vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | ALBERTIN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 25 mars 2022 sous le n° 2202351, M. B E, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil pour justifier des diligences effectuées pour préparer son départ ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche :
- si la décision est annulée pour un motif de forme, de procéder au réexamen de son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- si la décision est annulée pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée de vices de procédure :
- en l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour prévue par l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il est en mesure de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- à défaut pour le préfet de justifier de ce qu'un avis régulier a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en l'absence de production d'un avis du collège de médecins de l'OFII rendu par des médecins régulièrement habilités ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil :
- elle est entachée d'un défaut de base légale car seules les dispositions de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont visées ;
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une requête enregistrée le 25 mars 2022 sous le n° 2202352, Mme C D épouse E, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche :
- si la décision est annulée pour un motif de forme, de procéder au réexamen de son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- si la décision est annulée pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour prévue par l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle est en mesure de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie du Teil :
- elle est entachée d'un défaut de base légale car seules les dispositions de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont visées ;
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 1er avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Albertin, représentant M. et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées présentées par M. et Mme E, membres d'une même famille, ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme E, ressortissants arméniens nés respectivement le 3 juillet 1972 et le 20 juillet 1973, déclarent être entrés en France les 14 juillet 2015 et 6 juin 2014. En raison de son état de santé, M. E a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valide du 8 juin au 7 décembre 2020. Un titre de séjour valide jusqu'au 31 décembre 2021 lui a, ensuite, été délivré. Le 26 mai 2021, Mme E a bénéficié d'un récépissé de carte de séjour en qualité d'accompagnante d'un étranger malade. Le 13 décembre 2021, les intéressés ont sollicité le renouvellement de leurs titres de séjour. Par deux arrêtés en date du 28 février 2022 dont les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de l'Ardèche a refusé d'admettre M. E au séjour, a obligés les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et les a astreints à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil pour justifier des diligences effectuées pour préparer leur départ.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. M. et Mme E ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 1er avril 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur leurs demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant des moyens propres à la requête de M. E :
4. La décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise également les motifs qui ont conduit le préfet de l'Ardèche à refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par M. E, notamment le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le 8 février 2022, estimant que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourra effectivement bénéficier de soins appropriés en Arménie, pays vers lequel il peut voyager sans risque. Si l'intéressé soutient que le préfet ne pouvait se borner à se référer à ce simple avis sans s'en approprier les termes, il ressort de la lecture de la décision en litige que le préfet a retranscrit la teneur de l'avis précité et s'en est approprié le sens en relevant qu'aucun élément produit par M. E, à l'appui de sa demande, n'était de nature à infirmer cet avis. La décision attaquée comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement qui ont ainsi permis au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". En vertu de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ".
6. D'une part, il ressort des pièces versées au débat par le préfet de l'Ardèche qu'un rapport médical a été établi, le 19 janvier 2022 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. E. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'OFII le lendemain. Enfin, conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 8 février 2022, soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée, ce collège composé de trois médecins, le médecin rapporteur n'en faisant pas partie, a émis un avis. En outre, ces médecins avaient été régulièrement désignés par la décision du 7 juin 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de Office français de l'immigration et de l'intégration, décision accessible au juge comme aux parties sur le site Internet de l'OFII. Il s'ensuit que le vice de procédure tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII pourra être écarté en ses deux branches.
7. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
8. Pour contester la décision en litige selon laquelle le préfet de l'Ardèche s'appropriant le sens de l'avis du 8 février 2022 rendu par le collège de médecins de l'OFII, a considéré que si son état de santé de nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait être effectivement pris en charge en Arménie, M. E, soutient qu'il justifie d'une résidence habituelle en France et que son état de santé nécessite une prise en charge spécialisée dont il ne pourra bénéficier dans son pays d'origine, eu égard notamment aux pathologies graves dont il souffre étroitement liées aux craintes d'un retour dans son pays d'origine et à l'important traitement médicamenteux qu'il requiert. Toutefois, s'il n'est pas contesté que le requérant est suivi en France pour des troubles psychologiques et psychiatriques, l'ensemble des pièces produites par M. E et notamment le certificat établi le 15 mars 2022 par le médecin généraliste qui se borne à indiquer que " son état de santé s'est grandement amélioré et il est indispensable qu'il puisse continuer à être suivi en France ", celui établi le 14 avril 2022 par son psychiatre qui se borne à mentionner que " son état clinique nécessite la poursuite de soins spécialisés en France " et, le courriel d'un laboratoire pharmaceutique daté du 31 mars 2022 qui indique qu'il ne commercialise pas les médicaments prescrits à l'intéressé mais qu'il est possible que d'autres laboratoires les mettent à disposition, demeurent insuffisants pour justifier de la nécessité de la poursuite du traitement du requérant sur le territoire national ou de ce que les médicaments prescrits seraient indisponibles en Arménie. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments permettant de remettre utilement en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII s'agissant de la possibilité pour M. E d'être médicalement pris en charge dans son pays d'origine, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de l'Ardèche a pu refuser de procéder au renouvellement du titre de séjour du requérant.
9. Aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
10. Dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 8, M. E pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Arménie, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Ardèche n'a pas méconnu les dispositions susmentionnées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen pourra comme les précédents, être écarté.
S'agissant des moyens communs aux requêtes de M. et Mme E :
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Selon les termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
12. Si les requérants soutiennent que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit à mener une vie privée et familiale normale et se prévalent de la durée de leur séjour sur le territoire national, de leur participation à des cours de français, des activités bénévoles auprès du Secours Populaire de la requérante, de ce que M. E a travaillé dès qu'il a été autorisé à le faire et d'une promesse d'embauche pour son épouse en contrat à durée indéterminée à temps complet au sein de l'Association " Activiteil ", il est constant que les intéressés sont arrivés sur le territoire national, déjà âgés respectivement de 43 et 41 ans et ont ainsi vécu l'essentiel de leur existence dans leur pays d'origine. S'ils ont pu bénéficier durant quelques mois d'un titre de séjour celui-ci n'avait pas vocation à être pérenne. Par suite, les requérants n'apportant pas la preuve qui leur incombe que leur vie privée et familiale serait désormais installée sur le territoire français, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de l'Ardèche a pu refuser d'admettre M. et Mme E au séjour et les obliger à quitter le territoire français.
13. En l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation pourra être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés.
14. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (). ".
15. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les articles précités auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. et Mme E ne satisfaisant pas, ainsi qu'il a été exposé aux points 8 et 12, aux conditions posées par les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Ardèche n'était pas tenu de procéder à la consultation de la commission du titre de séjour. Cette dernière branche du moyen tiré du vice de procédure pourra donc être écartée.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
16. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé par la voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
17. En l'absence d'argumentation spécifique le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 12.
18. Les requérants soutiennent que les décisions contestées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et que le préfet de l'Ardèche n'était pas tenu d'édicter de telles décisions. En l'espèce, il ne ressort d'aucune des pièces de ces dossiers ni même des termes de ces décisions que tel aurait été le cas. Le moyen ainsi articulé pourra être écarté.
S'agissant des décisions astreignant M. et Mme E à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil :
19. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".
20. Les décisions en litige, qui astreignent les requérants à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil pour justifier de leurs diligences dans la préparation de leur départ se fondent sur les dispositions précitées de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne permettent à l'autorité préfectorale que de prescrire à l'étranger la remise de son passeport dès lors qu'il s'est vu accorder un délai de départ volontaire. Par suite, M. et Mme E sont fondés à soutenir que les décisions contestées sont dépourvues de base légale et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation des décisions astreignant M. et Mme E à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil pour justifier de leurs diligences dans la préparation de leur départ, que les requérants ne sont fondés qu'à solliciter l'annulation de ces seules décisions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
22. L'exécution du présent jugement, qui annule pour erreur de droit, les seules décisions astreignant M. et Mme E à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil pour justifier des diligences dans la préparation de leur départ, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte des deux requêtes.
Sur les frais liés au litige :
23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. et Mme E.
Article 2 : Les décisions portant astreinte à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Teil sont annulées.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme C D épouse E et au préfet de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,
A. A L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Collomb
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,-2202352
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026