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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202227

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202227

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET DAUMIN COIRATON DEMERCIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mars et 24 juin 2022, les Hospices civils de Lyon (HCL), représentés par Me Coiraton-Demercière, demandent au juge des référés :

1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la société Zurich INSURANCE à leur verser la somme de 997 524,96 euros TTC à titre provisionnel, correspondant au montant des travaux et études nécessaires pour mettre fin aux désordres affectant l'hélistation, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, et majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal ;

2°) de mettre à la charge de la société Zurich INSURANCE une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont fait construire un nouveau bâtiment H au groupement hospitalier Edouard Herriot ; dans le cadre de cette opération une nouvelle hélistation a été réalisée et venait en remplacement de l'hélistation du bâtiment I vieillissante ;

- pour cette opération, ils ont souscrit par l'intermédiaire de la société Marsch, courtier, une police d'assurance dommages-ouvrage auprès de la compagnie Zurich INSURANCE ;

- la réception des travaux est intervenue le 13 février 2018 ;

- il est rapidement apparu, après une brève période d'utilisation de l'hélistation du pavillon H mise en service en septembre 2018, de fortes odeurs de kérosène dans les services et les blocs opératoires ;

- les Hospices Civils de Lyon ont dû arrêter l'utilisation de cette hélistation et ont remis en fonction l'ancienne hélistation du bâtiment I, bien qu'elle présentât des écarts par rapport aux normes ;

- ils ont effectué une déclaration de sinistre auprès de leur assureur dommages-ouvrage le 10 décembre 2019 par l'intermédiaire de leur courtier, la société Marsch ;

- la compagnie Zurich INSURANCE a d'abord refusé le 30 janvier 2020 de mobiliser sa garantie, estimant que le désordre affectant l'hélistation ne rendait pas l'ouvrage impropre à sa destination, puis, à la suite d'une réclamation des HCL, le 27 mars 2020, l'assureur a accordé sa garantie par courrier du 17 juin 2020 ;

- toutefois, depuis, les Hospices Civils de Lyon n'ont obtenu aucune réponse de la part de leur assureur dommages-ouvrage, ni sur la détermination d'une solution réparatoire, ni sur le montant d'une indemnisation pour réaliser des travaux permettant de mettre fin aux désordres ;

- le 9 mars 2021, les Hospices Civils de Lyon mettaient en demeure leur assureur d'avoir à leur proposer sans délai une solution réparatoire ainsi qu'un financement afférent permettant de réaliser les travaux de nature à mettre fin aux désordres affectant l'hélistation du bâtiment H ;

- en outre les HCL soumettaient la solution réparatoire étudiée en interne et déjà évoquée lors des réunions en présence de l'expert dommages-ouvrage pour accord ;

- le 6 juillet 2021, les HCL ont envoyé une mise en demeure à l'assureur, qui, contractuellement, doit proposer une solution réparatoire et une indemnisation dans le délai de 90 jours à compter de l'acceptation de la mise en jeu de ses garanties ; ils lui demandaient le versement d'une somme de 997 524,96 euros correspondant au coût de la solution réparatoire étudiée en interne ; cette solution a reçu l'accord de l'architecte des bâtiments de France ;

- par correspondance en date du 6 septembre 2021, la société ACS Solution, mandatée par la compagnie Zurich INSURANCE, indiquait que la solution par déflecteurs, envisagée par les Hospices Civils de Lyon, n'avait pas été validée par leur expert et que leur compagnie privilégiait une solution par captation d'odeurs sans pour autant proposer la solution à mettre en œuvre ni l'indemnisation afférente ;

- en l'absence de réponse de l'assureur, les HCL ont donné l'ordre de service de commencer les travaux le 1er juillet 2021 ;

- les HCL détiennent à l'encontre de l'assureur une créance non sérieusement contestable, en application de l'article L. 242-1 du code des assurances ;

- ils se prévalent aussi de l'article 21.4 du contrat qu'ils ont souscrit ;

- en application des dispositions contractuelles et notamment de l'article 21.4 du contrat, l'indemnité versée par l'assureur doit être, de plein droit, majorée d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal ;

- l'assureur ne peut invoquer des travaux d'expertise toujours en cours ;

- la solution que les HCL ont retenues est fiable ;

- les travaux de mise en œuvre de la solution par déflecteurs sont achevés et ont été réceptionnés le 13 juin 2022 ; l'hélistation sera remise en service le 27 juin prochain.

