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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202285

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202285

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 mars 2022 et 15 juin 2022, M. C A, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros HT au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre le refus de séjour doivent être renvoyées au juge dit des " 6 semaines ".

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète de l'Ain s'est fondée sur le seul motif de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire ;

s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et que toute sa famille réside en France depuis plus de huit ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par jugement n° 2202285 du 16 juin 2022, le magistrat délégué du tribunal administratif de Lyon a statué sur les conclusions dirigées contre l'ensemble des décisions attaquées, hors la seule décision de refus d'admission au séjour dont il a renvoyé l'examen à la formation collégiale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovien, né le 17 juillet 1998, est, selon ses déclarations, entré en France le 12 novembre 2014 accompagné de ses parents et de sa sœur. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 janvier 2020. Par un arrêté du 2 septembre 2020, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français. La légalité de cette décision d'éloignement a été confirmée par le tribunal par jugement du 8 septembre suivant. Le 3 septembre 2021, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 février 2022, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 11 juin 2022, la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain, dans l'attente de la mise à exécution de la mesure d'éloignement. M. A, demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer l'annulation de l'arrêté du 11 février 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, le magistrat désigné par le président du tribunal a, par son jugement visé ci-dessus du 16 juin 2022, statué sur la légalité de la décision du 11 février 2022 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai. Ainsi, il revient au tribunal statuant en formation collégiale de ne statuer que sur les seules conclusions de la requête dirigées contre la décision de la préfète de l'Ain lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté du 11 février 2022 a été signé par M. B D, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté de la préfète de l'Ain du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er février 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque ainsi en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Pour soutenir que la décision de refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A se prévaut de son arrivée en France en 2014, à l'âge de 16 ans, avec ses parents et sa fratrie et soutient qu'il a tissé des liens privés dans le cadre de sa scolarité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 2 septembre 2020 et que ses parents ont également fait l'objet de mesures d'éloignement en 2019. Le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille en France, ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, y avoir noué des liens personnels d'une particulière intensité alors qu'il a vécu l'essentiel de sa vie au Kosovo où il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales, sociales et culturelles. Par ailleurs, si le requérant fait valoir sa scolarité méritante et ses perspectives d'insertion professionnelle aux motifs qu'il a obtenu un CAP constructeur d'installations de production en 2018, qu'il a bénéficié d'une expérience professionnelle en raison de stages effectués dans le cadre de cette formation et qu'il justifie d'un projet professionnel conforme à sa formation dès lors qu'il a obtenu, le 20 juin 2019, une promesse d'embauche de la part de la société Plastiques ERAMIL pour contrat à durée indéterminée en tant qu'opérateur sur presse, les éléments qu'il produit ne permettent pas de caractériser une insertion socio-professionnelle stable et inscrite dans la durée. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le refus de séjour serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 février 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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