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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201262

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201262

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELAS SORBA PAYRAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 16 février 2022, M. CF AE, M. BQ BZ, Mme W B, M. P B, M. Q BX, M. S CA, M. CM AZ, M. BC Z, Mme CV, M. AY N, M. AG BL, M. BT BM, M. E BM, M. AQ AH, M. BS BA, M. AD N, M. E BK, M. BO CJ, M. CS, M. AM AP, M. U X, M. O CL, Mme C Y, M. BW V, M. F CK, M. AW AR, M. BJ A, Mme AS CP, M. T BH, M. AQ CT, M. AI CB, M. CR AB, Mme H AT, M. BJ X, Mme AC BR, M. BQ AK, M. D CQ, M. AU AO, M. AF BY, M. J CO, M. BV Y, M. BO BD, M. G CD, M. AG CC, M. AL AJ, M. CN BF, M. M CE, M. BI AA, Mme L CU, M. BP BU, M. K BN, M. BE AX, M. BO R, Mme BG CG, M. I CI, M. CH AV, Mme BB AN, représentés par Me Maillard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision de suppression des marchés alimentaire et manufacturé révélée par des déclarations émises par les représentants de la mairie de Villeurbanne,

- la délibération n° D 2021-390 du 16 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Villeurbanne a approuvé la création d'un marché alimentaire, boulevard Eugène Réguillon, a autorisé le maire à définir par arrêté les modalités d'organisation de ce marché, le règlement intérieur afférent ainsi que la prise de toute mesure utile pour sa mise en place ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villeurbanne, une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

S'agissant de l'illégalité de la décision de suppression des marchés alimentaire et manufacturé révélée :

- les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont recevables dès lors que celle-ci est révélée par différents échanges et qu'elle a modifié l'ordonnancement juridique :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que le maire de Villeurbanne ne pouvait la prendre sans préalablement consulter le conseil municipal, en application des dispositions de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales ;

- elle n'est pas justifiée par un motif d'intérêt général ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un transfert des autorisations sur un nouvel emplacement était possible ;

S'agissant de l'illégalité de la délibération n° D 2021-390 du 16 décembre 2021 :

- elle est entachée de vices de procédure :

* dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conseillers municipaux auraient disposé des informations nécessaires pour que ladite délibération puisse être prise en connaissance de cause ; en effet, ne leur ont été transmis ni les compte-rendu des commissions élargies des marchés ni les échanges avec les syndicats professionnels des commerçants non sédentaires préalablement consultés ;

* dès lors que la commission élargie des marchés a été irrégulièrement composée ; ce vice a été de nature à influencer le sens de la décision contestée ;

- elle est irrégulière dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales, elle a été précédée d'un appel à candidatures qui s'est déroulé du 15 octobre au 15 novembre 2021 afin d'organiser les modalités d'organisation du marché et les mesures utiles à sa mise en place ;

- l'appel à candidatures réalisé dans le cadre de la création du nouveau marché établit des critères de sélection qui ne sont pas prévus par le règlement des marchés auquel il renvoie pourtant expressément ;

- en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2122-1-1 du code général de la propriété publique, il y a eu une rupture d'égalité entre les commerçants admis à candidater, la procédure de mise en concurrence ne présentant pas les garanties de transparence et de publicité suffisantes ; en effet, ledit appel à candidatures :

* ne mentionnait ni la durée des titres d'occupation ni le montant de la redevance d'occupation,

* n'a duré qu'un mois ce qui est un délai trop court pour préparer son dossier,

* n'était visible que sur le site internet de la commune, dans un onglet difficilement accessible, ce qui n'a pas permis aux commerçants extérieurs à la commune d'en être informés,

* les critères de sélection étaient de nature à créer une discrimination entre les candidats.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la commune de Villeurbanne, représentée par Me Forray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est privée d'objet s'agissant de la décision révélée de suppression des marchés alimentaire et manufacturé dès lors que cette décision n'existe pas ; le conseil municipal ayant effectivement adopté le 4 juillet 2022, une délibération portant suppression des marchés " Leclerc " et " Grandclément " après consultation des organisations professionnelles intéressées ;

