mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars 2022 et 11 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Verne, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 juillet 2021 lui demandant le remboursement d'un trop-versé d'un montant de 10 987,99 euros ainsi que la décision implicite, née le 27 janvier 2022, par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 31 juillet 2021 est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- au titre de la période considérée, il assumait, conjointement avec son épouse, dont il était séparé, la charge effective et permanente de leurs enfants, qui résidaient tantôt chez l'un tantôt chez l'autre ; ainsi, en l'absence d'accord avec son épouse sur la désignation du bénéficiaire unique, il était en droit de percevoir la moitié du supplément familial de traitement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 septembre 2022 et 30 janvier 2023, le ministre des armées conclut à ce que le trop-versé réclamé à M. A soit ramené à la somme de 10 780,94 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 juillet 2021, à laquelle s'est substituée, le 27 janvier 2022, la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire exercé à son encontre, sont irrecevables ;
- la décision du ministre des armées du 26 avril 2022 s'est substituée à la décision implicite de rejet née le 27 janvier 2022 ;
- les moyens tirés du vice d'incompétence et de l'insuffisance de motivation entachant la décision du 31 juillet 2021 sont inopérants ;
- faute pour M. A d'établir qu'il assumait la charge effective et permanente de ses enfants au titre de la période considérée, c'est à juste titre que le bénéfice du supplément familial de traitement a été remis en cause ;
- en revanche, le trop-versé au titre des compléments de la majoration familiale et de leur indexation doit être ramené à la somme totale de 6 472,46 euros.
Par ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023.
Par une lettre du 4 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions du ministre des armées tendant à la réduction du trop-versé réclamé à M. A au titre de la période du 1er avril 2020 au 30 juin 2021 du fait de l'imputation de sommes que l'intéressé aurait dû percevoir pour la période, antérieure, du 6 au 18 août 2019, qu'il a lui-même le pouvoir de prononcer (CE, 3 mai 1913, Préfet de l'Eure).
Par un mémoire enregistré le 9 octobre 2023, le ministre des armées a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 modifié relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissions publics d'hospitalisation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, conseillère,
- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Auger, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 31 juillet 2021, M. B A, alors adjudant affecté au centre interarmées des actions sur l'environnement à Lyon, s'est vu notifier un trop-versé de solde d'un montant total de 10 987,99 euros pour la période du 1er avril 2020 au 30 juin 2021. Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur le recours administratif préalable obligatoire formé, le 27 septembre 2021, devant la commission de recours des militaires a fait naître une décision implicite de rejet le 27 janvier 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision initiale du 31 juillet 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 987,99 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 4125-1 du code de la défense : " Les recours contentieux formés par les militaires mentionnés à l'article L. 4111-2 à l'encontre d'actes relatifs à leur situation personnelle sont précédés d'un recours administratif préalable () ". Aux termes de l'article R. 4125-10 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par tout moyen conférant date certaine de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. / L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission. ".
3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
4. Par une décision du 26 avril 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le ministre des armées a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A contre le trop-versé d'un montant de 10 987,99 euros notifié par une décision du 31 juillet 2021. Cette décision s'est substituée à la décision implicite de rejet née initialement sur ce recours, laquelle s'était elle-même substituée à la décision initiale du 31 juillet 2021. Il suit de là, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 juillet 2021 sont irrecevables, ainsi que le fait valoir le ministre des armées en défense, et, d'autre part, que M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision expresse du ministre des armées du 26 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
5. En premier lieu, si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il ne peut être utilement invoqué contre cette nouvelle décision des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle. Par suite, les moyens tirés du vice d'incompétence et de l'insuffissance de motivation de la décision du 31 juillet 2021 présentés par M. A doivent être écartés comme inopérants.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 4123-1 du code de la défense : " Les militaires ont droit à une rémunération comportant notamment la solde dont le montant est fixé en fonction soit du grade, de l'échelon et de la qualification ou des titres détenus, soit de l'emploi auquel ils ont été nommés. Il peut y être ajouté des prestations en nature. / () A la solde des militaires s'ajoutent l'indemnité de résidence et, le cas échéant, les suppléments pour charges de famille. () ". Aux termes de l'article 10 du décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 visé ci-dessus : " Le droit au supplément familial de traitement, au titre des enfants dont ils assument la charge effective et permanente à raison d'un seul droit par enfant, est ouvert aux magistrats, aux fonctionnaires civils, aux militaires à solde mensuelle ainsi qu'aux agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dont la rémunération est fixée par référence aux traitements des fonctionnaires ou évolue en fonction des variations de ces traitements, à l'exclusion des agents rétribués sur un taux horaire ou à la vacation .La notion d'enfant à charge à retenir pour déterminer l'ouverture du droit est celle fixée par le titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes de l'article L. 513-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales sont, sous réserve des règles particulières à chaque prestation, dues à la personne physique qui assume la charge effective et permanente de l'enfant. ". La notion de " charge effective de l'enfant " au sens de cet article s'entend de la direction tant matérielle que morale de l'enfant.
7. Il résulte de l'instruction que M. A et son épouse se sont séparés le 19 août 2019, date à laquelle cette dernière, accompagnée de leurs trois enfants, a quitté La Réunion, où la famille s'était installée le 6 août 2017 dans le cadre de l'affectation du requérant au sein du commandement supérieur des forces armées de la zone sud de l'océan indien, tandis que M. A y est, lui, demeuré. Si, à compter du 7 août 2020, l'intéressé a été muté, avec changement de résidence, au centre interarmées des actions sur l'environnement à Lyon, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles ses trois enfants auraient, à compter de cette date, résidé aussi bien auprès de lui qu'auprès de leur mère, alors que le ministre des armées produit, en défense, le courrier adressé par cette dernière au directeur de centre expert des ressources humaines et de la solde de Nancy le 22 avril 2021 indiquant qu'elle assume seule la charge de leurs trois enfants depuis le 19 août 2019 et sollicitant, à ce titre, le reversement du supplément familial de solde. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait assumé la charge effective et permanente de ses enfants au titre de la période du 1er août 2020 au 31 mai 2021. Par suite, le requérant n'est pas fondé que c'est à tort que le supplément familial de solde dont il a bénéficié au titre de cette période a été remis en cause.
8. Il résulte de tout ce que précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre des armées du 26 avril 2022 et de décharge de l'obligation de payer la somme de 10 987,99 euros présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de réduction présentées par le ministre des armées :
9. Dans ses mémoires en défense des 26 septembre 2022 et 30 janvier 2023, le ministre des armées expose qu'au titre de la période du 6 au 18 août 2019, M. A aurait dû bénéficier des compléments de la majoration familiale conjoint et enfants ainsi que de leur indexation et demande, en conséquence, que le trop-versé réclamé à M. A pour la période, postérieure, du 1er avril 2020 au 30 juin 2021 soit ramené à la somme de 10 780,94 euros. Toutefois, le ministre des armées, qui a le pouvoir de procéder lui-même à la réduction de la dette de M. A, n'est pas recevable à demander au juge administratif de prononcer une telle réduction. Les conclusions présentées par le ministre des armées à cette fin doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A d'une somme au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions à fin de réduction présentées par le ministre des armées sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Rizzato, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. ClémentLa greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026