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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201416

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201416

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 février 2022 et 5 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Villand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2022 par laquelle la commune de Marols a rejeté sa demande tendant à la réalisation de travaux sur le chemin communal dit C et l'a informée de la réouverture du chemin de Pèrevent ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marols de reboucher les saignées pratiquées sur le chemin C, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date du jugement et de laisser en état les barrières édifiées aux extrémités du chemin de Pèrevent ;

3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la commune de Marols sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a fait réaliser des travaux sur le chemin C qui ont aggravé l'écoulement des eaux pluviales vers sa propriété ce qui a aggravé la servitude existante et tenant à la configuration des lieux ; ces travaux ont été réalisés en méconnaissance de l'article 640 du code civil ;

- la décision en litige repose sur des faits erronés, la commune ayant à tort considéré que c'est Mme A qui a rebouché les saignées pratiquées alors qu'elle a seulement bouché l'écoulement issu de la nouvelle saignée donnant directement sur son terrain ;

- la commune ne peut justifier son intervention par l'obligation qui lui incombe de préserver l'état du chemin communal dès lors que d'autres solutions étaient envisageables ;

- le maire de la commune est le principal bénéficiaire de ces travaux dès lors qu'il est propriétaire de la parcelle n° 408 et que les travaux ont pour unique but d'empêcher les eaux pluviales d'inonder sa propriété ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation ;

- la décision de la commune de rouvrir le chemin de Pèrevent à la circulation pour permettre à ses services d'entretenir ce chemin méconnaît l'obligation générale de sécurité qui pèse sur la commune dès lors que la suppression des chicanes permettra l'accès aux véhicules motorisés qui ne respecteront pas l'interdiction de sécurité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, la commune de Marols, représentée par le cabinet d'avocats Philippe Petit et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Frigière, représentant la commune de Marols.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est propriétaire d'une maison d'habitation, située au lieu-dit le Mont à Marols (Loire). Des travaux d'entretien et de conservation, consistant notamment en la réalisation de saignées, ont été réalisés par la commune sur le chemin rural longeant sa propriété, en septembre 2021. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision de la commune de Marols rejetant sa demande tendant à la réalisation de travaux de remise dans son état antérieur du chemin communal dit C et l'informant de la réouverture du chemin de Pèrevent.

2. Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". Aux termes de l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime du même code : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. ".

Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de remettre le chemin C dans son état antérieur :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 640 du code civil : " Les fonds inférieurs sont assujettis envers ceux qui sont plus élevés à recevoir les eaux qui en découlent naturellement sans que la main de l'homme y ait contribué. () / Le propriétaire supérieur ne peut rien faire qui aggrave la servitude du fonds inférieur. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Marols a fait procéder à compter de l'année 2006, à des travaux d'entretien du chemin rural C et consistant notamment en la réalisation de saignées dont la plus proche de sa propriété de Mme A a été creusée en septembre 2021. La commune pouvait, sur le fondement des dispositions citées au point 2, exécuter de tels travaux. Alors que Mme A n'établit pas, par les photos qu'elle produit, que ces travaux seraient à l'origine d'inondations de son terrain, et que la commune soutient que l'écoulement des eaux pluviales vers la propriété de la requérante résulte de la configuration des lieux, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de remettre ce chemin dans son état antérieur méconnaitrait les dispositions de l'article 640 du code civil.

5. En deuxième lieu, la circonstance que la commune ait, dans son courrier du 5 janvier 2022, demandé à Mme A de cesser de reboucher les saignées qui sont pratiquées, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige qui, en tout état de cause, n'est pas entachée d'erreur de fait.

6. En troisième lieu, la requérante n'établit pas que le maire de la commune est le principal bénéficiaire des travaux en litige qui auraient pour unique but d'empêcher les eaux pluviales d'inonder sa propriété.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte-tenu de ce qui précède, que le maire aurait porté sur la situation, une appréciation manifestement erronée.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rouvrir le chemin rural du Pèrevent pour permettre son entretien :

8. Mme A soutient que la réouverture du chemin du Pèrevent expose les randonneurs à un risque qui ne peut être justifié par des commodités d'entretien au motif que la suppression des chicanes mises en place en 2016 va indirectement rouvrir le chemin à la circulation de véhicules thermiques qui ne respectent pas l'interdiction de circuler. Toutefois, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et n'établit ainsi pas l'existence du risque pour la sécurité publique qu'elle allègue. Son moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de sécurité doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, dès lors, être rejetées ainsi que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marols, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Marols au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Marols présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Marols.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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