vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202220 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, M. B D, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône ne justifie pas de ce qu'un rapport médical préalable ait été transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avant que celui-ci ne rende son avis, ni que cet avis ait été effectivement rendu par un collège de médecins au sein duquel ne siégeait pas le médecin ayant rédigé le rapport ni de ce que les médecins siégeant au sein dudit collège aient été habilités à cette fin ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans la mise en œuvre par le préfet de son pouvoir général de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
3°) s'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
- elles sont illégales, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
4°) s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et " privant le requérant de tout délai de départ volontaire " ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'existence de circonstances humanitaires.
Par une ordonnance du 24 mars 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de délivrance des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Guillaume, représentant Me Sabatier, et représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien, né le 22 juillet 1956, est entré en France le 3 mai 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valide jusqu'au 29 octobre 2017. Le 18 juillet 2017, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en raison de son état de santé. Par un arrêté du 23 juillet 2019, dont la légalité sera confirmée par le tribunal, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 22 janvier 2021, M. D a, de nouveau, sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 28 février 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
2. Les décisions attaquées, en date du 28 février 2022, ont été signées par Mme A E, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône, en date du 26 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 27 janvier 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :
3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ()". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens en application de ces stipulations, le préfet délivre le titre de séjour dispose : " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". En vertu de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Enfin, l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé prévoit : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences./ Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance du certificat de résidence sollicité le préfet du Rhône s'est prononcé après consultation du collège de médecins de l'OFII, dont l'avis rendu le 28 juin 2021 est produit en défense. Ce collège était composé de trois médecins, régulièrement désignés par la décision du 7 juin 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, décision accessible au juge comme aux parties sur le site internet de l'OFII. L'avis précité a été rendu au vu d'un rapport médical établi le 10 juin 2021 par un médecin, également habilité. Enfin, il ressort du bordereau de transmission de l'OFII que ce rapport a été transmis le 11 juin 2021 au collège de médecins au sein duquel le médecin rapporteur n'a pas siégé. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
5. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. D, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis précité du collège de médecins de l'OFII estimant que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et au système de santé du pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le requérant entend contester cette analyse en faisant état de ce que souffrant de diabète, il est suivi en endocrinologie depuis 2017 et que le traitement dont il bénéficie en France lui a permis de stabiliser son état. Il verse au débat des ordonnances, un certificat médical établi par un médecin généraliste le 1er juillet 2021 qui fait état de son traitement ainsi que de ses antécédents médicaux, mentionnant notamment que l'intéressé a été amputé du gros orteil droit en 2017, un second certificat établi par ce même médecin le 14 mars 2022 qui indique que la prise en charge régulière et constante du traitement médicamenteux composé de plusieurs molécules est " indispensable à l'équilibre du diabète. Il y a des problèmes d'approvisionnement pour ces médicaments en Algérie ". Toutefois, ces documents ne permettent pas de démontrer que les médicaments prescrits en France à M. D ne seraient pas commercialisés en Algérie ni qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi approprié à son état de santé. Ainsi, par les seuls éléments qu'il produit, le requérant ne parvient pas à remettre utilement en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précitées ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
8. M. D soutient, d'une part, qu'il est arrivé en France il y a plus de quatre ans afin de soigner son diabète, qu'il y a été opéré en urgence, que les soins dont il a bénéficié sur le territoire national ont permis de stabiliser son état alors qu'il est également suivi par un néphrologue pour des problèmes au rein gauche. Il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 6 que le requérant n'établit pas, par les documents médicaux qu'il verse au débat, qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement et d'un suivi appropriés en Algérie. D'autre part, M. D fait état de ses liens familiaux sur le territoire français où il est hébergé et pris en charge financièrement par sa fille et son gendre. Il ressort cependant des pièces du dossier que le requérant n'est pas démuni d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de soixante-et-un ans et où résident son épouse, cinq de ses enfants et ses deux sœurs et où il dispose nécessairement de ses attaches sociales et culturelles. Enfin, la décision contestée ne prive pas le requérant de la possibilité de maintenir des liens avec les membres de sa famille présents en France, tels que ceux préexistant à son arrivée, notamment par l'obtention de visas de court séjour. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisé doit, dès lors, être écarté.
9. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle et familiale de M. D doit être écarté par les mêmes motifs.
10. En dernier lieu, la situation personnelle, familiale et médicale de M. D, telle qu'elle a été exposée aux points 6 et 8, ne permet pas de caractériser des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels permettant de considérer qu'au regard de sa vie privée et familiale comme au regard de son activité professionnelle, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à sa régularisation à titre exceptionnel.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
12. En deuxième lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 et dès lors que le requérant ne développe aucun argument que ceux précédemment invoqués, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre la mesure d'éloignement, être écarté par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 8 s'agissant de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
14. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :
15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire à quatre-vingt-dix jours, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois doit être écarté.
16. En deuxième lieu, en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.
17. En troisième lieu, si M. D soutient que le préfet du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation en fondant la décision en litige sur les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes mêmes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français que le préfet du Rhône s'est fondé sur l'ensemble des dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 de ce code.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
19. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. D et en fixer la durée à douze mois, le préfet du Rhône a examiné la situation du requérant à l'aune des critères prévus par les dispositions précitées en relevant que l'intéressé avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 23 juillet 2019 et qu'il ne justifiait pas d'une vie privée stable et intense en France alors qu'il n'est pas démuni d'attaches en Algérie. Si l'intéressé fait état de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet ne s'est toutefois pas fondé sur ce motif qu'il a toutefois examiné. En outre, si M. D se prévaut de durée de sa présence en France depuis plus de quatre ans et de ses liens familiaux, il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu en Algérie l'essentiel de son existence et qu'il y dispose également d'attaches familiales. Par suite, en prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée de douze mois ne présentant pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné dès lors que la durée maximale d'une telle interdiction pouvait être de deux ans.
20. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au motif qu'il pourrait être amené à venir consulter en France de manière épisodique des médecins qui le suivent depuis plusieurs années ou à revenir sur le territoire national " en cas d'urgence médicale absolue ", il ne produit aucun élément permettant d'en justifier. En outre, et en tout état de cause, il est loisible au requérant, une fois qu'il aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de la décision attaquée puis de revenir régulièrement en France afin, le cas échéant, de consulter un médecin. Le moyen doit, par suite, être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
C. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026