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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202019

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202019

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL JEAN-PIERRE & WALGENWITZ AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 16 mars et 4 avril 2022 ainsi que le 2 février 2023, Mme B A, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- d'annuler les décisions du 15 septembre 2021 et du 31 mars 2022 par lesquelles le directeur général des Hospices civils de Lyon a prononcé sa suspension de fonctions, ensemble la décision implicite de refus née le 19 janvier 2022 du silence conservé sur son recours gracieux ;

- d'enjoindre au directeur général des Hospices civils de Lyon de régulariser sa situation administrative et financière à compter du 15 septembre 2021 dans le délai d'un mois ;

- de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions en litige ;

- la décision du 31 mars 2022 est illégale en ce qu'elle porte retrait de la décision du 15 septembre 2021, que le tribunal considèrerait comme légale, après expiration du délai de 4 mois mentionné à l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- sa suspension de fonctions est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien et d'une procédure destinée à examiner sa situation, révélant l'erreur de droit commise par l'autorité administrative ;

- la circonstance qu'elle était en congés jusqu'au 27 septembre 2021 faisait obstacle à sa suspension de fonctions ;

- l'obligation vaccinale qui lui est opposée porte une atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution ;

- sa suspension est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention d'Oviedo, des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 8 de la convention n° 95 de l'Organisation internationale du travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, les Hospices civils de Lyon, représentés par la Selarl Jean-Pierre et Walgenwitz Avocats associés, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule et son article 61-1 ;

- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention n° 95 de l'organisation internationale du travail sur la protection du salaire ;

- la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille,

- les conclusions de Mme Reniez,

- et les observations de Me Terrasson pour Mme A, ainsi que celles de Me Allala pour les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Conductrice ambulancière employée par les Hospices civils de Lyon (HCL), Mme A demande l'annulation des décisions successives du 15 septembre 2021 et du 31 mars 2022 par lesquelles le directeur général des HCL a prononcé sa suspension de fonctions au motif qu'elle ne justifiait pas de la régularité de sa situation au regard de son obligation de vaccination contre la covid-19 résultant de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 visée ci-dessus : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / (). / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12 () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication (). / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics (). / V.- Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 (). / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I () ".

En ce qui concerne l'objet de la requête :

3. Par sa décision du 15 septembre 2021, le directeur général des HCL a prononcé la suspension de fonctions de Mme A à compter du même jour. Alors qu'il est constant que Mme A était en congés pour la période courant du 15 au 27 septembre 2021 et contrairement à ce qu'exposent les HCL, la décision du 31 mars 2022, que la requérante n'est pas recevable à critiquer sur ce point dès lors que ce retrait fait droit à une demande qu'elle avait elle-même formée, est venue explicitement annuler en cours d'instance la décision du 15 septembre précédent pour la remplacer par une nouvelle décision fixant une autre date d'effet à la suspension de fonctions de Mme A. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 31 mars 2022 :

4. Les HCL ayant produit la décision de leur directeur général du 22 juin 2021 portant délégation de signature à l'auteur de la décision en litige, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas justifié de la compétence de ce dernier doit être écarté.

5. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la légalité de la mesure de suspension prévue par l'article 14 de la loi du 5 août 2021, qui définit les conditions particulières d'édiction d'un tel acte, serait subordonnée au respect d'une procédure contradictoire, notamment à la tenue préalable d'un entretien, et il est constant que la requérante a été destinataire aux mois d'août et septembre 2021 de différents courriers d'information et en particulier d'une mise en demeure du 6 septembre 2021 relative à sa situation personnelle à l'égard de son obligation vaccinale et aux conséquences susceptibles d'en être tirées. Dans ces conditions, le moyen tiré en ses diverses branches de l'absence d'examen de la situation particulière de la requérante et les moyens tirés du défaut de la procédure contradictoire et de l'information prévues par les dispositions des articles 1er et 14 de la loi du 5 août 2021 ou par les stipulations de l'article 8 de la convention n° 95 de l'Organisation internationale du travail relative à la protection du salaire doivent, en tout état de cause, être écartés.

6. Si Mme A soutient que l'obligation de vaccination qui lui est opposée méconnaît à divers égards les droits et libertés garantis par la Constitution, ce grief n'a en tout état de cause pas été présenté selon les modalités prévues aux articles R. 771-3 et suivants du code de justice administrative et le moyen tiré de l'inconstitutionnalité de la loi du 5 août 2021 doit dès lors être écarté comme irrecevable.

7. En définissant le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 pour y inclure les personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé, le législateur a notamment entendu protéger les personnes vulnérables accueillies par ces établissements. Alors que la requérante ne conteste pas sérieusement le large consensus scientifique selon lequel le vaccin contre la covid-19 prémunit contre les formes graves de la maladie et présente des effets indésirables limités, ni, par suite, le caractère suffisamment favorable du rapport entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu pour les personnes vaccinées et la collectivité, l'obligation vaccinale opposée à la requérante ne saurait être regardée comme disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi. En outre, la législation en débat prévoit l'information préalable des intéressés et la circonstance que ceux-ci sont susceptibles de faire l'objet d'une suspension de fonctions et de perdre la rémunération correspondante ne suffit pas pour considérer que la vaccination en litige leur serait imposée sans recueil préalable de leur consentement libre et éclairé. Dans ces conditions, Mme A, qui n'a d'ailleurs pas été vaccinée contre son gré, n'est pas fondée à soutenir que, portant selon elle atteinte au droit au respect de la vie privée et à l'intégrité physique ainsi qu'au principe de non-discrimination, l'obligation vaccinale qui lui est opposée méconnaît les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que, s'agissant en particulier du recueil du consentement des intéressés, la suspension de fonctions prévue par la loi méconnait les stipulations de la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine signée à Oviedo le 4 avril 1997, en particulier de son article 5.

8. Si la requérante fait valoir que sa suspension de fonctions ne pouvait intervenir pendant sa période de congés sans méconnaître les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, il est toutefois constant que, comme il a été dit au point 3, la décision en litige n'a pris effet qu'à compter de la fin des congés de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En prononçant la suspension de fonctions de l'agent qu'elle emploie, l'autorité administrative se borne à faire le constat du défaut de justification en temps utile par l'intéressé de la régularité de sa situation au regard de son obligation de vaccination et à mettre en conséquence en œuvre les dispositions spécifiques des articles 12 à 14 de la loi du 5 août 2021 en prenant une mesure dont la nature et les effets sont déterminés par la loi. Dans ces conditions et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision qui lui est opposée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 31 mars 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre la décision du directeur général des HCL du 31 mars 2022, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions des HCL présentées au titre des frais d'instance et dirigées contre Mme A, qui ne peut en l'espèce être regardée comme partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce et en application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge des HCL le versement à Mme A de la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre la décision du directeur général des HCL du 15 septembre 2021 et contre la décision portant rejet du recours gracieux formé à son encontre.

Article 2 : Les Hospices civils de Lyon verseront à Mme A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A et les conclusions des Hospices civils de Lyon présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

F.-X. Richard-Rendolet

Le président, rapporteur

A. GilleLe greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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