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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202572

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202572

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, M. E B, représenté par Me Bouchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui accorder un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Bouchet, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 24 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant éthiopien, né le 25 août 1997, est entré en France le 23 août 2018 muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Le 4 octobre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 15 mars 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en date du 15 mars 2022, a été signé par Mme D C, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation de la part du préfet du Rhône, en date du 26 janvier 2022 et publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 27 janvier 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique, en outre, les motifs de fait qui justifient que M. B ne puisse bénéficier du renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent et qui ont ainsi permis au requérant d'en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité des études et à la progression du bénéficiaire dans celles-ci.

5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. B sur le fondement des dispositions précitées, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé, inscrit en licence d'architecture à l'école nationale supérieure d'architecture de Marseille, n'avait validé que deux semestres de cette formation sur six après trois années de présence en France, qu'il n'avait validé aucune unité de valeur au titre de l'année 2020-2021 et que son inscription, en 2021-2022, en deuxième année, constituait sa troisième inscription consécutive dans une formation de niveau " Bac + 2 " en architecture. M. B entend contester cette appréciation en faisant état de ce que les difficultés rencontrées dans son cursus en France sont liées à la différence de niveau d'études entre l'Ethiopie et la France et à la pandémie de Covid 19 qu'il l'a plongé dans une profonde dépression. Il verse au débat des attestations établies par d'autres étudiants et par un enseignant de cette formation qui relatent les contraintes induites par les différents confinements, la volonté d'intégration de l'intéressé et ses efforts pour surmonter ses échecs et obtenir son diplôme. Il produit également un certificat médical d'un médecin généraliste attestant avoir délivré des soins à M. B " ce jour " et que ce dernier " atteste avoir présenté depuis le confinement imposé par la situation sanitaire (covid) un état anxio-dépressif qui l'a empêché de suivre assidûment son cursus universitaire ". Toutefois, ce document n'a été établi le 6 avril 2022, soit postérieurement à la décision en litige, et les attestations produites ne sont pas suffisamment précises et circonstanciées pour établir la réalité des troubles allégués et leurs conséquences sur le cursus du requérant qui n'a que partiellement validé sa deuxième année de licence en 2019-2020 et en 2020-2021 et qui a ensuite obtenu, à titre dérogatoire, de la part de son établissement, la possibilité de s'y inscrire une nouvelle fois pour valider sa deuxième année de licence. En outre, l'attestation établie le 28 mars 2022 par la directrice des études de l'école nationale d'architecture de Marseille indiquant que le requérant a validé le semestre 3 et suit l'intégralité des cours du semestre 4 pour lequel il est inscrit ne permet pas davantage d'établir une réelle progression dans ses études, M B étant ainsi qu'il a été exposé, inscrit pour la quatrième année consécutive en licence d'architecture et n'ayant donc validé que deux années d'études de cette formation à la date de la décision en litige. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu refuser de renouveler le titre de séjour de M. B. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation distincte, le préfet du Rhône n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. B.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. B fait état, d'une part, de la durée de son séjour en France, de ses efforts d'intégration ainsi que de ses attaches sociales. Toutefois, s'il est constant que le requérant réside en France depuis le 23 août 2018, il n'a bénéficié d'un titre de séjour que pour un motif non pérenne. Célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas y avoir noué des relations personnelles d'une particulière intensité. D'autre part, si le requérant soutient que la décision en litige aurait de graves conséquences sur son avenir au motif qu'il " n'a aucun avenir dans le domaine de l'architecture " en Ethiopie, il n'en justifie pas et ne démontre pas davantage qu'il ne pourrait y poursuivre sa formation. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, où il a vécu l'essentiel de son existence et où il pourra poursuivre sa vie privée et familiale mais également professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

A. Baux

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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