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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202528

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202528

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2022, M. B A, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté sa demande de renouvellement d'un titre de séjour et la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et dans l'attente de ce réexamen de le munir d'un document portant autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour à parfaire au jour de la liquidation de son préjudice ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la légalité de la décision de refus de séjour

- à titre principal, le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît les dispositions de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire, la décision lui refusant implicitement la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

S'agissant de sa demande indemnitaire

- son recours de plein contentieux est recevable ;

- il démontre le lien de causalité entre la faute de l'Etat et le préjudice qu'il estime avoir subi ;

- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence évalués à une somme de 1 000 euros à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour à parfaire au jour de la liquidation de son préjudice ;

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au non-lieu à statuer, la requête étant devenue sans objet à la suite de la décision du 22 juin 2022 portant délivrance d'une carte de séjour temporaire.

Un mémoire a été enregistré pour M. A, le 21 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, né le 22 mars 2001, est entré en France, en novembre 2017. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, par un jugement du 5 février 2018, puis il a bénéficié de plusieurs contrats jeune majeur. M. A a présenté une demande de titre de séjour, le 8 mars 2019. Sa demande, demeurée sans réponse, a donné naissance à une décision implicite de rejet, le 8 juillet 2019. Il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. La préfecture du Rhône, par une décision du 22 juin 2022, postérieure à l'introduction de la requête, a délivré le titre de séjour sollicité valable jusqu'au 22 juin 2023. Ce titre de séjour a été renouvelé, le 4 septembre 2023. Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sont ainsi devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu à statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

3. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié à l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. M. A a présenté une demande de titre de séjour, le 8 mars 2019. Il se prévaut de son parcours scolaire et notamment d'un certificat d'aptitude professionnelle qu'il aurait obtenu au terme de l'année scolaire 2020-2021 sans, toutefois, le produire dans le cadre de la présente instance. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'à la date à laquelle M. A a présenté sa demande de titre de séjour, il était inscrit dans la formation " MLDS Accueil Remotivation " au titre de l'année scolaire 2018-2019. Il a obtenu, le 1er juillet 2019, un certificat de formation générale. Dans ces conditions, sans qu'il soit notamment besoin d'apprécier les liens du requérant avec sa famille restée dans son pays d'origine, M. A ne justifiait pas, à la date de la décision contestée, être engagé dans une formation d'au moins six mois destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant implicitement de lui délivrer un titre de séjour.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié à l'article L.423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. M. A est entré en France récemment. Il est célibataire, sans enfant et il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays où réside sa mère. En dépit notamment de la promesse d'embauche du 19 novembre 2021 dont il se prévaut, laquelle est au demeurant postérieure à la décision de refus implicite en litige, il ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été opposé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ce refus de séjour implicite a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de 1'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, Il n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7.() ". Le requérant, qui n'établit pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour, ne justifie pas, en tout état de cause, d'un motif exceptionnel ou d'une considération humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code.

8. Il résulte de ce qui précède que si le préfet n'a pas communiqué les motifs de ce refus implicite dans le mois suivant la demande de communication des motifs formulée par l'intéressé le 28 janvier 2022, la seule illégalité dont est entachée ce refus implicite est ainsi constituée par ce défaut de motivation et le préjudice dont le requérant demande réparation est dépourvu de tout lien de causalité direct et certain avec un tel vice de légalité externe. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite en litige est justifiée au fond. Par suite, la demande indemnitaire présentée par M. A ne peut être que rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. A.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience le 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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