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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202433

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202433

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2022, Mme A E épouse C, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

- de lui délivrer une carte de résident dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

- à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 31 mars 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Mme E épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55% par une décision du 18 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante bosnienne, née le 18 juillet 1996, est entrée régulièrement en France, le 15 octobre 2013. Le 5 mai 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 2° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 décembre 2021, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : / () 2° Son conjoint ou son partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est postérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile, à condition que le mariage ou l'union civile ait été célébré depuis au moins un an et sous réserve d'une communauté de vie effective entre époux ou partenaires, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée ; () ". Aux termes de l'article 215 du code civil : " Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie () ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme E le titre de séjour sollicité, la préfète de la Loire a relevé qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions précitées du 2° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'était pas en mesure de justifier d'une communauté de vie effective sur le territoire national avec son époux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme E s'est mariée, le 14 mars 2020, avec M. B C, ressortissant bosnien qui s'est vu reconnaître le statut de réfugié et bénéficie, à ce titre, d'une carte de résident, depuis le 2 février 2015, soit antérieurement à la célébration de son mariage. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article 215 du code civil que la communauté de vie est présumée entre les époux et qu'il appartient à l'administration d'apporter tout élément probant de nature à renverser cette présomption légale, lorsqu'elle entend la remettre en cause. En l'espèce, les époux C justifient d'une adresse commune à la date de la décision en litige au 11 rue Bourgneuf à Saint-Etienne où ils résident depuis le 14 mars 2020. En outre, la requérante verse au débat des photographies, des factures, un avis d'impôt sur le revenu, un acte notarié concernant l'acquisition en commun par les époux d'un bien immobilier situé à Saint-Etienne le 10 juin 2021, une convention d'ouverture d'un compte bancaire joint, en date du 5 mai 2021, un compte-rendu d'examen médical réalisé le 16 décembre 2020 ainsi qu'une convocation pour un rendez-vous médical de procréation médicalement assistée, le 12 mars 2021. Ainsi, dès lors que la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste aucun de ces éléments de sorte que la communauté de vie entre les époux doit être regardée comme effective à la date de la décision en litige, Mme E est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'autorité administrative a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Ainsi, il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme E est fondée à demander l'annulation de la décision du 23 décembre 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour ensemble celle des décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Loire de délivrer à Mme E la carte de résident prévue par les dispositions combinées des articles L. 424-1 et L 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55% par une décision du 18 février 2022. D'une part, elle n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre et ne sollicite pas qu'une somme lui soit versée. D'autre part, l'avocat de la requérante peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et demander que lui soit versée une somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à Me Lawon-Body, avocat de Mme E, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Loire du 23 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de délivrer à Mme E épouse C une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Lawson-Body une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lawson-Body renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse C, à Me Lawson-Body et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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