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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201904

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201904

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS ARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, M. A E, représentée par Me Nunes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 10 juin 2014 le visant ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris d'abroger l'arrêté du 10 juin 2014 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il a été relaxé d'une partie des faits qui lui sont reprochés ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ; la mesure d'expulsion en cause apparaît disproportionnée ;

- la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par deux mémoires, enregistrés les 12 avril et 10 octobre 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Borges Pinto, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant algérien né le 12 juillet 1986, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion le 10 juin 2014. Par courrier du 22 juillet 2021, il a sollicité du préfet de police de Paris l'abrogation de l'arrêté précité. Par une décision du 9 février 2022, le préfet de police de Paris a rejeté cette demande, en en explicitant les motifs. M. E demande l'annulation de cette décision du 9 février 2022.

2. En premier lieu, la décision en litige est signée de M. C B, adjoint au chef du 8ème bureau de la direction générale de la préfecture de police, investi pour ce faire d'une délégation de signature par arrêté du préfet de police de Paris du 24 août 2021 régulièrement publié le lendemain. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'arrêté du 10 juin 2014, dont l'abrogation a été sollicité, et relève les éléments du parcours pénal du requérant ayant justifié, aux yeux de l'administration, le rejet de la demande du requérant. Le préfet de police a ainsi suffisamment motivé sa décision en droit et en fait. La seule circonstance que cette décision ne mentionne pas l'ensemble des éléments de la vie privée et familiale du requérant disponible à l'administration ne permet de caractériser ni une insuffisante motivation à cet égard ni un défaut d'examen de la situation du requérant au regard des critères mentionnés par l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un tel grief qui ne ressortant par ailleurs pas des autres pièces du dossier. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 632-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée. " Aux termes de l'article L. 632-6 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. () " Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public.

5. M. E a notamment été condamné les 13 mars 2008, 19 février 2009, 27 septembre 2012 et 22 novembre 2013 par le tribunal correctionnel de Paris à des peines d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence, violence avec arme, violence sur conjoint et récidive de vol avec violence. Par un arrêté du 10 juin 2014, le préfet de police de Paris, constant la menace grave pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé sur le territoire national, a ordonné son expulsion du territoire français. Pour rejeter la demande d'abrogation de son arrêté du 10 juin 2014, la même autorité a, dans sa décision du 9 février 2022, relevé que M. E avait, postérieurement à l'édiction de cet arrêté, fait l'objet de trois condamnations, les 29 septembre 2014 et 11 janvier 2016, pour un quantum total de treize mois de prison. Il a également retenu la circonstance tenant à ce que l'intéressé avait été mis en cause pour des faits de violences sur conjoint et mineur par un ascendant les 28 septembre 2018 et 18 juillet 2019. M. E fait valoir qu'une partie de ces mises en cause, spécifiquement celles commises le 18 juillet 2019, ont fait l'objet d'un jugement de relaxe du tribunal correctionnel de Lyon du 18 juin 2021. Si cette autorité ne pouvait dès lors se fonder sur une telle mise en cause, ce qui ne saurait constituer une erreur de fait compte tenu de la qualification retenue, il résulte de l'instruction que, ainsi que le soutient le préfet en défense, il aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les condamnations mentionnées, toutes postérieures à l'édiction de l'arrêté du 10 juin 2014 et non sérieusement contestées, lesquelles recouvrent notamment des faits de vol, vol en réunion, port prohibé d'arme et vol par ruse en récidive de tentative. De tels éléments, par leur gravité et leur répétition, en dépit de leur caractère relativement ancien, sont de nature à caractériser la permanence, à la date de la décision attaquée, d'une menace grave pour l'ordre public. C'est ainsi sans méconnaissance des dispositions précitées ni erreur de fait que le préfet de police de Paris a pu édicter la décision en litige.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. E est père de six enfants français résidant sur le territoire national, les éléments versés, correspondant à une attestation de suivi émanant d'une orthophoniste et d'une lettre de sa compagne dépourvue de spécificité, sont démentis par les éléments déclarés le 11 janvier 2022 s'agissant de sa résidence et qui sont corroborés par ses déclarations postérieures indiquant, à l'occasion de son interpellation le 15 septembre 2022 pour des faits de violence avec armes ayant donné lieu à une condamnation de 18 mois d'emprisonnement, que M. E était séparé de sa compagne et n'avait aucune charge de famille. Dans ces conditions, la décision attaquée ne saurait être regardée comme méconnaissant les dispositions et stipulations précitées.

8. En dernier lieu, M. E fait valoir, outre les éléments analysés au point 5 du présent jugement, qu'il est entré en France le 8 décembre 2006 et justifie d'une intégration par le travail. Toutefois, compte tenu du caractère précaire de son activité professionnelle, en intérim, et des conditions de son séjour sur le territoire national, caractérisées par la menace grave pour l'ordre public que présente sa présence en France, l'arrêté dont l'abrogation est demandée ne saurait être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit du requérant à une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté. Apparaît à cet égard sans incidence la circonstance tenant à ce que l'éloignement de M. E serait dépourvu de perspective raisonnable ainsi qu'en attesterait l'assignation à résidence dont il fait l'objet.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction les assortissant et celles relatives au frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Nunes et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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