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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202276

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202276

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 25 mars et 26 avril 2022, M. E F B, représenté par Me Messaoud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, dans l'hypothèse où le refus de titre de séjour serait annulé, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou si l'annulation n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande en lui délivrant durant cette instruction, une autorisation provisoire de séjour,

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où seule la décision portant obligation de quitter le territoire français serait annulée, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de séjour jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des faits et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de son état de santé ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-4, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 25 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 25 mai 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant béninois né le 17 février 1959, est entré en France pour la dernière fois en août 2020, muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valide du 8 juillet 2020 au 8 juillet 2021. Le 13 octobre 2021, l'intéressé en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté en date du 28 février 2022, le préfet du Rhône a rejeté cette demande, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige en date du 28 février 2022, a été signée par Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 3 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de refuser de renouveler son titre de séjour. Si le requérant soutient que le préfet n'aurait manifestement pas apprécié sa situation, en faisant notamment état de ce qu'il dispose d'un acte de mariage depuis 2014 avec une ressortissante française, il ressort de la lecture de l'arrêté en litige que le préfet a relevé les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale du requérant, notamment son mariage au Bénin avec une ressortissante française, intervenu le 23 décembre 2014, l'absence de communauté de vie entre les époux sur le territoire national, M. B étant hébergé par une tierce personne et son épouse vivant au Sénégal. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative en faisant valoir le caractère atypique de sa situation, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; /° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " () Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ".

5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé ne présentait aucun justificatif permettant d'apprécier le maintien de la communauté de vie entre les époux, le requérant produisant une attestation de son épouse indiquant qu'elle résidait au Sénégal, lui-même étant hébergé par un tiers, de telle sorte que M. B ne remplissait pas les conditions requises par les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant conteste cette analyse en faisant état de ce que le lien conjugal a été maintenu avec son épouse, le couple ayant vécu au Bénin et au Sénégal, ainsi qu'en témoigneraient les billets d'avion versés au dossier, et invoque une erreur manifeste d'appréciation des faits au regard des dispositions de l'article L. 423-3 précité. Toutefois, la production d'une attestation manuscrite de son épouse, rédigée postérieurement à la date de la décision attaquée, indiquant que le couple n'a nullement divorcé et vit " entre la France et le Sénégal ", et la production de copies de billets d'avion au nom du requérant pour un vol entre Cotonou et Dakar le 13 janvier 2019 ne permettent pas de démontrer l'existence d'une communauté de vie entre le requérant et son épouse française, à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, le préfet du Rhône ne saurait être regardé comme ayant commis une " erreur manifeste d'appréciation " des faits au regard des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant à l'encontre de M. B la décision contestée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Si M. B invoque dans ses écritures les stipulations précitées, il ressort des pièces du dossier d'une part, qu'entré pour la dernière fois en France à l'âge de 61 ans, sa présence y demeure récente à la date de la décision attaquée et, d'autre part, que son épouse ne réside pas en France où le requérant ne se prévaut d'aucune autre attache significative, l'existence de liens ne pouvant être établie par la circonstance que l'intéressé ait conclu un contrat de travail à durée déterminée jusqu'à la fin du mois de mars 2022. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. B ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment au Bénin, pays dont il a la nationalité, ou au Sénégal où résiderait son épouse, les pièces médicales versées au débat n'établissant pas davantage que l'état de santé du requérant nécessiterait son maintien en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française.

9. En l'espèce, si faisant état de sa qualité de conjoint de française, le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions précitées lorsqu'il invoque celle du 7° de l'article L. 551-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des éléments exposés au point 5 qu'il ne justifie pas d'une vie commune avec son épouse, laquelle ne réside pas sur le territoire français mais au Sénégal. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu faire obligation de quitter le territoire français à M. B.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. M. B fait état d'un suivi médical très strict en France et de la prise quotidienne de médicaments en lien avec une pathologie cardiaque, de ce qu'il ne pourrait bénéficier au Bénin du suivi médical requis par son état de santé et de ce que son traitement n'y serait pas disponible. Le requérant verse deux certificats établis par un médecin généraliste, les 3 mars et 15 avril 2022, indiquant pour le premier que son état de santé a nécessité une lourde intervention chirurgicale et qu'il nécessite des soins incompatibles avec son retour au pays et, s'agissant du second, qu'il a besoin de traitements récents, couteux et introuvables au moins régulièrement au Bénin et que " l'arrêt de ces traitements salvateurs est dangereux et un risque léthal est évident ". Toutefois, s'il ressort du compte rendu d'hospitalisation, daté du 17 septembre 2021, que M. B a bénéficié d'une chirurgie cardiaque pour un remplacement valvulaire aortique biologique, suite à une endocardite infectieuse survenue en France, ce compte rendu précise que cette intervention a eu des suites favorables, lui permettant de regagner progressivement une excellente autonomie. En outre, si le certificat établi le 14 avril 2022, par un médecin de la clinique médicale de Koutongbe indique que le suivi au Bénin sera inadéquat vu le plateau technique dont ce pays dispose pour les pathologies cardiovasculaires, il ne ressort pas des documents médicaux que le requérant nécessiterait une nouvelle intervention chirurgicale. Enfin, si M. B bénéficie d'un traitement médicamenteux, le certificat précité du médecin béninois indiquant, sans les mentionner précisément, que " la plupart des molécules faisant partie de son traitement en cours ne sont pas disponibles dans nos officines " ne saurait démontrer que M. B ne pourrait bénéficier d'un traitement médicamenteux approprié au Bénin, le compte rendu d'hospitalisation du 22 septembre 2021 mentionnant des antécédents de cardiopathie dilatée à coronaires saines, diagnostiqués dès 2015, soit avant l'entrée du requérant sur le territoire national. Par suite, en l'absence d'éléments démontrant que M. B ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions de l'article 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. B soutient qu'en l'absence d'accès aux soins vitaux que requiert son état de santé au Bénin, la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations précitées dans la mesure où ce défaut de soins s'apparenterait à des traitements inhumains. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 11, il ne ressort pas des éléments médicaux versés à l'instance que le requérant ne pourrait pas être médicalement suivi dans son pays d'origine, l'intéressé produisant d'ailleurs un certificat établi par son médecin de famille au Bénin où il était donc pris en charge, ni que des médicaments adaptés ne seraient pas disponibles pour traiter sa pathologie cardio-vasculaire alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié en France d'une intervention chirurgicale dont les suites ont été favorables. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

N. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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