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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202405

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202405

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, M. B C, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire,

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " et, dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en ce que la préfète ne justifie pas avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour en application des dispositions des articles L. 432-13 à L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 25 octobre 1967, de nationalité congolaise (RDC), déclare être entré en France le 20 février 2008. Par un arrêté du 10 novembre 2009, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, le 2 juin 2010 puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon, en date du 7 avril 2011, l'intéressé a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 26 septembre 2019, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 3 janvier 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. L'arrêté du 3 janvier 2022 a été signé par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 1er septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture en date du 13 septembre suivant, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui manque en fait, doit être écarté.

3. L'arrêté du 3 janvier 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C mentionne la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23, L. 435-1 et L. 721-4. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale du requérant et notamment qu'entré irrégulièrement sur le territoire national, il a précédemment fait l'objet d'un arrêté refusant de l'admettre au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, qu'il ne fait état d'aucun lien personnel et familial intense et stable sur le territoire, qu'il ne justifiait ni d'un contrat visé, ni d'une promesse d'embauche et enfin, qu'il ne justifiait ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels. Par ailleurs, l'arrêté précise que M. C ne démontre pas qu'il serait exposé à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le pays de destination contestées comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation suffisante, tant en fait qu'en droit, a permis au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation pourra donc être écarté.

4. Si M. C soutient que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, la préfète de la Loire verse au débat la lettre de convocation de l'intéressé devant ladite commission qui s'est réunie le 27 septembre 2021 ainsi que la notification de l'avis rendu le 8 décembre 2021, favorable à la proposition de l'administration de refus de titre de séjour et justifie ainsi de ce que ladite commission a effectivement été saisie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ainsi articulé qui manque en fait, pourra être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. M. C fait état, d'une part, de sa présence de quatorze années sur le territoire national où il y a résidé pendant dix ans avec son épouse, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, et leurs quatre enfants, l'aîné étant titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valide jusqu'en 2025 et, d'autre part, de ce qu'il est parfaitement intégré socialement et professionnellement sur le territoire national. Toutefois, l'intéressé, qui est arrivé en France à l'âge de 41 ans, a passé la majorité de son existence dans son pays d'origine où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales, et y conserve nécessairement des attaches sociales et culturelles. Si le requérant soutient qu'il a ancré le centre de sa vie privée et familiale en France aux côtés de son épouse et de leurs quatre enfants, d'une part, il n'est pas sérieusement contesté qu'il n'existe plus de communauté de vie entre les époux et d'autre part, l'intéressé ne justifie ni résider avec ses enfants ni même participer à leur entretien et à leur éducation, se bornant à verser au débat des factures d'achats d'équipements datées des 21 et 22 décembre 2019, des 13 juillet et 6 août 2020, des 4 et 6 mai 2021, ainsi que des relevés de compte attestant de virements à son épouse pour les mois de juillet et septembre 2019 et décembre 2021. En outre, le requérant ne fait état d'aucun élément faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en République Démocratique du Congo dont l'ensemble des membres ont la nationalité. Enfin, si M. C se prévaut d'une possible intégration professionnelle ayant travaillé lorsqu'il était demandeur d'asile sur des périodes allant du 15 décembre au 31 décembre 2008 et du 12 juin au 15 juin 2009, ainsi qu'il en justifie par la production de quelques fiches de paie, ces seuls éléments ne sauraient attester d'une intégration professionnelle suffisante, le requérant ayant par ailleurs fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Ainsi, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par l'arrêté en litige que la préfète de la Loire a refusé d'admettre M. C au séjour. Enfin les décisions en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur père avec lequel ils ne résident pas, la cellule familiale pouvant, en tout état de cause, se reconstituer dans le pays dont ils ont la nationalité ou dans tout autre pays que la France, où il n'est pas davantage démontré que les enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité, la préfète de la Loire n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de ces trois enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés.

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

A. A

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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