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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202380

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202380

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, Mme C E épouse A, représentée par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en la munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

5°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 9 mai 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née le 20 janvier 1983, est entrée en Espagne en juillet 2018 munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires allemandes au Maroc et valide du 10 juillet au 24 juillet 2018 pour un séjour de quinze jours. Le 4 avril 2019, l'intéressée a fait l'objet d'un premier arrêté du préfet du Rhône portant obligation de quitter le territoire français. Le 17 juin 2021, Mme A a sollicité son admission au séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Par un arrêté en date du 28 février 2022, le préfet du Rhône a rejeté cette demande, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. Les décisions attaquées, en date du 28 février 2022, ont été signées par Mme B F, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 3 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () ". Selon l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du code précité : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Rhône a relevé que la requérante ne démontrait pas être entrée régulièrement en France durant la durée de validité de son visa et qu'ainsi, elle ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressée souligne que le préfet ne conteste pas que son époux a conservé la nationalité française et que le couple dispose d'une communauté de vie depuis au moins la célébration de son mariage, intervenue le 29 janvier 2021, soit depuis plus de six mois à la date de la décision contestée mais qu'en revanche, le préfet a commis une erreur de fait en relevant le caractère irrégulier de son entrée en France où elle serait entrée sous couvert de son visa valable du 10 juillet au 24 juillet 2018. Toutefois, la production d'un billet, renseigné de manière manuscrite, pour un voyage en autocar entre Oujda et Lyon le 11 juillet 2018 et la consultation d'un médecin en France le 2 août 2018, soit postérieurement à l'expiration du visa précité, ne sauraient démontrer l'erreur de fait invoquée. En outre, à supposer même que Mme A soit arrivée en France avant le 24 juillet 2018, cette circonstance ne saurait démontrer le caractère régulier de son entrée sur le territoire national dès lors qu'ainsi que le fait valoir le préfet en défense, il appartenait à la requérante, titulaire d'un visa de court séjour l'autorisant à entrer dans un Etat partie à la convention Schengen, de souscrire une déclaration d'entrée sur le territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 211-33 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, afin de conférer un caractère régulier à son entrée en France. Il résulte ainsi de ces éléments qu'en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français au motif qu'elle ne justifie pas être entrée régulièrement sur le territoire français, le préfet du Rhône n'a ni entaché sa décision d'une erreur de fait, ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Mme A fait état de la durée de son séjour en France, de son mariage avec un ressortissant français depuis plus d'un an, de l'existence d'une communauté de vie antérieure au mariage, le procureur de la République ne s'étant pas opposé à la célébration du mariage, et enfin de ses activités salariées initiées en juillet 2021 en qualité d'agent de propreté. Toutefois, la requérante s'est maintenue irrégulièrement en France en dépit de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre en avril 2019 et si la communauté de vie avec son époux n'est nullement contestée par le préfet, Mme A ne pouvait toutefois ignorer l'incertitude de son établissement familial immédiat en France où elle était entrée et se maintenait irrégulièrement. Par ailleurs, son mariage demeure encore récent et dès lors que le couple n'a pas d'enfant et que les activités salariées de l'intéressée demeurent très récentes, aucun obstacle ne s'oppose à ce que Mme A regagne temporairement le Maroc pour y obtenir le visa de long séjour nécessaire à la délivrance du titre de séjour qu'elle a sollicité en qualité de conjointe de français. De surcroît, la requérante a passé l'essentiel de son existence au Maroc où réside d'ailleurs sa fille mineure, de telle sorte qu'elle ne se trouvera pas en situation d'isolement lors de son retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre la mesure d'éloignement, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 6.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Pour prononcer à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, le préfet du Rhône a visé les dispositions précitées et a relevé que la requérante ne justifiait pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, qu'elle n'était pas démunie de liens personnels et familiaux au Maroc et qu'elle avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 4 avril 2019. Toutefois, Mme A justifie de liens d'une nature particulière sur le territoire national, son époux y résidant, quand bien même le mariage demeurerait encore récent à la date de la décision attaquée. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, tenant à la nature des attaches familiales dont Mme A dispose sur le territoire national, en prononçant à son encontre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et Mme A est fondée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête articulés à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Eu égard au caractère circonscrit de l'annulation prononcée, le présent jugement n'implique aucune injonction. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 février 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E épouse A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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