Par mémoires en défense enregistrés les 18 et 25 mai 2022 la compagnie Zurich INSURANCE, représentée par Me Reffay, conclut, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) à titre principal, au rejet de la demande provisionnelle des HCL comme se heurtant au caractère sérieusement contestable tant de la nature des travaux réparatoires à opérer que de leur quantum, non vérifié ;

2°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des HCL à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, à la condamnation des locateurs d'ouvrage responsables tels qu'identifiés dans le cadre de l'expertise DO, et leurs assureurs, à relever et garantir la compagnie Zurich de toutes condamnations prononcées à titre provisionnel, à savoir la société SOCOTEC et son assureur AXA France, la société Spie Sud Est et son assureur ALLIANZ IARD, la SAS Bouygues Bâtiment Sud Est et son assureur ALLIANZ IARD, la société Atelier Michel Rémon et son assureur MAF, le BET WSP France, la SARL François B Architecte et son assureur MAF ;

4°) à ce que sa condamnation soit limitée à une dépense HT, conformément aux conditions particulières de sa police, et à la solution pérenne chiffrée par l'expert DO, selon le quantum désormais vérifié par un économiste, soit 589 778,11 euros HT ;

5°) en toute hypothèse, et à titre reconventionnel, à ce que soit ordonnée une expertise contradictoire en vue de connaître la cause des désordres, les solutions réparatoires envisageables et leur coût, compte tenu de la discordance entre le maître d'ouvrage et les experts d'assurance sur la solution à retenir.

Elle soutient que :

- après avoir donné son accord sur le principe de la garantie, elle a désigné un expert qui s'est heurté au désaccord du maître d'ouvrage ;

- le délai de 90 jours peut être prolongé pour déterminer les travaux et les chiffrer ;

- une expertise judiciaire peut être demandée si l'expertise DO est trop longue ;

- pour autant, l'assuré ne peut décider d'autorité de la nature des travaux de réparation qui ne sont pas agrées par l'expert DO avant dépôt du rapport final de cet expert ;

- l'assureur DO s'engage sur les travaux qu'il finance, dont il doit pouvoir demander le remboursement in fine ;

- le collège d'experts a retenu comme solution de réfection une solution par filtration, qui fonctionne par captation des odeurs, mise en avant par le sapiteur SAPITHERM, les filtres mis en place devant être efficaces pour tous les polluants relargués par les appareils ; la seule contrainte est l'obtention de l'accord de l'architecte des bâtiments de France sur la mise en place des filtres ;

- le maître d'œuvre a opté pour la solution par déflecteurs, solution privilégiée par les HCL sans aucune justification de sa fiabilité ou efficacité, et qui aurait selon eux la préférence des ABF, mais qui ne garantit pas une absence d'odeur ;

- l'économiste QANTEX conclu que la solution des HCL présente un aléa restant de 1% à 12% ;

- après vérification, l'économiste retient pour la solution des HCL un coût de 796 368, 44 euros TTC donc moindre que celui objet de la réclamation provisionnelle, confirmant le caractère contestable de la demande provisionnelle, au demeurant faite TTC alors qu'elle ne peut l'être qu'hors taxe ;

- le BE Piquet a retenu 3 solutions de réparation : Solution 1 : Prise d'air neuf en périphérie du bâtiment, Solution 2a : Mise en place de filtres à charbon sur l'air neuf avec un système faisant circuler l'air dans des caissons équipés de ventilations et filtres à charbon dès l'approche de l'hélicoptère sur une certaine durée, Solution 2b : Mise en place de filtres à charbon sur l'air neuf avec un système faisant circuler l'air dans des caissons équipés de filtres à charbon et sans ventilation dès l'approche de l'hélicoptère sur une certaine durée ;

