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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201545

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201545

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars 2022 et 7 juin 2023, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) public " La montagne " a refusé de lui verser les indemnités pour travail le dimanche et les jours fériés et la prime " grand âge " ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'EHPAD public " La montagne " de lui verser les sommes correspondant aux indemnités pour travail le dimanche et les jours fériés depuis le 1er octobre 2017 et depuis le 1er janvier 2020 pour la prime " grand âge ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD public " La montagne " le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le directeur de l'établissement a commis une erreur de droit en refusant de lui verser les indemnités pour travail le dimanche et les jours fériés et la prime " grand âge " ;

- la majorité des aides médico-psychologiques exercent le dimanche et les jours fériés ;

- elle a bénéficié des indemnités pour travail le dimanche et les jours fériés et de la prime " grand âge " à l'occasion d'une reprise de son activité en service en 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) public " La montagne ", représenté par Me Vray, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions relatives au versement de la prime " grand âge " sont irrecevables, faute de liaison préalable du litige ;

- les conclusions dirigées contre la décision du 22 décembre 2021 sont irrecevables, cette décision étant confirmative de la décision du 21 juillet 2021 ;

- subsidiairement, Mme B ne pouvait bénéficier de l'indemnité pour travail le dimanche et les jours fériés, dès lors qu'elle ne les percevait plus depuis le 1er janvier 2017, soit plusieurs mois avant sa décharge syndicale ;

- le versement à Mme B de cette indemnité est contraire au principe d'égalité de traitement.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 92-7 du 2 janvier 1992 instituant une indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés ;

- le décret n° 2017-1419 du 28 septembre 2017 relatif aux garanties accordées aux agents publics exerçant une activité syndicale ;

- le décret n° 2020-66 du 30 janvier 2020 portant création d'une prime " grand âge " pour certains personnels affectés dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- les observations de Mme B, requérante, et de Me Vray, représentant l'EHPAD public " La montagne ".

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, accompagnante éducative et sociale affectée à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes public " La montagne " (EHPAD), bénéficie depuis le 1er juillet 2017 d'une décharge syndicale à 100 %. Le 22 décembre 2021, Mme B a demandé au directeur de l'EHPAD de régulariser son traitement et de lui verser les indemnités pour travail le dimanche et les jours fériés auxquelles elle peut prétendre depuis qu'elle est en décharge syndicale à 100 %. Le directeur a rejeté sa demande par une décision du 22 décembre 2021. Mme B demande l'annulation de cette décision ainsi que de la décision du directeur de l'établissement rejetant sa demande tendant au bénéfice de la prime " grand âge ".

Sur la recevabilité des conclusions :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

3. Il résulte de l'instruction que Mme B a formé une réclamation portant sur la créance de rémunération au titre de la prime " grand âge " qu'elle estime détenir, par courrier du 31 mai 2023. Une décision de rejet étant née le 1er octobre 2023 du silence gardé par le directeur de l'établissement sur cette réclamation, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'indemnité pour travail le dimanche et les jours fériés :

4. Aux termes du I de l'article 23 bis de la loi du 13 juillet 1983 visée ci-dessus en vigueur à la date de la décision : " Sous réserve des nécessités du service, le fonctionnaire en position d'activité ou de détachement qui, pour l'exercice d'une activité syndicale, bénéficie d'une décharge d'activité de services () est réputé conserver sa position statutaire () ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 septembre 2017 visé ci-dessus : " L'agent bénéficiant d'une décharge totale () conserve le montant annuel des primes et indemnités attachées aux fonctions exercées dans son corps ou cadre d'emplois avant d'en être déchargé (). / Sont exclues du champ d'application du présent article les primes et indemnités : () / 3° Liées à des horaires de travail atypiques lorsqu'elles ne sont pas versées à la majorité des agents de la même spécialité ou, à défaut, du même corps ou cadre d'emplois () ".

5. Aux termes de l'article 2 du décret du 2 janvier 1992 visé ci-dessus : " Les fonctionnaires et agents des établissements mentionnés à l'article 2 du titre IV du statut général des fonctionnaires susvisés perçoivent, lorsqu'ils exercent leurs fonctions un dimanche ou un jour férié, une indemnité forfaitaire sur la base de huit heures de travail effectif, dont le montant est fixé par arrêté conjoint du ministre du budget et du ministre chargé de la santé ".

