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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202403

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202403

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire,

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ", et, dans l'attente, de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu'elle réside depuis plus de dix ans en France ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français t fixant le pays de destination sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par une ordonnance en date du 30 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise (RDC), née le 28 avril 1979, est entrée en France le 16 mai 2011, munie d'un passeport d'emprunt. Par un premier arrêté en date du 22 juillet 2014, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 7 avril 2015 puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 26 août suivant, puis par un second arrêté en date du 21 octobre 2016, le préfet de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressée et l'a obligée à quitter le territoire français. Enfin, par un dernier arrêté en date du 5 janvier 2022 dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

2. L'arrêté attaqué en date du 5 janvier 2022, a été signé par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 1er septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 13 septembre 2021, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. Les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le pays de destination visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, dès lors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, alors que les décisions contestées précisent les éléments déterminants de la situation de la requérante qui ont conduit la préfète de la Loire à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indiquent par ailleurs que l'intéressée n'établit pas encourir des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en RDC, les décisions en litige comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement qui ont ainsi permis à la requérante d'en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait pourra également être écarté.

4. Si Mme B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, en tout état de cause, la préfète de la Loire verse au débat la lettre de convocation de l'intéressée devant ladite commission qui s'est réunie le 25 novembre 2021 ainsi que la notification de l'avis rendu le même jour, favorable à la proposition de l'administration de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ainsi articulé et inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en tout état de cause, en fait et pourra dès lors être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Si Mme B fait état de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire national où elle déclare résider depuis plus de dix ans et se prévaut, d'une part, des formations suivies en 2014, 2015 et 2017, dans le cadre d'un projet d'insertion professionnelle, précisant qu'elle n'a pu conclure de contrat de travail en raison de sa situation administrative, d'autre part, de son engagement bénévole dans la lutte contre les violences faites aux femmes, notamment, depuis 2018, auprès de différentes associations au sein desquelles elle a noué des liens personnels et enfin, fait état de ce qu'elle n'a jamais fait l'objet de condamnation pénale, de ce qu'elle s'acquitte de ses obligations déclaratives et fiscales et de ce qu'elle n'entretient plus de lien avec son pays d'origine, elle ne verse cependant au débat que quelques pièces très éparses qui ne permettent pas de justifier de sa présence habituelle et continue sur le territoire national et dès lors de ce que sa vie privée et familiale y serait ancrée. Enfin, Mme B, qui demeure célibataire et sans charge de famille sur le territoire français alors que ses deux enfants résideraient toujours RDC où elle ne serait dès lors pas isolée en cas de retour, a par ailleurs fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en dépit desquelles elle s'est maintenue en France. Par suite, l'intéressée qui ne justifie pas avoir déplacé le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire français, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra donc être écarté.

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

A. A L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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