- le BE Piquet conclut que la solution 2 serait la plus adaptée avec intégration de l'option 2b consistant à mettre en place un doublement des installations de détection acoustique et un contrôle par régulation de la qualité de l'air - coût : 654 837, 84 euros TTC ;

- a fortiori, son quantum est moins élevé puisqu'il est de 589 778,11 euros HT, et il confirme qu'un débat sur le montant des réparations est de mise, ce qui caractérise là encore une créance sérieusement contestable et le rejet de la demande provisionnelle des HCL ;

- toute demande supérieure doit être rejetée ;

- elle est fondée à solliciter d'être relevée et garantie par les constructeurs responsables identifiés dans le cadre de l'expertise DO ;

- l'appel en cause des assureurs des constructeurs a pour objet de les informer du litige et leur permettre d'intervenir le cas échéant, d'autre part à valider en toute hypothèses la demande d'expertise judiciaire dirigée contre tous.

Par un mémoire, enregistré le 13 juin 2022, non communiqué, la SARL B Architectes, la SARL Michel Rémon et Associés, la Compagnie d'assurances Mutuelle des Architectes Français - MAF, représentées par Me Barre, concluent :

1°) au rejet de la requête des HCL et des appels en garantie diligentés par la compagnie Zurich INSURANCE en sa qualité d'assureur Dommages-Ouvrage ;

2°) au rejet de toutes demandes formulées par les HCL ou toute autre partie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à la condamnation de la compagnie Zurich INSURANCE ou qui mieux le devra à leur payer la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) subsidiairement à ce que le juge des référés se déclare incompétent pour connaitre de toutes demandes provisionnelles formulées à l'encontre de la Mutuelle des Architectes Français ;

5°) à ce qu'il soit jugé que la solution 2b est en tout état de cause la seule susceptible d'être retenue et que seule la somme de 589 778,11 euros HT est susceptible d'être allouée aux HCL ;

6°) au rejet des recours formulés par la compagnie Zurich INSURANCE à leur encontre, la cause et origine du désordre n'étant à ce jour nullement déterminées ;

7°) à titre très infiniment subsidiaire, à ce qu'il soit jugé qu'elles sont bien fondées à être relevées et garanties in solidum par la société Zurich INSURANCE, es qualité d'assureur de la société WSP France, la société SOCOTEC solidairement avec son assureur la compagnie AXA France IARD, la société Spie Sud-Est solidairement avec son assureur la société ALLIANZ IARD, la société Bouygues Bâtiment Sud-Est solidairement avec son assureur la compagnie ALLIANZ IARD ;

8°) à ce que le recours de la compagnie Zurich INSURANCE soit limité au coût des travaux de réparation des désordres et rejeter toutes autres demandes ;

9°) elles s'associent à la demande d'expertise judiciaire formulée par la compagnie Zurich INSURANCE et formulent toutes protestations et réserves d'usage ;

10°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Zurich INSURANCE ou qui mieux le devra à leur payer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de contrats de droit privé ; c'est en particulier le cas dans l'hypothèse d'actions directes contre l'assureur ;

- la solution des HCL est contestable alors que l'expertise n'est pas terminée ;

- seule la somme de 589 778,11 euros HT est susceptible d'être allouée aux HCL ;

- la cause du désordre n'est pas connue.

Par un mémoire enregistré le 16 juin 2022, non communiqué, la société ALLIANZ IARD, prise en sa qualité d'assureur de la société Bouygues Bâtiment Sud-Est et de la société Spie Sud Est, représentée par la SCP de de Angelis - Semidei - Vuillquez - Habart Melki - Bardon - de Angelis, conclut :

1°) au rejet de la demande en garantie de l'assureur dommages-ouvrage, faute que l'assureur soit subrogé dans les droits et actions du maitre de l'ouvrage ;

2°) à ce que soit constatée l'existence d'une contestation sérieuse quant au caractère de nature décennale du désordre, ainsi qu'à l'imputabilité des désordres allégués tant à la société SPIE Sud-Est qu'à la société Bouygues Bâtiment Sud-Est ;

3°) à titre subsidiaire qu'il soit pris acte des plus expresses protestations et réserves de la compagnie sur la mesure d'instruction sollicitée, tous droit et moyens des parties étant expressément réservés.

