vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202480 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GALICHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, M. C B, représenté par Me Galichet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :
- à titre principal, de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou subsidiairement la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à titre principal sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire sur celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge dans ce second cas, pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 1er avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 18 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 3 juillet 1995, est entré en France au cours de l'année 2019, muni d'un titre de séjour " Longue durée UE " délivré par les autorités italiennes ; il était accompagné de ses parents, de ses frères et sœurs, de nationalité italienne. Suite à une demande présentée le 13 mai 2019, M. B a bénéficié de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " Membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ". Ce titre sera renouvelé jusqu'au 1er février 2021. Le 19 mai 2021, l'intéressé en a de nouveau sollicité le renouvellement. Par un arrêté en date du 23 décembre 2021, la préfète de la Loire a rejeté cette demande, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Les décisions attaquées, en date du 23 décembre 2021, ont été signées par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 1er septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 13 septembre 2021, accessible tant au juge qu'aux parties. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de refuser le renouvellement de son titre de séjour. Le requérant indique que la préfète n'aurait pas examiné son droit au séjour sur un autre fondement que celui de sa qualité de membre de la famille d'un ressortissant communautaire mais il ressort des pièces du dossier, notamment du récépissé lui ayant été remis, que M. B avait présenté une demande tendant au renouvellement du titre de séjour lui ayant été délivré en qualité de descendant direct à charge d'un citoyen de l'Union européenne. Dès lors, la préfète n'était pas tenue d'examiner d'office la possibilité d'admettre au séjour le requérant sur un autre fondement que celui ayant été sollicité. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, dès lors que M. B avait uniquement présenté une demande tendant à obtenir le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la préfète de la Loire ne s'est pas prononcée sur un autre fondement, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à les supposer expressément soulevés, doivent être écartés comme inopérants.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. M. B fait état de ce qu'il est francophone, de ce qu'il a résidé avec ses parents en Italie à partir de 1997, l'intéressé étant alors âgé de deux ans, de ce que ses parents, frères et sœurs ont acquis la nationalité italienne, et de ce qu'il est dépourvu d'attaches en Tunisie alors qu'il justifie en France, outre les liens familiaux précités, d'un emploi en contrat de travail à durée indéterminée et d'un logement. Toutefois, ainsi que l'indique le requérant lui-même dans ses écritures, il n'est désormais plus à la charge de ses parents, dispose de son propre domicile et d'un emploi et a ainsi vocation à vivre de façon autonome. S'il est vrai que la préfète de la Loire a indiqué par erreur que M. B avait passé l'essentiel de son existence en Tunisie alors qu'il a vécu en Italie où il dispose d'ailleurs d'un titre de séjour " Longue durée UE " en 2010, la présence du requérant en France est récente, ainsi que ses activités professionnelles, et il y demeure célibataire et sans charge de famille. En outre la décision attaquée ne prive pas l'intéressé de la possibilité de maintenir des liens avec sa famille présente sur le territoire national et M. B n'apporte pas la preuve de ce qu'il ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment en Italie où il dispose d'un droit au séjour de longue durée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit, en l'absence d'argumentation distincte, être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Enfin, aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".
9. M. B indique dans ses écritures qu'il pourrait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit s'opposant à son éloignement en invoquant les articles L. 423-23 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, eu égard à sa situation personnelle et familiale, telle qu'exposée au point 6, au regard notamment du caractère récent de sa présence en France et de ce qu'il demeure célibataire et sans charge de famille, le requérant ne relève pas des prévisions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la délivrance d'un titre de séjour portant le mention " vie privée et familiale ". Enfin, dès lors que le requérant ne dispose pas d'une autorisation de travail pour l'emploi qu'il occupe, il ne relève pas davantage des prévisions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficierait de la délivrance de plein droit d'un titre de séjour faisant obstacle à ce que la préfète de la Loire prenne à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, en l'absence d'argumentation spécifique articulée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Il ressort de la lecture de l'arrêté en litige que la préfète de la Loire fixant le pays à destination duquel M. B pourrait être reconduit d'office, a précisé qu'il pouvait s'agir du pays dont l'intéressé a la nationalité ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible, à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne. Or, ainsi qu'il a été exposé précédemment, le requérant dispose d'un titre de séjour " Longue durée UE " délivré par les autorités italiennes en 2010 et alors qu'il n'est pas contesté que M. B a vécu en Italie de 1997 à 2019, en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement au pays dont M. B a la nationalité et en excluant un Etat membre de l'Union européenne, la préfète de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. B qui dispose d'un droit au séjour de longue durée en Italie. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision. Au surplus, dès lors que l'intéressé est résident de longue durée dans un Etat membre, il appartenait à la préfète d'examiner s'il y avait lieu de le reconduire en priorité vers cet Etat ou de l'y réadmettre.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Eu égard au caractère circonscrit de l'annulation prononcée, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 23 décembre 2021 fixant le pays de destination est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
N. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026