- le moyen tiré de ce que la commission élargie des marchés aurait été irrégulièrement composée est inopérant ; en tout état de cause, cette prétendue irrégularité serait sans influence sur le sens de la délibération du 6 décembre 2021 ;

- le moyen tiré de l'irrégularité de l'appel à candidatures est également inopérant dès lors que la délibération contestée n'a pas été prise pour son application ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 14 décembre 2022, Mme C Y et M. BV Y déclarent se désister purement et simplement de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 14 décembre 2022, M. AF BY déclare se désister purement et simplement de la requête.

Par une ordonnance en date du 5 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux,

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,

- et, les observations de Me Maillard, représentant les requérants, et celles de Me Foray, représentant la commune de Villeurbanne.

Considérant ce qui suit :

1. En raison des travaux de réalisation du prolongement au nord de la ligne tramway T6 nécessitant la réalisation d'importants aménagements intervenant sur le territoire de la commune et notamment sur les lieux d'organisation des marchés publics de la ville, à partir du début de l'année 2023, la marie de Villeurbanne a décidé d'engager une réflexion quant à la nouvelle organisation des marchés de produits alimentaires et manufacturés et mis en place " une commission élargie des marchés ". Lors de sa séance du 3 mai 2021, ladite commission est informée que boulevard Réguillon sera créé, à compter du 1er janvier 2023, un nouveau marché à caractère temporaire, dans l'attente de la création d'un nouveau marché dans la ZAC Grandclément, à l'horizon 2030. Désireuse de sélectionner les commerçants qui pourront s'installer sur ce nouveau marché, le 15 octobre 2021, la commune lance un appel à candidature, d'une durée d'un mois, destinée à désigner les nouveaux bénéficiaires d'une AODP pour le nouveau marché, en application de l'article L.2221-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques. Par une délibération du 16 décembre 2021, le conseil municipal de Villeurbanne a décidé de créer, à compter de janvier 2023, un marché alimentaire sur le boulevard Eugène Réguillon, a autorisé le maire à définir les modalités d'organisation de ce marché, son règlement intérieur et à prendre toutes les mesures utiles pour sa mise en place.

2. Les désistements de Mme Y, de M. Y et de M. BY sont purs et simples. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " révélée " de suppression des marchés alimentaire et manufacturé :

3. La commune de Villeurbanne fait valoir que contrairement à ce que soutiennent les requérants aucune décision de suppression des marchés alimentaire et manufacturé n'est née des diverses déclarations du maire et de ses adjoints. Si en effet, lors de différentes réunions, les organes exécutifs de la commune de Villeurbanne se sont exprimés sur la situation induite par la prochaine réalisation des travaux de ligne T 6 du tramway, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'une décision aurait été prise par le conseil municipal, seul compétent en application des dispositions de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales. Ainsi, en l'absence d'existence d'une telle décision, les conclusions de la requête dirigées contre une décision " révélée " prononçant la suppression des marchés alimentaire et manufacturé sont dépourvues d'objet et dès lors irrecevables. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposé par la commune de Villeurbanne.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 16 décembre 2021

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".