Elle soutient que :

- les conclusions de la compagnie Zurich INSURANCE sont irrecevables faute que soit précisé leur fondement juridique ;

- la subrogation suppose que l'indemnité ait été payée ;

- la demande de la compagnie Zurich INSURANCE est mal fondée, faute de preuve d'imputabilité ;

- le montant des travaux ne peut être décidé par l'assuré ;

- il n'est pas établi que l'immeuble serait impropre à sa destination.

Par un mémoire enregistré le 20 juin 2022, non communiqué, la société Bouygues Bâtiment Sud-Est, représentée par Me Descout conclut :

1°) au rejet des conclusions de la compagnie Zurich INSURANCE sur le fondement des dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances comme irrecevables faute de règlement préalable ;

2°) à tout le moins qu'elle soit déboutée de son recours en garantie contre la société Bouygues Bâtiment Sud-Est au regard de l'existence de nombreuses contestations sérieuses exclusives de la compétence du juge des référés : contestations relatives à la nature décennale du dommage, à l'imputabilité du désordre, au quantum des réclamations, à la nature des travaux réparatoires à mettre en œuvre ;

3°) à titre très subsidiaire, à la condamnation in solidum de la société SOCOTEC Construction, de la société Spie Sud-Est, de la société Atelier Michel Rémon, du BET WSP France, de la SARL François Châtillon Architecte à la relever et la garantir de toutes condamnations mises à sa charge en principal, intérêts, frais et accessoires ;

4°) à ce qu'il lui soit donné acte qu'elle ne s'oppose pas à l'instauration d'une expertise judiciaire à l'effet de prendre connaissance des éléments du litige, de donner son avis sur la cause des désordres, les responsabilités, les solutions réparatoires envisageables et leur coût compte tenu de la discordance entre les solutions proposées par les HCL, d'une part, et les experts mandatés par l'assureur dommages-ouvrage, d'autre part, l'expertise étant réalisée aux frais avancés de l'assureur dommages-ouvrage ;

5°) à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la compagnie Zurich INSURANCE PLC à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compagnie Zurich INSURANCE ne vise aucune disposition et se contente de renvoyer à la lecture des rapports d'expertise établis par le cabinet EURISK ;

- or, les dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative nécessitent l'existence d'une obligation non sérieusement contestable pour voir le juge des référés accorder la demande de garantie sollicitée par la compagnie Zurich INSURANCE PLC ;

- en l'absence de paiement préalable, la compagnie Zurich INSURANCE ne peut se retourner contre elle ;

- il existe une contestation sérieuse sur la nature du dommage, quant à son imputabilité à la société Bouygues Bâtiment Sud-Est et quant au quantum réclamé par les HCL ;

- elle est fondée à demander à être garantie par la société SOCOTEC Construction, la société Spie Sud-Est, la société Atelier Michel Rémon, le BET WSP France, la SARL François B Architecte.

Par un mémoire, enregistré le 24 juin 2022, et non communiqué, la société Spie Sud Est, représentée par Me Berthiaud, conclut

1°) à titre principal au rejet de la requête des HCL et des conclusions d'appel en garantie présentées par la compagnie Zurich INSURANCE ;

2°) à titre subsidiaire à la condamnation in solidum de la société SOCOTEC Construction et son assureur AXA FRANCE, de la société Bouygues Sud Est, de la société WSP, de M. A B, de l'Atelier Michel Rémon et leur assureur la MAF à la garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

3°) s'agissant de l'expertise judiciaire sollicitée par la compagnie Zurich INSURANCE, de lui donner acte de ses plus expresses protestations et réserves au regard de la demande d'instruction sollicitée et notamment celles d'opposer tous moyens de recevabilité et de responsabilité ;

4°) en tout état de cause à la condamnation in solidum de la compagnie Zurich INSURANCE ou tout succombant à payer à SPIE SUD EST la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compagnie Zurich INSURANCE ne précise pas le fondement de ses conclusions ;

- tant la solution des HCL que le montant des travaux sont contestables ;

- les intervenants à l'acte de construire répondant entre eux des conséquences de leur faute, sur le fondement de la responsabilité extracontractuelle, elle est recevable et bien fondée en son action en garantie contre ces intervenants qui ont tous participé aux travaux ;

- elle ne s'oppose pas à l'expertise demandée.

