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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202563

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202563

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCOGNÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, M. E A C, représenté par Me Cogné, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de six mois.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 5 avril 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Un mémoire en défense présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Cogné, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant portugais, né le 20 décembre 1984, déclare être entré en France en 2001. Le 31 mars 2022, l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences intrafamiliales. Par un arrêté du 1er avril 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment à la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. La décision attaquée, prise en application des dispositions précitées au point 2, est fondée sur les motifs tirés de ce que M. A C a été interpellé et placé en garde à vue, le 31 mars 2022, pour des faits de viol aggravé, de violences aggravées, appels téléphoniques malveillants, affaire traitée en flagrant délit pour laquelle il est personnellement mis en cause et de ce qu'il est déjà défavorablement connu des services de police pour des faits de violence sans incapacité sur une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin, destruction d'un bien appartenant à la victime et violence sur mineur de quinze ans sans incapacité. Le préfet du Rhône a estimé, au vu de ces circonstances, que le comportement personnel de M. A C constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française justifiant qu'il soit mis fin au principe fondamental de la liberté de circulation.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé sous contrôle judiciaire, par une ordonnance du 1er avril 2022 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon pour avoir, le 5 janvier 2022, commis une atteinte sexuelle par violence, contrainte, menace ou surprise, pour avoir procédé à des attouchements sexuels non consentis sur son ex-compagne, également mère de son fils D, né le 26 février 2015, et pour avoir, entre le 6 janvier et le 30 mars, 2022, effectué des appels téléphoniques malveillants au préjudice de cette dernière. Aux termes de cette ordonnance, M. A C, qui doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Lyon, le 19 septembre 2022, s'est vu interdire d'entrer en relation et de paraitre au domicile de son ex-compagne et il lui a été fait obligation de répondre aux convocations du service de contrôle judiciaire mais également de se soumettre à un traitement médical ou à une obligation de soins, d'en justifier auprès du contrôle judiciaire et de se présenter à une expertise psychiatrique le 5 avril 2022. Cependant, à la date de la décision attaquée, le requérant n'avait fait l'objet d'aucune condamnation. Ainsi, dès lors que l'ordonnance de placement sous contrôle judiciaire, qui constitue le seul élément susceptible d'attester la réalité de ces faits, ne pouvait suffire à démontrer leur existence ainsi que l'existence d'une menace suffisamment grave et actuelle à l'ordre public. Il ressort en outre des pièces du dossier, que le requérant justifie d'une insertion professionnelle dès lors qu'il travaille en qualité de manœuvre pour la société Sols Confluence depuis le 9 janvier 2012 et qu'il possède des attaches familiales en France compte tenu de la présence de sa mère chez laquelle il réside et de son fils mineur dont il contribue à l'entretien et à l'éducation par le versement d'une pension alimentaire d'un montant de cent-cinquante euros par mois conformément aux dispositions du jugement rendu le 8 juillet 2021 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lyon lequel précise également que l'intéressé bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement, ce droit n'ayant pas été remis en cause par la procédure correctionnelle en cours. Dans ces circonstances, en considérant que le comportement de M. A C constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française alors que l'intéressé, qui réside en France depuis plusieurs années, n'avait fait l'objet, à la date de la décision en litige, d'aucune condamnation et justifiait d'attaches familiales sur le territoire national ainsi que d'une intégration professionnelle, le préfet du Rhône a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C est fondé à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français du 1er avril 2022 ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de six mois, et ce, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 1er avril 2022 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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