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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202286

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202286

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, M. B C, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation et de sa demande ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet du Rhône ne justifie pas avoir préalablement saisi le collège des médecins de Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- elles sont illégales par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par une ordonnance en date du 25 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de délivrance des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né le 5 juin 2001, déclare être entré en France le 2 juillet 2018, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour l'autorisant à séjourner dix jours sur le territoire Schengen. Le 3 décembre 2019, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé. Par un arrêté en date du 23 février 2022 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. L'arrêté attaqué, en date du 23 février 2022, a été signé par Mme E D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du 16 février 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 22 février 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté qui manque en fait, doit être écarté.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 5 l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ".

4. Il ressort des pièces transmises par le préfet du Rhône qu'un rapport médical a été établi, le 31 mars 2020 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. C. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'OFII le lendemain. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis, le 16 juin 2020, soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée, ce collège composé de trois médecins, le médecin rapporteur n'en faisant pas partie, a émis un avis. En outre, ces médecins avaient été régulièrement désignés par la décision du 18 novembre 2019 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de Office français de l'immigration et de l'intégration, décision accessible au juge comme aux parties sur le site Internet de l'OFII. Il s'ensuit que le vice de procédure tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII pourra être écarté en toutes ses branches.

5. Il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen préalable, réel et sérieux, de la situation personnelle de M. C, le préfet ayant notamment mentionné dans la décision en litige l'avis du collège de médecins de l'OFII dont il s'est approprié le sens. Par suite, alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de faire état de tous les éléments sur lesquels elle s'est fondée pour prendre ses décisions, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi articulé pourra être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. M. C fait état d'une part, de son entrée régulière et de sa durée de présence sur le territoire national, de ce qu'il est pris en charge, dans le cadre d'une délégation d'autorité parentale recueillie par notaire le 30 octobre 2018, par son frère aîné qui bénéficie d'une carte de résident en cours de validité, et enfin, de ce que tous ses frères résident sur le territoire national, l'un d'eux disposant de la nationalité française. Il soutient, d'autre part, qu'il a repris sa scolarité à son arrivée en France où il a obtenu un certificat de formation générale, un diplôme DELF A2 et un CAP d'installateur en froid et conditionnement d'air, de ce qu'il maîtrise la langue française, de ce qu'il suit désormais un baccalauréat professionnel de technicien en froid et en conditionnement d'air pour les années 2021/2023, bénéficie d'un contrat d'apprentissage pour cette même période et de ce que ce métier figure parmi les métiers les plus recherchés. Toutefois, le requérant demeure célibataire et sans charge de famille. S'il a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé, il ne verse au débat aucun élément notamment médical permettant de justifier de ce que celui-ci, dont le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne pourrait être pris en charge en Tunisie où il a vécu jusque l'âge de dix-sept ans. Enfin dès lors que son frère jumeau a également fait l'objet d'un arrêté préfectoral portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, l'intéressé ne justifie pas davantage de ce qu'il ne pourrait poursuivre sa vie privée, familiale et professionnelle en Tunisie, aucune pièce versée au dossier ne mentionnant l'impossibilité d'y poursuivre sa formation et d'y trouver un emploi correspondant. Ainsi dès lors que le requérant n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourra être écarté.

8. Si M. C soutient que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces moyens inopérants ne pourront qu'être écartés, dès lors qu'en l'absence de demande de titre de séjour présentée sur ces fondements l'autorité préfectorale qui n'était pas tenue de le faire, ne s'est pas prononcée sur ces fondements. Les moyens ainsi articulés ne pourront donc qu'être écartés.

9. En l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. C pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

12. Si M. C soutient que disposant de la qualité d'étranger malade, il ne pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 16 juin 2020 dont le préfet du Rhône s'est approprié les termes et le sens a considéré que si son état de santé nécessitait une prise en charge, son défaut ne devrait pas entrainer pour l'intéressé de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, dès lors que le requérant n'a pas utilement contesté l'avis ainsi rendu, en l'absence de tout élément sur la nécessité d'une prise en charge médicale, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code précité ne peut qu'être écarté.

13. En l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux évoqués au point 7.

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

14. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités, soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

A. A L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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