Par lettre en date du 19 mai 2022, les parties ont été informées que la solution du litige est susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office, tiré de ce que le juge administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur l'action engagée contre une société privée.

Par mémoire enregistré le 24 mai 2022, les HCL ont fait valoir que le juge administratif était compétent pour se prononcer sur son action contre son assureur Dommages-Ouvrage.

Par ordonnance en date du 31 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Les Hospices civils de Lyon (HCL) ont fait construire un nouveau bâtiment H sur le site de l'hôpital Edouard Herriot avec une hélistation en toiture. En septembre 2018, après la réception des travaux, il s'est avéré que lors des arrivées et départs des hélicoptères, de fortes odeurs de kérosène se diffusaient dans les services et les blocs opératoires. Les HCL ont cessé d'utiliser la nouvelle hélistation et ont remis en fonction l'ancienne, bien qu'elle ne fût plus aux normes. Les HCL ont déclaré le sinistre à leur assureur Dommages-ouvrage, la compagnie Zurich INSURANCE, qui, dans un premier temps a refusé de couvrir le dommage, estimant qu'il ne rendait pas l'immeuble impropre à sa destination, puis, après réexamen, a accordé sa garantie par courrier du 17 juin 2020. En l'absence de proposition de la compagnie Zurich INSURANCE, les HCL lui ont adressé le 9 mars 2021, une mise en demeure d'avoir à leur proposer sans délai une solution réparatoire ainsi que le financement afférent permettant de réaliser les travaux de nature à mettre fin aux désordres affectant l'hélistation du bâtiment H. En outre les HCL soumettaient, pour accord, une solution réparatoire étudiée en interne, qui avait été évoquée lors des réunions en présence de l'expert dommages-ouvrage. Faute de réponse, après une nouvelle mise en demeure, les HCL, estimant détenir à l'encontre de la compagnie Zurich INSURANCE une créance non sérieusement contestable, d'un montant égal au coût de leur solution réparatoire, soit 997 524,96 euros TTC, demandent au juge des référés de condamner la compagnie d'assurance à leur payer une indemnité provisionnelle de ce montant, à valoir sur la réparation de son préjudice. En défense, la compagnie Zurich INSURANCE conteste le montant de l'indemnité, mais aussi appelle les constructeurs en garantie et demande, à titre reconventionnel, qu'une expertise soit organisée afin de connaitre l'origine des désordres et le coût des réparations.

Sur le principe de la provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

3. Les Hospices civils de Lyon ont décidé de souscrire une assurance dommages-ouvrage, sur le fondement de l'article L. 242-1 du code des assurances, aux termes duquel : " L'assureur a un délai maximal de soixante jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, pour notifier à l'assuré sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties prévues au contrat./ Lorsqu'il accepte la mise en jeu des garanties prévues au contrat, l'assureur présente, dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, une offre d'indemnité, revêtant le cas échéant un caractère provisionnel et destinée au paiement des travaux de réparation des dommages. En cas d'acceptation, par l'assuré, de l'offre qui lui a été faite, le règlement de l'indemnité par l'assureur intervient dans un délai de quinze jours. / Lorsque l'assureur ne respecte pas l'un des délais prévus aux deux alinéas ci-dessus ou propose une offre d'indemnité manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'avoir notifié à l'assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée par l'assureur est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal. / Dans les cas de difficultés exceptionnelles dues à la nature ou à l'importance du sinistre, l'assureur peut, en même temps qu'il notifie son accord sur le principe de la mise en jeu de la garantie, proposer à l'assuré la fixation d'un délai supplémentaire pour l'établissement de son offre d'indemnité. La proposition doit se fonder exclusivement sur des considérations d'ordre technique et être motivée. / Le délai supplémentaire prévu à l'alinéa qui précède est subordonné à l'acceptation expresse de l'assuré et ne peut excéder cent trente-cinq jours ".

