mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GERBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 11 mars 2022 et 20 décembre 2023 et 22 février 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le GAEC Le Piqueberle, représenté par Me Gerbaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le maire de Sanilhac a délivré à la M. A B un permis de construire pour la réalisation d'une maison sur un terrain situé chemin de Pezenas ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sanilhac la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le GAEC requérant soutient que :
- il justifie d'un intérêt pour agir ;
- l'arrêté attaqué est illégal, par la voie de l'exception, dès lors que la délibération du 23 mai 2006 approuvant la carte communale est illégale en tant qu'elle classe le terrain d'assiette du projet en zone C (constructible) ; ce classement n'est pas compatible avec l'objectif de préservation des espaces affectés aux activités agricoles fixé par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ; le projet méconnaît les dispositions du règlement national d'urbanisme prévues par les articles R. 111-5 et R. 111-14 du code de l'urbanisme applicables en raison de l'illégalité du classement du terrain d'assiette opéré par la carte communale de Sanilhac ;
- le projet méconnaît l'alinéa 2 de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article L. 145-3 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires, enregistrés les 24 novembre 2023, 10 et 25 janvier 2024, M. C B et la commune de Sanilhac, représentés par Me Mamalet, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros, à verser à chacun des défendeurs, soit mise à la charge du GAEC Le Piqueberle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est irrecevable, le GAEC requérant ne justifiant pas d'un intérêt pour agir ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 8 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024 à 16 h 30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Lavisse, substituant Me Gerbaud, représentant le GAEC Le Piqueberle, requérant,
- et celles de Me Delhomme, substituant Me Mamalet, représentant M. A B et la commune de Sanilhac.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 janvier 2022, le maire de Sanilhac a délivré à M. A B, bénéficiaire depuis le 14 juin 2021 d'un certificat d'urbanisme opérationnel positif, un permis de construire pour la réalisation d'une maison sur un terrain situé chemin de Pezenas. Le GAEC Le Piqueberle demande l'annulation de ce permis de construire.
Sur la fin de non-recevoir :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 600-1-3 du code de l'urbanisme : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. " Aux termes de l'article R. 600-4 du même code : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant. / () ".
3. Par l'extrait du casier viticole informatisé du 22 janvier 2021 et le relevé d'exploitation établi le 18 octobre 2021 par la Mutualité sociale agricole, le GAEC requérant établit qu'il exploitait, à la date d'affichage de la demande de permis de construire en cause, déposée au cours du mois de décembre 2021, des parcelles contiguës au terrain d'assiette du projet. Il justifie ainsi de sa qualité d'exploitant de terrains agricoles immédiatement voisins du terrain d'assiette du projet.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. /() ".
5. Il résulte de cette disposition qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
6. Il ressort des pièces du dossier que la maison d'habitation projetée sera implantée sur une parcelle d'une superficie de 2 764 m² se situant entre des parcelles cultivées par le GAEC Le Piqueberle. En se prévalant d'un impact du projet sur les conditions d'occupation des terres qu'il exploite en viticulture en raison des distances de sécurité à respecter entre les zones traitées et les bâtiments habités lors de l'utilisation de produits phytopharmaceutiques, le GAEC fait état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction suffisants pour que lui soit reconnu un intérêt pour agir contre le permis de construire qu'il attaque. Dans ces conditions, et dès lors que le requérant n'a pas à apporter la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt à agir du GAEC Le Piqueberle doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. ". En vertu de l'article L. 122-7 de ce code : " I.- Les dispositions de l'article L. 122-5 ne s'appliquent pas lorsque le schéma de cohérence territoriale ou le plan local d'urbanisme comporte une étude justifiant, en fonction des spécificités locales, qu'une urbanisation qui n'est pas située en continuité de l'urbanisation existante est compatible avec le respect des objectifs de protection des terres agricoles, pastorales et forestières et avec la préservation des paysages et milieux caractéristiques du patrimoine naturel prévus aux articles L. 122-9 et L. 122-10 ainsi qu'avec la protection contre les risques naturels. L'étude est soumise à l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Le plan local d'urbanisme ou la carte communale délimite alors les zones à urbaniser dans le respect des conclusions de cette étude. / En l'absence d'une telle étude, le plan local d'urbanisme ou la carte communale peut délimiter des hameaux et des groupes d'habitations nouveaux intégrés à l'environnement ou, à titre exceptionnel après accord de la chambre d'agriculture et de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, des zones d'urbanisation future de taille et de capacité d'accueil limitées, si le respect des dispositions prévues aux articles L. 122-9 et L. 122-10 ou la protection contre les risques naturels imposent une urbanisation qui n'est pas située en continuité de l'urbanisation existante. ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les auteurs de la carte communale de Sanilhac ont identifié le secteur du Valadou, au sein duquel se situe le terrain d'assiette du projet, comme une zone placée en contre-bas du village qui offre des terrains peu pentus mais visibles de l'autre côté de la plaine agricole, où l'accueil de nouvelles constructions devra être accompagné d'efforts paysagers et architecturaux. Si le rapport de présentation de la carte communale précise que l'analyse conduite met en évidence la concentration des demandes de permis de construire sur des secteurs tels que, notamment, le Valadou, les éléments versés au débat apportent seulement une justification du classement de ce secteur en zone constructible, sans pour autant révéler que les auteurs du document d'urbanisme auraient délimité un hameau ou groupe d'habitations nouveau intégré à l'environnement englobant le terrain d'assiette du projet et permettant de déroger au principe d'urbanisation en continuité de l'existant. Dans ces conditions, l'urbanisation dans le secteur d'implantation du projet doit se faire en continuité des bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants.
9. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme anciennement codifiées aux III de l'article L. 145-3 du code de l'urbanisme, éclairées par les travaux préparatoires de la loi n° 2003-590 du 2 juillet 2003 qui les a modifiées, que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les "groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants" et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble.
10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige est éloigné du bourg et se situe dans un environnement marqué par le mitage, comptant quelques constructions éparses dans un ensemble essentiellement composé de terrains cultivés, en pâturage, boisés ou à l'état naturel. Le terrain d'assiette est ainsi bordé au nord, à l'est et au sud par des espaces non bâtis, les constructions existantes étant distantes de plusieurs centaines de mètres. S'il se situe à proximité immédiate de trois villas se dressant à l'ouest, de l'autre côté d'une voie publique, ces constructions ne présentent pas les caractéristiques d'un hameau. En outre, bien que celles-ci soient desservies par la même voie, laquelle dessert d'ailleurs également le terrain d'assiette du projet, elles ne présentent, que l'appréciation porte sur l'ensemble ou sur un périmètre plus restreint excluant le pavillon le plus éloigné situé au sud ouest, aucune unité ou cohérence d'ensemble au regard de leurs caractéristiques ou de leur implantation les unes par rapport aux autres et ne peuvent ainsi être qualifiées de groupe d'habitations au sens de l'article L. 122-5 précité. Dans ces conditions, le projet, qui ne se situe pas en continuité avec un bourg, village, hameau ou groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le GAEC Le Piqueberle est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le maire de Sanilhac a délivré à la M. A B un permis de construire.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sanilhac la somme de 1 400 euros à payer au GAEC le Piqueberle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que le GAEC Le Piqueberle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse à cette commune et à M. A B la somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le maire de Sanilhac a délivré à la M. A B un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle est annulé.
Article 2 : La commune de Sanilhac versera la somme de 1 400 euros au GAEC Le Piqueberle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Sanilhac et M. A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au GAEC Le Piqueberle, à la commune de Sanilhac et à M. A B.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026