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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202387

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202387

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022 et un nouveau mémoire enregistré le 28 septembre 2023, Mme C A, représentée par Me Sabatier (Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 septembre 2023 qui s'est substituée à la décision implicite née 10 novembre 2020, par laquelle la préfète du Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " dont elle était titulaire ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", et à titre subsidiaire de procéder dans un délai d'un mois au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;

- malgré la demande formulée en ce sens, l'autorité administrative n'a pas motivé le refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- le motif tiré de ce qu'elle n'a pas présenté de nouveau visa est entaché d'illégalité, dès lors que c'est à tort que la préfète a estimé qu'elle ne l'avait pas saisie d'une demande de renouvellement avant l'expiration de son titre de séjour ;

- c'est à tort que la préfète a estimé qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études ;

- la préfète du Rhône a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Seul le rapport de Mme Allais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née le 14 août 2000, est entrée régulièrement en France en août 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 15 août 2019 au 14 août 2020. Saisie le 10 juillet 2020 d'une demande de renouvellement de ce titre de séjour, la préfète du Rhône l'a implicitement rejetée. Mme A a saisi le tribunal d'une requête contestant ce refus implicite, à laquelle s'est substituée, en cours d'instance, un refus explicite, intervenu le 18 septembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. La préfète du Rhône ayant expressément statué sur la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par Mme A, cette décision expresse, en date du 18 septembre 2023, s'est substituée à la décision implicite initialement contestée, et il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la requérante ne peut pas utilement invoquer le défaut de motivation de cette décision implicite.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par M. D B, adjoint au chef de bureau des affaires générales et du contentieux, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 31 juillet 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de cet acte manque par suite en fait.

5. En troisième lieu, pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement dont l'avait saisie Mme A, la préfète du Rhône lui a tout d'abord opposé le non-respect des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour ".

6. Mme A justifie pourtant avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour dès le 10 juillet 2020. Elle justifie également avoir été dans l'impossibilité matérielle, liée au dysfonctionnement du service " Administration des étrangers en France ", de compléter cette demande de renouvellement par le dépôt des pièces justificatives requises. Il s'ensuit que c'est à tort que la préfète du Rhône a opposé à Mme A le non-respect des dispositions précitées de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande.

7. En quatrième lieu, en revanche, selon l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présenté en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et notamment d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

8. Pour refuser de renouveler le titre de séjour étudiant de Mme A, la préfète a relevé que l'intéressée, inscrite en licence 2 à l'université Claude Bernard Lyon 1 au titre de l'année 2023-2024, n'avait pas justifié du caractère réel et sérieux de ses études au cours des années antérieures. Invitée par le tribunal à justifier de son statut d'étudiante et des résultats obtenus à l'issue des années 2021-2022, 2022-2023 et 2023-2024, Mme A n'a produit aucune pièce. Elle ne justifie dès lors pas du caractère réel et sérieux de ses études au titre de ces années, et c'est par suite sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Il résulte de l'instruction qu'en se fondant sur ce seul motif, la préfète du Rhône aurait pris la même décision de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme A, de sorte que la circonstance qu'un des deux motifs fondant cette décision soit illégal n'est pas de nature à entraîner son annulation.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation du refus opposé à sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée sur leur fondement par Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Delahaye, premier conseiller.

Mme Allais, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Allais

Le président,

T. Besse

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2202387

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