4. Selon l'article 21.32 du contrat d'assurance souscrit par les HCL auprès de la compagnie Zurich INSURANCE/ 21.321 : " dans un délai maximal de 90 jours courant à compter de la réception de la déclaration de sinistre, l'Assureur, sur le vu du rapport d'expertise préalablement communiqué à l'Assuré notifie à celui-ci ses propositions définitives quant au montant de l'indemnité destinée au paiement des travaux de réparation des dommages "./ 21.323 : " Dans le cas de difficultés exceptionnelles dues à la nature ou à l'importance du sinistre, l'Assureur peut en même temps qu'il notifie son accord sur le principe de la mise en jeu de la garantie, proposer à l'Assuré la fixation d'un délai supplémentaire pour l'établissement de son offre d'indemnité. La proposition doit se fonder exclusivement sur des considérations d'ordre technique et être motivée. / Le délai supplémentaire est subordonné à l'acceptation expresse de l'Assuré et ne peut excéder 135 jours. Selon l'article 21.4 du contrat : 21.41 : " Faute pour l'Assureur de respecter l'un des délais prévus aux art. 21.311 et 21.321 et 21.41 l'Assuré peut, après l'avoir notifié à l'Assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double de l'intérêt légal ". Aux termes de l'article 21.42 : " En tout état de cause, l'Assuré qui a fait connaître à l'Assureur qu'il n'acquiesce pas aux propositions de règlement dont il a été saisi, s'il estime, cependant, ne pas devoir différer l'exécution des travaux de réparation, reçoit sur sa demande, de l'Assureur, sans préjudice des décisions éventuelles de justice à intervenir sur le fond, une avance au moins égale au trois quart du montant de l'indemnité qui lui a été notifiée selon les modalités définies ci-dessus ".

5. Il résulte de l'instruction que la compagnie Zurich INSURANCE a accordé le 17 juin 2020 sa garantie aux HCL pour les dommages concernant le bâtiment H de l'hôpital Edouard Herriot. Le courrier du mandataire de la compagnie Zurich INSURANCE informait les HCL qu'il demandait à l'expert de lui transmettre son rapport définitif et annonçait aux HCL qu'une proposition d'indemnisation leur serait adressée à réception de ce rapport. Cette lettre ne demandait aucun délai supplémentaire au-delà du délai de 90 jours prévu à l'article 21.321 du contrat. Le 6 juillet 2021, les HCL mettaient en demeure l'assureur de lui payer l'indemnité provisionnelle correspondant à la solution réparatoire qu'ils envisageaient et qu'ils avaient communiquée. Par courrier du 26 septembre 2021, l'assureur faisait valoir que le délai de 90 jours n'était pas applicable, dès lors que l'accord sur le principe de la garantie était intervenu au-delà du délai de 60 jours prévu à l'alinéa 3, précité, de l'article L. 242-1 du code des assurances. Il informait les HCL de l'avancement de l'expertise qu'il avait organisée, critiquait la solution réparatoire des HCL et annonçait qu'il confiait à un métreur le soin d'en vérifier le coût.

6. Contrairement à ce qu'écrivait le 26 septembre 2021 le mandataire de la compagnie Zurich INSURANCE, la circonstance que l'accord sur le principe de la garantie est intervenu au-delà du délai de 60 jours prévu à l'alinéa 3 de l'article L. 242-1 du code des assurances ne dispensait pas l'assureur d'appliquer les dispositions des alinéas suivants une fois sa garantie accordée. Les circonstances particulières de l'affaire invoquées en défense par la compagnie Zurich Assurance ne la dispensaient pas de faire une offre indemnitaire dans un délai de 90 jours, suivant cet accord, d'autant que l'assureur n'avait, en tout état de cause, pas, lors de son accord de principe, proposé un délai supplémentaire tenant compte des difficultés exceptionnelles tenant à la nature et/ou à l'importance du sinistre.

7. Il résulte de ce qui précède que les HCL sont fondés à soutenir qu'ils peuvent prétendre au versement d'une indemnité provisionnelle. Leur créance est dans son principe non sérieusement contestable.

