vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | VRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Vray, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ",
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme C soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut pour la préfète de la Loire de produire l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 29 avril 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable car tardive.
Par une ordonnance du 1er avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Paquet, substituant Me Vray, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante russe née le 16 juin 1980, déclare être entrée en France en mars 2015 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 septembre 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 13 avril 2017. L'intéressée a ensuite sollicité une demande de titre de séjour et par un jugement du 17 septembre 2020, le tribunal a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire a refusé de l'admettre au séjour et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de sa situation. Le 12 avril 2021, Mme C a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté en date du 3 novembre 2021, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de la Loire à refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme C, en l'espèce le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dont la préfète s'est appropriée le sens, estimant que si l'état de santé de la requérante nécessite des soins dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'une prise en charge appropriée en Russie, pays vers lequel elle peut voyager sans risque. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet à la requérante d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C avant de refuser son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Si la requérante fait état de ce que la décision en litige ne mentionne pas le rejet de sa demande d'asile et le jugement susmentionné du tribunal en date du 17 septembre 2020, la préfète n'était cependant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs au parcours de l'intéressée mais uniquement les éléments déterminants de sa situation, en l'espèce le sens de l'avis médical susmentionné rendu au cours de l'instruction de la demande de Mme C s'agissant de son état de santé, de son besoin de soins médicaux et de la possibilité d'en bénéficier dans son pays d'origine. En outre, si la requérante soutient que la préfète aurait de manière erronée indiqué que sa demande avait été présentée le 12 avril 2021, il ressort néanmoins des pièces produites en défense que Mme C s'est présentée, en dernier lieu, le 12 avril 2021 en préfecture et y a sollicité son admission au séjour, en raison de son état de santé. Enfin, la circonstance que la requérante entende contester l'appréciation portée par l'autorité administrative quant à la nature de ses liens en France ne saurait établir le défaut d'examen invoqué. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ".
5. D'une part, la préfète de la Loire verse au débat l'avis émis le 11 août 2021, dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme C, par le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) estimant que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme C pourra effectivement bénéficier de soins appropriés en Russie. Il ressort en outre des pièces produites en défense que cet avis a été rendu sur le fondement d'un rapport établi par un médecin de l'OFII, le 9 juillet 2021, et transmis au collège de médecins le 12 juillet 2021, et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège composé de trois autres médecins. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure dont seraient entachées les décisions attaquées ne peut qu'être écarté.
6. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
7. Mme C invoque une erreur manifeste d'appréciation et fait état de ce qu'elle ne pourrait pas, en raison de son état de santé, vivre dans son pays d'origine. Toutefois, si la requérante verse au débat un certificat établi le 27 janvier 2020 par un psychiatre du CHU de Saint-Etienne, où elle est suivie, mentionnant la stabilité de son état de santé grâce à une prise en charge médicale conséquente (consultations régulières et traitement psychotrope), ce document médical ne précise nullement que l'intéressée ne pourrait pas bénéficier en Russie d'une prise en charge psychiatrique ni que les médicaments qui lui sont prescrits n'y seraient pas commercialisés. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de la Loire a pu refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité d'étranger malade.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Mme C fait état de la durée de son séjour en France où résident sa mère, souffrant de problèmes de santé, et ses deux sœurs, l'une étant étudiante et l'autre s'étant vue reconnaître la protection subsidiaire, et de ce qu'ayant bénéficié de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, elle disposerait de possibilités d'insertion par le travail ou à défaut, remplirait les conditions d'obtention de l'allocation adulte handicapé. Toutefois, si la requérante fait état de son rôle d'accompagnante de sa mère malade, produisant à cet égard des documents médicaux relatifs aux soins reçus par cette dernière en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mère de Mme C disposerait d'un droit au séjour en France. S'agissant de l'autre sœur de Mme C, la requérante verse à l'instance un titre de séjour temporaire valable jusqu'en septembre 2023 mais il ressort de ce document que cette dernière réside dans le département de l'Hérault et que la requérante ne justifie pas entretenir avec cette dernière des liens réguliers et soutenus. Enfin, dès lors que Mme C peut bénéficier de soins appropriés en Russie et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les décisions mentionnées au point 1, aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où elle conserve ainsi nécessairement ses attaches culturelles et sociales. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle de Mme C doit être écarté.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète en défense, que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026