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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202302

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202302

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLETELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2022, M. B A, représenté par Me Letellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Ardèche lui a retiré sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de lui délivrer une carte de résident, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de droit en fondant sa décision sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision, suffisamment motivée, est fondée sur les dispositions de l'article R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- M. A, qui a été condamné de manière définitive à trois mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique le 20 mai 2019, constitue une menace grave à l'ordre public ;

- aucun des autres moyens n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de M. Bertolo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 7 mars 1983, est entré en France en 1988 dans le cadre du regroupement familial et a bénéficié, depuis le 2 avril 2011, de cartes de résident. Par un arrêté du 14 septembre 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de l'Ardèche lui a retiré sa carte de résident valable du 2 avril 2021 au 1er avril 2031 et lui a délivré une carte de séjour temporaire d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ".

2. En premier lieu, la décision attaquée qui vise les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment l'article R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui fait état des diverses condamnations prononcées à l'encontre de M. A et du fait que l'intéressé est défavorablement connu des services de police comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde qui ont permis au requérant d'en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de résident peut être retirée et remplacée de plein droit par une carte de séjour temporaire dans les cas suivants : () 2° L'étranger, titulaire de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-17, accordée par la France, et dont la présence sur le territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 ".

4. Pour édicter la décision contestée du 14 septembre 2021, le préfet de l'Ardèche s'est essentiellement fondé sur les dispositions précitées du 2° de l'article R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne contestant pas rentrer dans le champ d'application de ces dispositions. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 432-1 du même code. Le moyen ainsi articulé, tiré de l'erreur de droit, est inopérant et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, le 24 février 2017, d'une condamnation à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Privas pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, et pour la conduite d'un véhicule sans assurance, sans permis et sous l'emprise de stupéfiants. Le 25 mai 2018, l'intéressé a, par ailleurs, été condamné, par le tribunal correctionnel de Privas, à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire, et pour un refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter. Le 20 mai 2019, le tribunal correctionnel de Paris a de nouveau condamné l'intéressé à une peine de trois mois d'emprisonnement pour l'usage illicite de stupéfiants et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Enfin, le 7 septembre 2021, M. A a été condamné, par le tribunal correctionnel de Privas, à huit mois d'emprisonnement, dont quatre mois avec sursis probatoire pendant deux ans, pour la conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis et harcèlement de personne étant ou ayant été conjoint ou partenaire suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours. En outre, l'autorité administrative fait également valoir, sans être contestée, que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence ayant entrainé une incapacité n'excédant pas huit jours, le 28 octobre 2017, ainsi que pour des faits de violence suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité les 14 septembre et 30 novembre 2019 ainsi que les 8 février et 18 décembre 2020. Par suite, alors même que M. A se prévaut de ce que ses peines ont été converties en jour-amende et qu'il a payé les dommages et intérêts dus, dès lors que les éléments précédemment rappelés constituent des faits graves, réitérés et commis dans les années précédant la date d'édiction de la décision attaquée, le préfet de l'Ardèche a pu à juste titre considérer que sa présence sur le territoire français constituait une menace grave pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de l'Ardèche n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant de retirer la carte de résident de M. A.

6. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu'il devra désormais faire renouveler sa carte de séjour tous les ans, M. A n'établit pas que l'arrêté en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite, et en tout état de cause, être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Ardèche.

Copie en sera adressée à Me Letellier.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, où siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bertolo

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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