6. Il résulte des dispositions du décret du 28 septembre 2017 citées au point 5 que l'agent bénéficiant d'une décharge syndicale a droit au versement du montant des primes et indemnités liées à des horaires de travail atypiques et attachées à l'emploi qu'il occupait avant d'en être déchargé lorsque celles-ci sont versées à la majorité des agents du corps ou cadre d'emplois dont il relève. Il ressort des pièces du dossier, notamment des bulletins de paie que produit l'EHPAD en défense, que Mme B ne bénéficiait pas de l'indemnité en litige avant sa décharge d'activité, sans que la circonstance que sur la période de janvier à juin 2017 elle ait bénéficié d'un arrêt de maladie imputable au service n'ait d'incidence sur l'appréciation de sa situation indemnitaire. En outre, la circonstance qu'elle ait pu reprendre ponctuellement ses fonctions dans les services au cours de l'épidémie de Covid 19 est également sans incidence, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la décharge syndicale aurait pris fin au cours de cette période. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif du refus qui lui a été opposé est entaché d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 décembre 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne la prime " grand âge " :

8. Aux termes de l'article 2 du décret du 30 janvier 2020 susvisé : " La prime "grand âge" est versée aux agents titulaires ou stagiaires en activité relevant du corps des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière et du corps des accompagnants éducatifs et sociaux de la fonction publique hospitalière ainsi qu'aux agents contractuels exerçant des fonctions similaires à ces agents. / Les bénéficiaires de cette prime exercent dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, les unités de soins de longue durée, les services de soins médicaux et de réadaptation gériatrique, les services de médecine gériatrique, ou toute autre structure spécialisée dans la prise en charge des personnes âgées. Ils exercent de manière effective les fonctions correspondant à leur corps et à leur grade. ".

9. Il résulte des articles L. 113-1 et L. 712-1 du code général de la fonction publique que le fonctionnaire hospitalier qui bénéficie d'une décharge totale de service pour l'exercice d'un mandat syndical a droit, durant l'exercice de ce mandat, que lui soit maintenu le bénéfice de l'équivalent des montants et droits de l'ensemble des primes et indemnités légalement attachées à l'emploi qu'il occupait avant d'en être déchargé pour exercer son mandat, à l'exception des indemnités représentatives de frais et des indemnités destinées à compenser des charges et contraintes particulières, tenant notamment à l'horaire, à la durée du travail ou au lieu d'exercice des fonctions, auxquelles le fonctionnaire n'est plus exposé du fait de la décharge de service. Il y a lieu de tenir compte, pour l'application de ces principes, de l'institution ou de la suppression de primes survenues postérieurement à la date à compter de laquelle l'agent a bénéficié de la décharge. En particulier, le fonctionnaire bénéficiant d'une décharge totale de service a droit, dans les conditions rappelées ci-dessus, à l'attribution d'une somme correspondant à une prime instituée postérieurement à la date de cette décharge, dès lors qu'il aurait normalement pu prétendre à son bénéfice s'il avait continué à exercer effectivement son emploi.

10. Il résulte de l'instruction que Mme B exerce les fonctions d'accompagnante éducative et sociale dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, dont les agents listés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2020 susvisé peuvent prétendre au bénéfice de la prime " grand âge ". Dans ces conditions, le directeur de l'établissement ne pouvait légalement refuser à Mme B le bénéfice de cette prime au seul motif qu'elle bénéficiait d'une décharge syndicale à 100 % sans méconnaître les dispositions des articles cités aux points 8 et 9. Par suite, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite ayant rejeté sa réclamation.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant à Mme B le bénéfice de la prime " grand âge " doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au versement à Mme B du montant de la prime " grand âge " auquel elle a droit, à compter de l'entrée en vigueur du décret du 30 janvier 2020 susvisé, sur la base du montant moyen attribué aux agents occupant à temps plein un emploi comparable à celui qu'elle occupait avant le 1er juillet 2017. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au directeur de l'EHPAD public " La montagne " et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que Mme B présente au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite refusant à Mme B le bénéfice de la prime " grand âge " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'EHPAD public " La montagne " de verser à Mme B le montant correspondant à la prime " grand âge " qui lui est dû dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes public " La montagne ".

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

A-S. Soubié

La présidente,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

K. Azag

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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