5. Les conseillers municipaux disposent du droit d'être informés de tout ce qui touche aux affaires de la commune, dans des conditions leur permettant de remplir normalement leur mandat. En l'espèce, la commune de Villeurbanne fait valoir, sans être contestée, que les élus municipaux se sont vus communiquer, préalablement à la tenue du conseil municipal du 16 décembre 2021, le rapport de délibération relatif à la " création d'un marché alimentaire boulevard E. Réguillon ". Ce rapport informait les élus des raisons de la création de ce nouveau marché, de son caractère temporaire, mentionnait expressément l'appel à candidatures lancé en application de l'art. L. 2122-11 du code général de la propriété des personnes publiques, s'agissant des autorisations de déballer et en précisait les modalités d'organisation. Enfin, ce rapport se référait aux travaux menés au cours de l'année 2021 pour la création d'un nouveau marché et énonçait expressément les consultations réalisées auprès des organisations professionnelles représentatives des forains et commerçants. Par suite, la circonstance que ne leur aient pas été communiqués les compte-rendu de la commission élargie des marchés et les échanges avec les organisations professionnelles n'est pas constitutive d'une irrégularité, dès lors qu'il n'est pas établi qu'un conseiller municipal aurait en vain demandé ces documents avant ou pendant la séance. La première branche du moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'information des conseillers municipaux doit, par suite, être écartée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : / 1° De conserver et d'administrer les propriétés de la commune et de faire, en conséquence, tous actes conservatoires de ses droits ; / (). " Il résulte de ces dispositions que, s'il appartient au conseil municipal de délibérer sur les conditions générales d'administration et de gestion du domaine public communal, le maire est seul compétent pour délivrer les autorisations d'occupation du domaine public.

7. Pour demander l'annulation de la délibération du 16 décembre 2021, les requérants se prévalent de l'irrégularité de la composition de la " commission élargie des marchés ". Toutefois, dès lors, d'une part que cette commission n'a pas été consultée dans le cadre de la procédure d'adoption de la délibération en litige, d'autre part, qu'aucun texte législatif ou réglementaire n'imposait sa consultation, et enfin, qu'en tout état de cause, les requérants ne justifient pas de ce que le vice qui entacherait sa composition aurait eu une influence sur le sens de la délibération en litige, cette deuxième branche du vice de procédure tirée de l'irrégularité de ladite commission peut être écartée.

8. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la délibération du 16 décembre 2021 serait illégale dès lors que l'appel à candidatures lancé le 15 octobre 2021 serait, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales, d'une part, prématuré et, d'autre part, irrégulier faute d'avoir respecté les critères fixés par le réglementent intérieur des marchés en vigueur. Toutefois, ces deux moyens ayant trait à la procédure d'appel à candidatures pour l'attribution des emplacements qui relève de la seule compétence du maire, le conseil municipal n'ayant ni à autoriser ce dernier à lancer cette procédure, ni à en attendre les résultats, les requérants ne peuvent utilement s'en prévaloir. Ces deux moyens inopérants, doivent être écartés. Il en est de même du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2122-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques en ce que l'appel à candidatures du 15 octobre 2021 aurait méconnu le principe d'égalité entre les candidats.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. M. CF AE et autres doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeurbanne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Villeurbanne au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête de Mme Y, de M. Y et de M. BY.

Article 2 : La requête n° 2201262 est rejetée.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Villeurbanne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. CF AE, M. BQ BZ, Mme W B, M. P B, M. Q BX, M. S CA, M. CM AZ, M. BC Z, Mme CV, M. AY N, M. AG BL, M. BT BM, M. E BM, M. AQ AH, M. BS BA, M. AD N, M. E BK, M. BO CJ, M. CS, M. AM AP, M. U X, M. O CL, Mme C Y, M. BW V, M. F CK, M. AW AR, M. BJ A, Mme AS CP, M. T BH, M. AQ CT, M. AI CB, M. CR AB, Mme H AT, M. BJ X, Mme AC BR, M. BQ AK, M. D CQ, M. AU AO, M. AF BY, M. J CO, M. BV Y, M. BO BD, M. G CD, M. AG CC, M. AL AJ, M. CN BF, M. M CE, M. BI AA, Mme L CU, M. BP BU, M. K BN, M. BE AX, M. BO R, Mme BG CG, M. I CI, M. CH AV, Mme BB AN et à la commune de Villeurbanne.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise au disposition au greffe le 12 mai 2023.

La présidente-rapporteure

A. Baux L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

N. Pineau

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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