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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202448

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202448

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2022, M. C B, représenté par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de statuer à nouveau sur son droit au séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- de procéder à la suppression du signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen et de rapporter la preuve de ses diligences au tribunal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit en l'absence d'un examen complet de sa situation dès lors qu'il avait sollicité dès le 22 novembre 2021 un rendez-vous en préfecture qui ne lui avait été fixé que le 26 avril 2022, son employeur ayant par ailleurs effectué une demande d'autorisation de travail qu'il avait obtenue, le 8 février 2022 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'un contrat de travail et d'une autorisation de travail accordée le 8 février 2022 ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit d'être entendu tel qu'issu des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette mesure n'est ni nécessaire ni proportionnée, elle est ainsi entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " tant dans son principe que dans sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Cadoux, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 13 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 28 mai 1994, de nationalité vietnamienne, est entré régulièrement en France, le 19 mars 2018, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour. Il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - chercheur " valide du 3 avril 2018 au 30 avril 2021. Le 1er avril 2021, l'intéressé a sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté en date du 24 février 2022, dont M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé non seulement, n'avait pas fourni d'autorisation de travail pour son contrat de travail à durée indéterminée (CDI), mais en outre, lui avait transmis, le 16 novembre 2021, une rupture conventionnelle signée le 8 septembre 2021. Toutefois, pour contester ce motif, le requérant se prévaut de ce qu'il a conclu, le 24 janvier 2022, soit avant la date de la décision attaquée, un contrat de travail à durée déterminée (CDD), pour un emploi de technicien de laboratoire. Il justifie en outre, contrairement à ce qu'allègue le préfet du Rhône dans son mémoire en défense, avoir fait part aux services préfectoraux de ce changement de situation, avoir obtenu un rendez-vous en préfecture, dont la date n'avait pu être fixée qu'au 26 avril 2022, afin d'y déposer une nouvelle demande de titre de séjour et enfin, s'être vu délivrer, par les services de la main d'œuvre étrangère, le 8 février 2022, l'autorisation de travail y afférente. Si par ailleurs, l'autorité administrative fait valoir que le contrat de travail présenté par M. B prenait fin le 30 avril 2022 et ne pouvait, dès lors, en tout état de cause, donner lieu à la délivrance d'un titre de séjour, il ressort des pièces versées au débat que l'intéressé dispose non seulement, d'un avenant audit contrat de travail qui en fixait le terme au 6 juillet 2022, mais également, d'une autorisation de travail délivrée à la suite de la décision favorable des services de la main d'œuvre étrangère intervenue le 8 février 2022. Ainsi, à la date de la décision attaquée, le préfet du Rhône ne pouvait légitimement ignorer les modifications apportées à la demande initiale formulée par M. B ni davantage l'existence d'une nouvelle demande formulée en qualité de travailleur temporaire. Par suite, en ne se prononçant que sur la demande initiale d'admission au séjour de l'intéressé, sans également se prononcer sur les nouveaux éléments transmis par M. B, le préfet du Rhône n'a pas procédé à un examen sérieux et individualisé de sa demande. Ainsi, la décision refusant d'admettre M. B au séjour est entachée d'une erreur de droit et doit pour ce motif être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

3. Si enfin, il ressort de la lecture de l'arrêté contesté que le préfet du Rhône y a mentionné que l'intéressé avait été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon, le 25 février 2020, à une peine de sept mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis assortie d'une mise à l'épreuve pendant un an et six mois, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, présentait un comportement contraire à l'ordre public, il ne justifie ni même n'allègue qu'il aurait pu se fonder sur ce seul motif pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité.

4. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la décision refusant d'admettre au séjour M. B doit être annulée et qu'il en est de même, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de dix-huit mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 février 2022 du préfet du Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de réexaminer la situation de M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A. AL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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