lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ZAIEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2022, M. B A, représenté par Me Zaiem, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle la préfète de la Loire a refusé d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal, d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse et de délivrer à celle-ci une carte de résident ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 794 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision du 23 août 2021 est entachée d'incompétence ;
- elle est dépourvue de motivation, ou à tout le moins entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée pour refuser le regroupement familial ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-2 à L. 434-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son épouse.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 22 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 10 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Maubon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 10 septembre 1991, sollicite l'annulation de la décision du 23 août 2021 par laquelle la préfète de la Loire a refusé d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse.
2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / () " L'article L. 434-6 du même code dispose : " Peut être exclu du regroupement familial : / () / 3° Un membre de la famille résidant en France. " Selon l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " Aux termes de l'article R. 434-6 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2. "
3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Le préfet dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée est fondée sur un motif unique, tiré de ce que la situation de M. A " n'est pas éligible au regroupement familial ", pour la raison suivante : " Votre épouse est déjà présente en France mais en situation irrégulière. "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France à l'âge de onze ans selon ses déclarations, est titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans, valable jusqu'en 2027. L'ensemble de sa famille proche réside régulièrement en France, sous couvert de cartes de séjour pluriannuelles ou de cartes de résidents. Il n'est pas contesté, la préfète de la Loire n'ayant pas produit en défense dans le cadre de la présente instance, qu'il est locataire d'un logement de type F3 et qu'il est employé de manière stable, depuis plus de trois années à la date de la décision attaquée, en qualité de maçon, emploi qui lui a procuré 16 056 euros de revenus annuels d'après l'avis d'imposition sur les revenus de 2020 produite. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il s'est marié le 2 août 2011 en Turquie avec une compatriote née en 1992. Le requérant expose que son épouse est présente en France depuis l'année 2013, après avoir dû fuir le domicile familial en 2011 et être hébergée deux ans chez sa sœur car ses parents n'auraient pas accepté leur mariage. Il produit des pièces, notamment médicales, qui attestent de la présence de celle-ci en France depuis le mois de janvier 2019 au moins. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son épouse était enceinte de plusieurs mois à la date de la décision de refus de regroupement familial, l'enfant étant née en France le 10 décembre 2021. Eu égard à la situation familiale de M. A et son épouse sur le territoire français, notamment l'ancienneté de leur présence et l'intégration professionnelle du requérant, celui-ci est fondé à soutenir, alors même que son épouse était présente irrégulièrement sur le territoire français et que la décision contestée ne constitue pas une mesure d'éloignement, qu'en rejetant la demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, la préfète de la Loire a, dans les circonstances de l'espèce, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
6. M. A est par suite fondé à solliciter l'annulation de la décision du 23 août 2021, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
7. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, implique que l'épouse de M. A soit admise au regroupement familial. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet de la Loire d'accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de l'épouse de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme à verser à Me Zaiem, avocat de M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète de la Loire du 23 août 2021 refusant à M. A le regroupement familial au profit de son épouse est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire d'accorder à M. A le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Michaël Zaiem et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
La rapporteure,
G. MaubonLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026