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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202527

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202527

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLETELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, M. C A, représenté par Me Letellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de dix jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3 de la convention franco-marocaine du 9 octobre 1987 et des articles L. 433-6, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation et d'erreurs manifestes d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

3°) s'agissant de la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale.

Par une ordonnance du 4 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Un mémoire en défense présenté par le préfet de l'Ardèche a été enregistré le 17 juin 2022.

Les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le pouvoir de régularisation dont dispose le préfet doit être substitué à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale de refus d'admission au séjour de M. A en tant que salarié.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 4 octobre 1991, est entré régulièrement en France, le 9 juin 2019 muni d'un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " valide jusqu'au 6 février 2022. Le 20 janvier 2022, l'intéressé a sollicité le changement de son statut pour celui de salarié, en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 février 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de l'Ardèche a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et, en particulier, son article 3 ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique, en outre, les motifs de fait qui justifient que M. A ne puisse bénéficier d'un titre de séjour en tant que " salarié " mais également au titre de sa vie privée et familiale et elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Il a donc été permis à M. A d'en discuter utilement, le préfet de l'Ardèche n'étant pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du demandeur. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. A. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur sa demande de changement de statut à l'aune des dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette divergence d'appréciation ne saurait suffire à établir le défaut d'examen allégué. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. A se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire national depuis moins de trois ans et des relations qu'il y a nouées ainsi que de la présence de sa sœur et de ses trois neveux mineurs avec lesquels il réside depuis le décès de son beau-frère survenu le 26 octobre 2018, auxquels il apporte un soutien moral et matériel. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'a pas respecté les conditions d'attribution de son titre de séjour saisonnier en établissant sa résidence habituelle en France depuis le mois de juin 2019 et qu'il a attendu que la période de validité de son titre de séjour travailleur saisonnier arrive à son terme pour entreprendre de régulariser sa situation. Le requérant n'apporte en outre pas la preuve qu'il serait la seule personne en mesure d'aider ses neveux et sa sœur, qui bénéficie d'un titre de séjour valide jusqu'au 30 septembre 2023, tous de nationalité marocaine. Les attestations d'amis et de membres de sa famille résidant en France qu'il verse au débat et qui font état de ses qualités humaines et de l'aide qu'il apporte à sa sœur et à ses neveux ne suffisent pas à apporter la preuve, qui lui incombe, que sa vie privée et familiale ne pourrait se poursuivre ailleurs qu'en France notamment au Maroc où il a passé l'essentiel de son existence, où résident ses parents et le reste de sa fratrie et où il possède nécessairement des attaches sociales et culturelles. En outre, si le requérant se prévaut de son intégration professionnelle, les circonstances tirées de ce qu'il a travaillé du 19 novembre 2019 au 12 mai 2020 pour la société Champ de bois avant de conclure, le 23 septembre 2020, un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein avec la société TAS Maçonnerie pour un emploi de maçon, soit dans un secteur en tension dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, et que cette société ait entrepris des démarches administratives en remplissant notamment un formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail, ne sauraient suffire à établir une insertion professionnelle stable et ancrée sur le territoire national. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Ardèche n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale sur le territoire national au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourront également être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. A soutient que l'intérêt supérieur de ses trois neveux orphelins de père, désormais âgés de 11 à 6 ans et avec lesquels il a noué des liens très forts serait qu'il puisse demeurer en France à leurs côtés afin de pouvoir continuer à venir en aide à leur mère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les enfants ont vécu séparés de leur oncle pendant plusieurs années et que la présente décision n'a ni pour objet ni pour effet d'empêcher le requérant de maintenir des liens avec ses neveux puisqu'il pourra solliciter la délivrance de visas de court séjour auprès des autorités consulaires françaises afin de venir leur rendre régulièrement visite. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, si tant est qu'il soit opérant dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer ces enfants de leurs parents, ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Si M. A soutient que le préfet de l'Ardèche aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait notamment état de la circonstance qu'il a pu prendre en charge et aider financièrement sa sœur et ses trois neveux mais également leur apporter un soutien moral, il ne fait cependant état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet aurait entaché l'arrêté contesté d'une erreur de droit en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale.

