vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | PRUDHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Prudhon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :
- de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;
- à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, durant cet examen, un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 9 mai 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 févier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante tunisienne, née le 3 janvier 1961, est entrée en France le 14 juillet 2015, munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valide jusqu'au 8 août 2015. Le 20 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 10 janvier 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
2. L'arrêté attaqué, en date du 10 janvier 2022, a été signé par Mme E D, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de l'Ain du 1er décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de résident au bénéfice d'un étranger qui fait état de sa qualité de d'ascendant à charge, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
4. Pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Ain a relevé que l'intéressée ne justifiait pas d'un visa de long séjour, qu'elle ne démontrait pas être dans une situation de dépendance réelle, ancienne et durable vis-à-vis de son fils dont elle a vécu séparée durant de nombreuses années et enfin, que la requérante, qui est divorcée depuis 1985, n'apportait pas la preuve de ce qu'elle serait isolée et sans ressources en Tunisie.
5. Mme C, qui conteste ces motifs, soutient être dépourvue de ressources et être à la charge, depuis plusieurs années, de son fils unique, naturalisé français le 9 mars 2020 qui dispose d'un logement et de revenus suffisants pour l'accueillir dans de bonnes conditions. Il n'est toutefois pas contesté que la requérante était, à son arrivée en France, dépourvue de tout visa de long séjour, ce seul motif suffisant pour fonder la décision attaquée. Au surplus, si la requérante verse au débat quelques justificatifs de transferts d'argent de la part de son fils au titre des mois de mars, juillet, août et novembre 2013, des mois de janvier, février, avril, juillet et septembre 2014 ainsi que la copie du contrat à durée indéterminée conclu par son fils le 20 août 2020 pour un emploi de peintre, ses bulletins de salaire et avis d'impôt sur le revenu pour les années 2015 à 2020 ou encore une attestation établie par son fils le 20 janvier 2022 indiquant qu'il prend en charge sa mère depuis le 14 juillet 2015, ces éléments ne permettent pas de démontrer que son fils aurait régulièrement pourvu à ses besoins, aucun justificatif n'étant produit concernant les conditions de sa prise en charge alléguée sur le territoire national. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de l'Ain pu refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. Mme C fait état de sa présence en France depuis le mois de juillet 2015 où elle est venue rejoindre son fils unique, de nationalité française, chez lequel elle réside, étant isolée dans son pays d'origine et dépourvue de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national après l'expiration de son visa de court séjour le 8 août 2015 et a attendu plus de six ans avant de solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Arrivée en France à l'âge de cinquante-neuf ans après avoir vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, la requérante ne démontre pas y être dépourvue d'attaches familiales, y disposant nécessairement d'un ancrage social et culturel. En outre, elle ne justifie d'aucune intégration sociale en France et les éléments qu'elle verse au dossier ne permettent pas davantage d'établir le caractère réel et effectif de la prise en charge alléguée de la part de son fils dont elle a été séparée pendant de nombreuses années. Par ailleurs, la circonstance qu'elle est divorcée depuis 1985 ne suffit pas à établir qu'elle serait dépourvue de moyens d'existence en Tunisie. Enfin, la décision contestée ne prive pas la requérante de la possibilité de maintenir des liens avec son fils présent en France, tels que ceux préexistants à son arrivée, notamment par l'obtention de visas de court séjour. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale sur le territoire national au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourra également être écarté.
8. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme C doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette obligation, être écarté par les mêmes motifs que ceux développés au point 7.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
C. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026