pas la réalité du préjudice moral ou des troubles dans les conditions d'existence qu'il invoque. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur la demande de provision :
8. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions tendant au versement d'une provision présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative dans la requête n° 2202529 ont perdu leur objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2201205 de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2201205 de M. A est rejetée.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au versement d'une provision de la requête n° 2202529 de M. A.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2202509 de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Rizzato, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. Clément
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°s 2201205-2202529
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026