10. En sixième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain Toutefois, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Ardèche a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A en qualité de salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne sont pas applicables à l'intéressé qui est de nationalité marocaine. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. En l'espèce, il y a lieu de substituer à la base légale erronée de l'article L. 435-1 du code précité celle tirée du pouvoir discrétionnaire, dont dispose le préfet, de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En l'espèce, d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que si le préfet de l'Ardèche a examiné la demande de titre de séjour de M. A sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain en relevant qu'il ne disposait pas d'une autorisation de travail visée par les autorités compétentes, il a également examiné les éléments produits par le requérant concernant sa situation professionnelle et a considéré que ceux-ci ne permettaient pas de justifier une admission exceptionnelle du requérant au titre de son activité professionnelle aux motifs notamment que l'intéressé n'apportait pas la preuve de ses qualifications pour l'emploi de maçon et qu'il n'avait pas respecté les conditions d'attribution de son titre de séjour " saisonnier ". Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

13. D'autre part, M. A soutient que le préfet aurait commis des " erreurs manifestes d'appréciation " en relevant qu'il était entré pour la dernière fois en France le 9 octobre 2019 et s'y était maintenu, alors qu'il est constant que sa dernière entrée sur le territoire national date du 12 novembre 2019 et qu'il n'a pu respecter les conditions de délivrance de son titre de travail en qualité de " saisonnier " du fait de la crise sanitaire et de la fermeture des frontières. Toutefois, l'erreur commise par l'administration sur la date de son entrée en France, quoique regrettable qu'elle soit, demeure sans incidence sur le sens de la décision en litige. En outre, le requérant ne soutient ni même n'allègue avoir cherché à régulariser sa situation auprès des autorités françaises ni même avoir entrepris des démarches pour retourner au Maroc ou en avoir été empêché par les restrictions sanitaires en vigueur. Enfin, si le requérant fait état des difficultés de son employeur pour recruter un maçon compte tenu du manque cruel de main d'œuvre dans ce secteur d'activité dans la région Rhône-Alpes et verse au débat le courrier adressé par Pôle emploi à la société TAS Maçonnerie le 28 janvier 2022 l'informant de la publication sur son site internet de l'offre d'emploi pour recruter un maçon, la capture d'écran de cette offre d'emploi ainsi qu'un article paru sur le site internet de Pôle emploi au sujet des difficultés de recrutements rencontrées par les entreprises du secteur du BTP, ces documents, établis postérieurement à la conclusion de son contrat de travail à durée indéterminée ne permettent pas, en tout état de cause, de démontrer les difficultés de recrutement alléguées à la date du recrutement du requérant. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces éléments, c'est sans entacher la décision en cause d'erreurs manifestes " d'appréciation " que le préfet de l'Ardèche a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A au titre du travail.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Selon les termes de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1 se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

15. En outre, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Selon les termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " Pour exercer une activité professionnelle en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ".

16. D'une part, M. A soutient que le préfet de l'Ardèche a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention franco-marocaine ainsi que les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de changement de statut au motif qu'il ne disposait pas d'une autorisation de travail visée par les autorités compétentes alors qu'il avait accompli toutes les démarches sollicitées par l'administration. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a produit, à l'appui de sa demande de changement de statut un formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger remplit par son employeur, la société TAS Maçonnerie, le 18 janvier 2022, il ne résulte d'aucun texte législatif ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit que le préfet était tenu de saisir la Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) pour statuer sur une demande de titre de séjour en qualité de salarié alors qu'en application des articles L. 5221-2, R. 5221-1, R. 5221-3, R. 5221-11, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail, la demande d'autorisation de travail doit être adressée à l'administration par l'employeur lui-même, préalablement à toute demande de titre de séjour.

17. D'autre part, il résulte des éléments développés aux points 5 et 9 que le requérant ne remplissait pas les conditions prévues par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de ces articles. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

18. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a pu exposer les motifs de sa demande et sa situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. L'intéressé, qui se borne à indiquer qu'il n'a pas été informé d'éventuelles difficultés pour obtenir un titre de séjour et qu'il risquait de se voir obliger de quitter le territoire français, n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter des observations ou éléments nouveaux avant que ne soit pris l'arrêté en litige. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté aurait été adopté en méconnaissance de son droit à être entendu, garanti par le droit de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision astreignant M. A à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay :

19. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

20. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".

21. La décision en litige, qui astreint le requérant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay pour justifier des diligences à la préparation de son départ, vise les dispositions de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité préfectorale de prescrire à l'étranger la remise de son passeport dès lors qu'il s'est vu accorder un délai de départ volontaire et non celles de l'article L. 721-7 du même code qui seules pouvaient la fonder. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision contestée n'est pas motivée en droit et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision astreignant M. A à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay pour justifier des diligences dans la préparation de son départ, que le requérant n'est fondé qu'à solliciter l'annulation de cette seule décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

23. L'exécution du présent jugement, qui annule pour défaut de motivation en droit, la seule décision astreignant M. A à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay pour justifier des diligences dans la préparation de son départ, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête.

Sur les frais liés au litige :

24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de l'Ardèche du 28 février 2022 astreignant M. A à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay pour justifier des diligences dans la préparation de son départ est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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