Sur le montant de la provision :

8. Les HCL ont communiqué à la compagnie Zurich INSURANCE le détail et le coût de la solution réparatoire qu'ils entendaient mettre en œuvre. La compagnie Zurich INSURANCE, n'ayant pas, dans le délai dont elle disposait, fait une offre d'un montant différent aux HCL, ne peut se prévaloir devant le juge des référés, des travaux en cours de son expert, et d'une solution différente, moins coûteuse et qu'elle estime plus performante. Elle ne peut, davantage invoquer un métré qui estimerait la solution réparatoire des HCL à un montant inférieur à celui qui lui a été notifié.

9. En revanche, il résulte du point 4.2 des conditions particulières du contrat souscrit par les HCL que : " le montant des garanties correspondant au coût prévisionnel de l'opération, il est convenu que les sinistres seront indemnisés HT ". Dans ces conditions les HCL sont seulement fondés à demander une provision calculée sur le coût HT de sa solution réparatoire, soit 831 270, 80 euros HT.

10. Cette somme doit être majorée du double de l'intérêt légal à compter de la réception par l'assureur de la lettre en date du 6 juin 2021 des HCL, soit le 8 juillet 2021. Plus d'une année ayant couru depuis cette date, le montant des intérêts doit être capitalisé à compter du 8 juillet 2022.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la compagnie Zurich INSURANCE à verser aux HCL une indemnité provisionnelle d'un montant de 831 270, 80 euros, majorée du double de l'intérêt légal à compter du 8 juillet 2021, cet intérêt étant capitalisé à compter du 8 juillet 2022.

Sur les conclusions d'appels en garantie présentées par la compagnie Zurich INSURANCE :

12. En premier lieu, ainsi que les parties en ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le juge administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur les conclusions d'appel en garantie dirigées contre les assureurs des constructeurs, qui sont liés par un contrat de droit privé. Par suite, les conclusions d'appel en garanties présentées par la compagnie Zurich INSURANCE et dirigées contre les assureurs des constructeurs doivent être rejetées.

13. En second lieu, ainsi que le font valoir les constructeurs mis en cause, la créance de la compagnie Zurich INSURANCE à leur encontre ne peut être regardée comme non sérieusement contestable, dès lors d'une part que, ladite compagnie n'ayant payé aucune somme aux HCL n'est pas subrogée dans les droits de son assuré pour engager leur responsabilité sur quelque fondement que ce soit, et d'autre part, que la compagnie Zurich INSURANCE n'indique pas le fondement de son action.

14. Par suite, les conclusions d'appel en garantie de la compagnie Zurich INSURANCE dirigées contre les constructeurs doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles de la compagnie Zurich INSURANCE :

15. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise. Au surplus, ladite expertise, ayant pour objet de rechercher l'origine des désordres et les modalités de leur réparation n'est pas utile au litige qui résulte d'un désaccord sur l'application du contrat d'assurance dommages-ouvrage souscrit par les HCL.

16. Par suite, les conclusions reconventionnelles de la compagnie Zurich INSURANCE doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des HCL, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, à verser à la compagnie Zurich INSURANCE. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la compagnie Zurich INSURANCE une somme de 1 500 euros à verser aux HCL sur ce même fondement.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des autres parties fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La compagnie Zurich INSURANCE est condamnée à verser aux Hospices civils de Lyon une provision d'un montant de 821 270,80 euros, majorée du double de l'intérêt légal à compter du 8 juillet 2021, cet intérêt étant capitalisé à compter du 8 juillet 2022.

Article 2 : La compagnie Zurich INSURANCE versera aux Hospices civils de Lyon une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée aux Hospices civils de Lyon, à la compagnie Zurich INSURANCE, à la société SOCOTEC, à l'entreprise Spie Sud-Est, à la société Bouygues Bâtiment Sud-Est, à la société Atelier Michel Rémon, à la société BET WSP France, à la société François B Architecte, à la société AXA France IARD, à la SA Allianz IARD, à la Mutuelle des architectes français,

Fait à Lyon, le 28 juillet 2022.

La juge des référés,

A. Wolf

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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