mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202641 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
I.- Par une requête enregistrée le 6 avril 2022 sous le n° 2202641, Mme B A, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Rhône sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'illégalité du refus opposé à sa demande de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- faute de réponse à la demande de communication de ses motifs, le refus critiqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- la procédure suivie n'a pas été régulière, faute de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;
- le refus opposé à sa demande méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de séjour qu'elle conteste méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;
- le préjudice qu'elle a subi du fait de l'illégalité du refus de séjour en litige peut être évalué à 80 000 euros.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui, malgré une mise en demeure, n'a pas produit d'observations en défense.
II.- Par une requête enregistrée le 25 mai 2023 sous le n° 2304256, Mme B A, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 80 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- faute de réponse à la demande de communication de ses motifs, le refus critiqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- la procédure suivie n'a pas été régulière, faute de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;
- le refus opposé à sa demande méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de séjour qu'elle conteste méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;
- le préjudice qu'elle a subi du fait de l'illégalité du refus de séjour en litige peut être évalué à 80 000 euros.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n° 2304256 par une décision du 5 mai 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Feron ;
- et les observations de Me Beligon pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes visées ci-dessus sont relatives à la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Ressortissante sénégalaise née en 1961 et entrée en France en 2011, Mme A conteste la décision implicite de refus née du silence conservé plus de quatre mois par le préfet du Rhône sur sa demande de titre de séjour présentée le 8 octobre 2018. Elle demande également la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de ce refus.
Sur les conclusions de la requête n° 2202641 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : (). / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et applicable en l'espèce par l'effet du paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 visé ci-dessus : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 ".
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
5. Au soutien de sa contestation, Mme A se prévaut de l'ancienneté de sa présence ainsi que de sa bonne intégration en France, où elle vit chez sa fille née en 1995, où se trouve également son fils né en 1992 et où elle bénéficie de bonnes perspectives professionnelles. Toutefois, il est constant que Mme A, qui n'y est entrée qu'à l'âge de 50 ans, a séjourné régulièrement en France au bénéfice d'un titre de séjour spécial lié à la situation professionnelle particulière de son époux, qui a quitté la France et dont elle est séparée, et n'y justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en se bornant à se prévaloir de l'activité d'aide à domicile qu'elle a exercée en 2018, de son exercice bénévole de cette activité par la suite et de la promesse d'embauche qui lui a été faite. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le refus critiqué, implicitement intervenu au mois de février 2019, a porté une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard notamment à l'objet et aux effets de la décision en litige, les circonstances qui sont invoquées par Mme A et relatives en particulier à la présence en France de deux de ses enfants et à ses perspectives professionnelles dans le domaine de l'aide à la personne ne suffisent pas davantage pour considérer que la décision en litige résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de ses conséquences sur sa situation personnelle.
6. En revanche et alors qu'une décision portant refus de titre de séjour est au nombre de celles qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, il ressort du dossier que Mme A a sollicité la communication des motifs du rejet implicite opposé à sa demande par un courrier reçu en préfecture le 7 janvier 2022. Le préfet du Rhône n'ayant pas répondu à cette demande, la décision contestée doit être regardée comme ne répondant pas à l'exigence législative de motivation. Dans ces conditions et pour ce motif, Mme A est fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été ainsi opposé est entaché d'illégalité et doit être annulé.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de Mme A et qu'il soit statué sur celle-ci. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens à la préfète du Rhône et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation :
8. Mme A fait valoir que l'illégalité de la décision portant refus de séjour en litige constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat et demande la condamnation de celui-ci à l'indemniser du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle impute à ce refus, s'agissant notamment de l'impossibilité dans laquelle elle dit s'être trouvée d'exercer une activité professionnelle rémunérée. Toutefois et eu égard aux motifs du présent jugement, qui écarte les moyens de la requête tirés de l'illégalité interne du refus critiqué et n'en prononce l'annulation qu'en raison de son défaut de motivation, les préjudices allégués ne peuvent être considérés comme étant en lien avec l'illégalité dont cette décision est entachée.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a en tout état de cause pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions de la requête n° 2304256 ::
En ce qui concerne le versement d'une provision :
10. Le présent jugement statuant sur la demande de Mme A tendant à l'indemnisation des préjudices allégués, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête dirigées contre l'Etat, qui ne peut en l'espèce être regardé comme partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet du Rhône portant rejet de la demande de titre de séjour de Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A et de statuer sur celle-ci dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2202641 est rejeté.
Article 4 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2304256 de Mme A tendant au versement d'une provision.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2304256 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 21 mai 2024.
La rapporteure,
C. Feron
Le président,
A. Gille
La greffière,
F. de Biasi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
2-2304256
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026