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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202510

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202510

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, Mme C A, représentée par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard,

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme A soutient que :

1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut pour la préfète de la Loire de justifier de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en l'absence d'examen complet et suffisant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Par une ordonnance du 4 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Beligon, substituant Me Vernet, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 15 mai 1993, déclare être entrée irrégulièrement en France en novembre 2019 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a cependant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 4 décembre 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 11 mai 2021. Le 12 mai 2021, l'intéressée a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. La préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours par un arrêté du 10 juin 2021 qui a toutefois été annulé par un jugement du tribunal du 18 novembre 2021 enjoignant à la préfète de la Loire de réexaminer la situation de l'intéressée. Le 22 juin 2021, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté en date du 23 décembre 2021, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A avant de refuser son admission au séjour. S'il est vrai qu'ainsi que le soutient la requérante, la préfète a commis une erreur de fait en relevant qu'elle s'était maintenue irrégulièrement sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 10 juin 2021 alors que cette décision a été annulée par le jugement susmentionné du tribunal, pour regrettable que soit cette erreur, elle demeure sans incidence sur l'appréciation du droit au séjour de la requérante en raison de son état de santé, ni sur l'appréciation de son droit à mener sa vie privée et familiale en France, la préfète ayant relevé que Mme A était arrivée sur le territoire national en novembre 2019 et qu'elle était séparée de son époux. En outre, cette erreur ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que la préfète s'est effectivement prononcée sur la demande que la requérante avait présentée tendant à obtenir un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, tel qu'articulé, et de l'erreur de droit en l'absence d'examen complet et suffisant doivent être écartés.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

4. D'une part, la préfète de la Loire verse au débat l'avis du collège de médecins de l'OFII émis, le 18 novembre 2021. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de production dudit avis sera écarté.

5. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. En l'espèce, pour refuser d'admettre au séjour Mme A en raison de son état de santé, la préfète de la Loire s'est appropriée le sens de l'avis susmentionné du collège de médecins de l'OFII estimant que si son état de santé nécessite des soins dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Guinée. Mme A conteste cette analyse en soutenant que deux des médicaments prescrits pour ses problèmes psychiques, Sertraline et Hydroxyzine, ne seraient pas disponibles en Guinée et par ailleurs, qu'elle ne pourrait être médicalement suivie sur le plan psychiatrique et gynécologique dans son pays d'origine en raison des faiblesses structurelles affectant le système de santé guinéen et de la stigmatisation dont sont victimes les personnes souffrant de maladies mentales. Toutefois, la circonstance que les deux médicaments précités ne figurent pas dans la liste des médicaments essentiels établie par le ministère de la santé guinéen et versée au débat par la requérante, document au demeurant ancien puisqu'édité en 2012, ne permet pas de démontrer que ces molécules ne seraient pas commercialisées, à la date de la décision attaquée, dans son pays d'origine ni d'ailleurs que ces deux molécules ne pourraient, en cas d'indisponibilité, être substituées par d'autres médicaments équivalents, le rapport de l'OSAR, publié en 2018 et évoquant des problèmes de disponibilités de médicaments en Guinée en lien avec la crise Ebola et des coûts des traitements, ne permettant pas davantage d'infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII, laquelle est fondée sur une combinaison de sources sanitaires officielles relatives au système de santé guinéen et sur l'état de santé de la requérante et les traitements qui lui sont prescrits. Enfin, si Mme A produit un certificat établi par le médecin généraliste la suivant depuis novembre 2021 indiquant qu'il paraît médicalement nécessaire qu'elle puisse rester en France où elle bénéficie déjà d'un suivi optimal gynécologique et psychiatrique, la circonstance que la prise en charge médicale dans le pays d'origine puisse ne pas être équivalente à celle reçue en France ne saurait suffire à démontrer que l'intéressée ne pourrait être suivie et soignée dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'éléments de nature à remettre utilement en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII, la préfète de la Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation de l'état de santé de Mme A en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

9. Dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 6, Mme A pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Guinée, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de la Loire n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. Mme A invoque les stipulations précitées à l'encontre de la mesure d'éloignement mais il ressort des pièces du dossier que sa présence en France, où elle vit séparée de son époux et sans charge de famille ni attache particulière, demeure récente. En outre, Mme A a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine où aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale dès lors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les décisions mentionnées au point 1 et qu'elle pourra y bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit ainsi être écarté. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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