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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201228

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201228

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPETRETO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 17 février et 23 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Petreto, demande au tribunal :

- d'annuler la décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon (HCL) a prononcé sa suspension de fonctions ;

- d'enjoindre au directeur général des HCL de rétablir sa rémunération à compter du 15 septembre 2021 ;

- de mettre à la charge des HCL la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente et en violation des dispositions de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 dès lors qu'elle a été édictée avant le 15 septembre 2021 ;

- la décision attaquée a été prise l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir été précédée d'un entretien ;

- son défaut de vaccination ne pouvait légalement lui être opposé compte tenu de la nature de ses fonctions et de leur exercice en télétravail.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, les Hospices civils de Lyon concluent au rejet de la requête.

Ils soutiennent que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille,

- les conclusions de Mme Reniez,

- les observations de Me Petreto pour Mme C, ainsi que celles de Mme B pour les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Praticien attaché employée par les Hospices civils de Lyon (HCL), Mme C conteste la décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur général des HCL a prononcé sa suspension de fonctions à compter du 15 septembre 2021 au motif qu'elle ne justifiait pas de la régularité de sa situation au regard de son obligation de vaccination contre la covid-19.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. -Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I ; / (). / II. - Un décret () fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19. / III. - Le I ne s'applique pas aux personnes chargées de l'exécution d'une tâche ponctuelle au sein des locaux dans lesquels les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3° et 4° du même I exercent ou travaillent () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12 () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - () B.- A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 (). / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I () ".

En ce qui concerne les conditions d'édiction de la décision en litige :

3. En prononçant la suspension de fonctions de la requérante, la décision critiquée se borne à mettre en œuvre les dispositions spécifiques des articles 12 à 14 précités de la loi du 5 août 2021 sur lesquelles elle se fonde. Alors qu'il est constant que la décision en litige fixe sa prise d'effet au 15 septembre 2021, date à compter de laquelle le législateur a entendu interdire aux personnes concernées d'exercer leur activité et à laquelle la requérante ne soutient d'ailleurs pas qu'elle se trouvait en situation régulière au regard de son obligation de vaccination, la circonstance que la décision critiquée a été signée le 14 septembre 2021 pour être remise à la requérante au cours d'un entretien s'étant tenu le lendemain est en elle-même sans incidence sur sa légalité.

En ce qui concerne la procédure suivie :

4. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la légalité de la mesure de suspension prévue par l'article 14 précité de la loi du 5 août 2021 serait subordonnée à la tenue préalable d'un entretien avec l'agent concerné. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel entretien doit être écarté.

En ce qui concerne la possibilité d'opposer l'obligation de vaccination à la requérante :

5. Aux termes de l'article 3 du décret du 11 février 2016 visé ci-dessus relatif au télétravail : " La quotité des fonctions pouvant être exercées sous la forme du télétravail ne peut être supérieure à trois jours par semaine. Le temps de présence sur le lieu d'affectation ne peut être inférieur à deux jours par semaine () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Il peut être dérogé aux conditions fixées à l'article 3 : / 1° Pour une durée de six mois maximum, à la demande des agents dont l'état de santé ou le handicap le justifient et après avis du service de médecine préventive ou du médecin du travail ; cette dérogation est renouvelable, après avis du service de médecine préventive ou du médecin du travail () ".

6. En adoptant, pour l'ensemble des personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique et à l'exception de celles n'y effectuant qu'une tâche ponctuelle, le principe d'une obligation de vaccination à compter du 15 septembre 2021, le législateur a entendu garantir le bon fonctionnement des services hospitaliers publics. Il en résulte que l'obligation vaccinale prévue par les dispositions du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 citées au point 2 s'impose à toute personne travaillant régulièrement au sein de locaux relevant d'un établissement de santé mentionné à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, quel que soit l'emplacement des locaux en question et que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des patients ou des professionnels de santé. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué qu'en raison du handicap dont elle fait état, la requérante pourrait être légalement autorisée à exercer en télétravail l'intégralité des missions liées à son statut de praticien attaché en vertu des dispositions du décret du 11 février 2016 citées au point précédent, Mme C, qui expose qu'elle est chargée de coder les prestations médicales et chirurgicales, n'est pas fondée à se prévaloir de la nature administrative de ses fonctions ou de leur exercice en télétravail à partir du mois de juillet 2021 pour soutenir que son employeur ne pouvait légalement lui opposer son défaut de vaccination.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions dirigées contre la décision du 14 septembre 2021, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

9. Alors qu'il n'est pas fait état de dépens, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante présentées sur leur fondement et dirigées contre les HCL, qui ne sont pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

F.-X. Richard-Rendolet

Le président, rapporteur

A. GilleLe greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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